Jeudi 10 avril 2008

Je ne sais pas si vous avez des scrupules à ne pas terminer un livre, pour ma part je m'en tiens à l'un des dix commandements de Daniel Pennac énumérés dans Comme un roman : "le droit de ne pas finir un livre".

Ces derniers jours, c'est ainsi que me sont tombés des mains : 
Un dernier pour la route, un court roman - plutôt quelconque - de Max Allan Collins, dans la droite lignée hard-boiled. L'histoire du tueur à gages à la retraite qui accepte presque malgré lui un dernier contrat. L'intérêt se situe plutôt du côté de la cible, puisqu'il s'agit d'une... bibliothécaire ! Bon, il faut quand même que je sache si elle s'en tire...
La maldonne des sleepings, agréable à lire mais pas le meilleur Benacquista. Peut-être le relirai-je avec plaisir dans un train de nuit Paris-Venise, pour savoir ce que devient Antoine, ce sympathique couchettiste.
Et enfin Le cantique des gisants de Laurent Martin - toujours situé dans la ville nouvelle de Marne-la-Vallée -, décevant après l'excellent L'ivresse des dieux...

Pas forcément la litanie de mauvais polars d'ailleurs, mais des qui tombent à plat au lieu de tomber à pic... Vous voyez ? Alors on continue, on furète, on tente, on pioche dans les bouquins achetés-jamais ouverts, sur les rayons de la médiathèque... Jusqu'au moment où l'on tombe enfin sur celui qui vous accroche et vous embarque... !
Et ce moment est arrivé grâce au tandem italien Carlo Lucarelli/ Loriano Macchiavelli. On en reparle dès demain très bientôt...
par jeanjean communauté : POLARDISES
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Lundi 7 avril 2008
Après avoir lu La Cote 512, un polar historique se déroulant durant la Grande Guerre, j'ai eu envie d'en savoir un peu plus sur l'auteur, qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions...


Thierry Bourcy a plusieurs cordes à son arc : réalisateur, scénariste, écrivain... Il a pourtant commencer à travailler à... l'hôpital psychiatrique de Vannes, après un DESS de psycho-pathologie, jusqu'à sa rencontre avec le scénariste Bernard Revon. Il commence alors une carrière d'assistant/ régisseur tout en réalisant son premier court-métrage et en faisant ses débuts de scénariste pour la télévision ; tout en continuant à réaliser des courts-métrages et des films documentaires, son activité de scénariste le fait travailler avec des personnalités aussi diverses que Georges Lautner, Jean-Claude Brialy, Jean-Louis Lorenzi ou Philippe Laïk... Depuis une douzaine d'années, il dirige régulièrement des ateliers d'écriture de scénarios. Actuellement président de la Mutuelle des Auteurs (MACD), Thierry Bourcy est également auteur de pièces de théâtre, de chansons et de... polars historiques.




Vous vous définissez d'abord comme un "raconteur d'histoires". Ce goût pour les histoires, d'où vous vient-il ?

De mon enfance plutôt solitaire et rêveuse.

 

Tous vos romans se déroulent durant la Grande Guerre. Pourquoi avoir choisi cette période ? Ou peut-être devrais-je dire : pourquoi avoir choisi d'écrire du polar pour évoquer la Grande Guerre ?

J'ai commencé à écrire ma série "Célestin Louise" à la suite du scénario de La tranchée des espoirs qui m'avait valu un prix aux RITV de Reims. Plongé dans cette période et disposant d'une documentation importante, j'ai eu envie de poursuivre et de continuer à explorer l'univers de cette guerre dite grande. Le polar m'a permis de développer le paradoxe autour de l'assassinat interdit par la loi, et permis par la guerre.

 

Une chose m'a frappé à la lecture de La cote 512 : il s'agit d'un récit très documenté sur la Première Guerre Mondiale et notamment sur la vie quotidienne des soldats. Vous êtes-vous beaucoup renseigné sur le sujet ?

Effectivement, j'ai accumulé beaucoup de documentation : livres, articles, films, photographies, et même des mémoires inédites de poilus.

 

Comment est né le personnage de Célestin Louise, ce jeune inspecteur engagé volontaire ? Parlez-nous un peu de lui...

Célestin est né d'une intuition, d'une vision que j'ai eue en écrivant le scénario de La tranchée des espoirs, une divagation de mon imagination au cours de laquelle j'ai vu un inspecteur de police continuer à faire ses enquêtes au milieu de la guerre, sans doute pour ne pas devenir fou. Je lui ai donné le prénom de mon propre grand-père paternel, Célestin Bourcy. Je l'avais d'abord appelé Louis, mais j'ai ajouté un E pour lui donner un nom en quelque sorte féminin, ce qui m'amusait et donne un peu d'ironie à toutes ses actions guerrières.

 

Le quatrième roman de la série, Les traitres, qui vient de paraitre, débute en mars 1917 ; les aventures de Célestin Louise vont-elles s'achever avec l'Armistice ?

Mon intention est en effet de mettre fin aux aventures de Célestin Louise en 1918, avec l'Armistice. Dans le dernier volume, il sera aux prises avec un Américain du contingent fraîchement débarqué des USA.

 

La réédition de La cote 512 dans la collection Folio Policier a précédé de quelques jours la mort du dernier Poilu de la Grande Guerre, Lazare Ponticelli ; désormais, nous n'aurons plus de témoignage oral direct. Craignez-vous qu'avec le temps, cette période de notre histoire perde peu à peu de son importance dans la mémoire collective ?

Au contraire, je peux constater qu'il n'y a jamais eu autant de travaux, artistiques ou historiques, sur la Grande Guerre. Je pense qu'on n'a pas fini de la revisiter.

 

Il existe une "bataille" historiographique concernant la psychologie des combattants de la Grande Guerre. A la question : comment les soldats ont-il fait pour tenir dans de telles conditions ?, l''Ecole du consentement" répond par le concept de "culture de guerre" et le fort sentiment patriotique, tandis que d'autres historiens mettent en avant une thèse de "la contrainte", c'est-à-dire une ensemble de facteurs - la pression militaire et aussi celle du "groupe", la formidable résistance physique et psychique du soldat, la banalisation de l'activité guerrière... En lisant La cote 512 (et aussi au vu du téléfilm La tranchée des espoirs), vous semblez plutôt vous situer parmi les seconds, non ?

Effectivement, quitte à me montrer un tout petit peu anachronique, je laisse mes personnages exprimer dès les premiers mois de la guerre leurs doutes et leur désarroi. C'est mon côté pacifiste (déjà à l'œuvre dans La tranchée des espoirs)

 

Savez-vous si Gallimard a prévu de poursuivre la réédition des autres romans de la série ?

Je crois qu'il est prévu de rééditer le second volume, L'arme secrète de Louis Renault, et peut-être le troisième, Le château d'Amberville.

 

Quels sont vos projets en cours ?

Un scénario avec Jean-Louis Lorenzi sur la déportation de Charlotte Delbo, Rideau rouge à Raisko, pour France 2. Un court-métrage (comme scénariste et réalisateur) sur les boucles d'oreille d'identification des vaches. Le scénario d'un documentaire sur Nungesser et Coli. La réalisation au cinéma d'une comédie sociale. Et bien sûr, l'écriture du dernier volume des aventures de Célestin Louise.



Pour en savoir plus, n'hésitez pas à consulter le site de l'auteur.

De plus, si vous habitez la région toulousaine, vous pouvez rencontrer l'auteur le 25 mai prochain, au Festival de Tournefeuille, "L'Histoire en toutes lettres", dont le thème est cette année :
le roman en habit noir.

publié dans : interviews par jeanjean communauté : POLARDISES
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Samedi 29 mars 2008
cote512.jpgLa boue des tranchées, le froid, l'attente, terrible, avant l'assaut, les hommes déchiquetés par les obus, la chair martyrisée, le tête-à-tête permanent avec la mort...

La cote 512, qui vient d'être réédité dans la collection Folio Policier, est le premier d'une série de quatre volets, tous se déroulant durant la Grande Guerre.

En compagnie de Célestin Louise, jeune enquêteur à la Brigade criminelle de Paris engagé volontaire au début du conflit, l'auteur nous "convie" à ce véritable enfer que constitue la ligne de front.

Une ligne stabilisée dès l'hiver 14 et dont le tracé restera sensiblement le même durant les quatre années suivantes. Les assauts sont pourtant fréquents, mais les attaques restent locales, selon la stratégie du "grignotage" voulue par le commandement. Des centaines de milliers d'hommes sont ainsi sacrifiés, pour gagner, parfois, quelques dizaines de mètres...


Célestin est envoyé sur le front près de Soissons (sur une ligne qu'on appellera plus tard Le Chemin des Dames). Sous les ordres du lieutenant Mérange, un chef courageux et apprécié de ses hommes, il découvre vite la terrible réalité de la guerre, mais aussi la camaraderie qui permet de tromper la peur et l'angoisse. Au cours d'un assaut, le lieutenant s'effondre, tué d'une balle dans le... dos. Célestin réfute la thèse de l'accident et décide de mener sa propre enquête.



En plus d'une intrigue plutôt prenante et du sympathique Célestin Louise, la grande qualité du roman tient à l'évocation hyper-réaliste de la guerre, de la vie quotidienne et de la psychologie des combattants - l'effervescence (bien vite retombée d'ailleurs) du départ au front après l'ordre de mobilisation ; le vin qui ne manque jamais, contrairement à la nourriture ; les tunnels (les "mines"), creusés jusqu'aux tranchées ennemies pour y déposer des charges explosives ; le "marmitage" de l'artillerie ennemie ; la censure exercée sur le courrier ; l'incompréhension et l'ignorance de "l'arrière" quant à ce qui se déroule sur le front...

Certes, La cote 512 ne possède pas ce souffle et cette force dramatique propres aux grands textes du genre (je pense à Cendrars, à Jünger, à Remarque, mais eux furent acteurs et témoins !) ; cependant, le talent descriptif de l'auteur, son souci du détail font de ce récit quasi-documentaire un fort bon roman.


quelques images d'époque, accompagnées par La Chanson de Craonne...





La cote 512
/ Thierry Bourcy (Nouveau Monde éditions, 2005 ; rééd. Folio Policier, 2008)
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Mercredi 26 mars 2008

La parution prochaine (prévue le 9 avril) du nouveau roman de John Harvey, D'ombre et de lumière, est l'occasion d'évoquer les deux premiers de la série mettant en scène le personnage de Frank Elder, De chair et de sang puis De cendre et d'os. S'ils peuvent se lire séparément, je vous conseille cependant de les prendre dans l'ordre, afin de mieux appréhender le parcours, l'évolution et les relations entre les personnages.

L'inspecteur Frank Elder, après trente ans passés dans la police et un divorce douloureux, a donné sa démission et s'est réfugié en Cornouailles.
Jusqu'au jour où il apprend la libération conditionnelle de Shane Donald. Quatorze ans auparavant, avec son complice McKiernan, ils ont été condamnés pour le viol et le meurtre d'une adolescente.

Mais Elder n'a jamais réussi à prouver leur culpabilité dans la disparition de Susan Blacklock, survenue à l'époque des faits. Toujours hanté par cette affaire, il décide de reprendre le fil de l'enquête.



Tension dramatique, finesse psychologique, prose impeccable : John Harvey fait preuve, une fois de plus, de son immense talent ; et si Frank Elder ne fait pas complètement oublier le fameux Charlie Resnick (que l'on croise subrepticement dans les deux romans), il partage avec lui ce côté solitaire et réservé qui le rend particulièrement attachant. Ses déboires conjugaux, ses difficultés relationnelles avec sa fille, ses cauchemars récurrents, son abnégation, autant de saillies qui révèlent l'épaisseur et la complexité du personnage.


De cendre et d'os est aussi bon que le premier. Cette fois, c'est la mort violente d'une ex-collègue qui fait sortir Elder de son "trou". Flics ripoux, ex violents, grand banditisme... : le tableau est sombre, mais magnifiquement exécuté, tout en clair-obscur, à petites touches nuancées.

Comme d'habitude, l'intrigue est menée de main de maître, au fil de récits croisés (un procédé loin d'être original mais diablement efficace sous la plume de Harvey) et d'un Frank Elder qui gagne encore en consistance et en humanité.


Bref, du grand art, comme toujours chez Harvey, qu'on lit comme on enfile de vieilles fringues confortables, avec l'assurance de n'être jamais déçu.
Alors, vivement la suite ! On en reparle le mois prochain...


De Chair et de sang (2005) ; De cendre et d'os (2006) / John Harvey (Rivages-Thriller)

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Lundi 17 mars 2008
1sur2.jpg"Après Le Silences des Agneaux, après Seven, après Saw, Un sur deux". Rien que ça...
La 4ème de couverture est un vrai catalogue de louanges, toutes plus dithyrambiques les unes que les autres. Presque agaçant à force... 
D'ailleurs, j'ai plutôt tendance à me méfier de ce type de bouquin, Celui que TouleMonde a Adoré, et qui vous le râbache bien... 
Sauf qu'après avoir pioché quelques bonnes critiques ici et là, je me laisse tenter... Un bon thriller, me dis-je, peut-être pas très innovant mais efficace, comme on dit.

Et dans l'ensemble, le roman remplit plutôt bien son office, malgré quelques longueurs et un style parfois trop démonstratif, l'auteur nous tirant par le bras et pointant du doigt ce qu'il vient déjà de suggérer...
Des maladresses inhérentes à un premier roman, qui ne portent guère à conséquence pourvu qu'on puisse y trouver un peu de distraction, à travers une histoire pas franchement originale (un flic rejoint l'équipe du légendaire inspecteur John Mercer, tous ensemble ils vont traquer un dangereux psychopathe) mais haletante, où l'auteur joue avec nos nerfs jusqu'à la dernière ligne.


Mais voilà, si on se laisse porter plutôt volontiers par l'intrigue, le rebondissement final est parfaitement superflu, et gâche complètement le dénouement. C'est comme le maquillage, à force d'en rajouter, ça fait vulgaire... 
Sans compter les quelques incohérences qui émaillent le récit, notamment ce chapitre entier - intitulé Charlie, environ à la moitié du récit -, un élément que vous retournez dans tous les sens sans pouvoir l'assembler à la mécanique de l'enquête ni même lui donner une quelconque signification !

Au final, Un sur deux est un thriller très moyen, où l'intensité dramatique s'enkylose au fil du récit et qui n'échappe pas aux poncifs du genre (le profiler empathique n'est pas sans rappeler certaines séries télévisées plutôt médiocres). 
Une fois reconstitué, ce polar-puzzle ne laisse apparaitre qu'un motif plat, sans relief, académique comme une carte postale. Dommage, car l'imagination de l'auteur et la construction du récit (en forme de compte-à-rebours, ce qui crée une tension supplémentaire) sont des signes encourageants... Promesses tenues dans le... prochain roman ? 


Sonatine éditions
est un nouveau venu dans le paysage éditorial"Baptisée ainsi en hommage à la forme musicale douce de la sonate et aux films de yakuzas, Sonatine éditions a pour ambition de tenir ce paradoxe fondateur et de concilier à travers sa production éditoriale culture et contre-culture, courants continus et alternatifs."  Leur catalogue - une majorité de traductions - s'oriente particulièrement vers le polar et le cinéma, à travers romans, beaux-livres, documents... 


Un sur deux
/ Steve Mosby (Sonatine éditions, 2008)
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Dimanche 16 mars 2008
La Médiathèque du Pays de Flers, dans l'Orne, organise depuis 1991 une Fête du Livre, consacrée cette année au polar et intitulée Des mots assassins
La manifestation se déroulera du 28 au 30 mars. Expositions, spectacles pour petits et grands, cafés polar, projections, conférences... Un programme riche et varié, avec pas moins de 32 auteurs, parmi lesquels Béatrice Nicodème, Jean-Hugues Oppel, Colin Thibert, Tranh Van Nhut, Olivier Mau... ! La médiathèque ne fait pas les choses à moitié ! Et leur visuel est aussi sacrément réussi, non ?

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Et puis à Lyon se déroulera, aux mêmes dates, la 4ème édition Quais du Polar. A vocation internationale, la capitale des Gaules accueillera plus de 60 auteurs, français et étrangers : George Pelecanos, Arnaldur Indridason, Pascal Dessaint, Joe Lansdale, Piergiorgio Di Cara et j'en passe... Du lourd, du très lourd donc. 
Au menu : rencontres-signatures, conférences, parcours dans la ville, concours de nouvelles etc... Le tout accompagné d'une moisson de Prix et... d'une andouillette-frites arrosée d'un "pot" de rouge ?!
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Vendredi 7 mars 2008
stark.jpg« Lisez-le ce livre. Il vous donnera envie de faire la pute et de vous embourber de came. » Voici le conseil du toujours modéré et avisé (?!) James Ellroy dans sa préface.
Je n’ai pas encore les narines irritées par la poudre, mais je souscris aux propos d'Ellroy : Edward Bunker est bien un « superbe écrivain ».
 
Stark est le premier roman écrit par Bunker, jamais publié jusqu’à présent car retrouvé seulement en 2005, après la mort de l’auteur survenue la même année.
Edward Bunker considérait-il ce court roman de jeunesse comme une œuvre négligeable ? Peut-être, mais ces lignes augurent bien de celles à venir : on y retrouve le style – direct, âpre, imagé (« Stark se réveilla aussi soudainement qu’un animal sauvage et avec la même immédiate lucidité ») – présent dans Aucune bête aussi féroceLa Bête contre les murs et La Bête au ventre, une trilogie sur l’univers carcéral (Bunker a passé 18 ans de sa vie en détention, expérience qu’il relate notamment dans L’éducation d’un malfrat), dont il n’est pas exagéré de dire qu’elle constitue une œuvre majeure dans le champ de la littérature policière.
 

L’action se déroule en Californie à la fin des années 60, et raconte, à la première personne, les tribulations de Stark, un petit arnaqueur, bonimenteur et accro à l’héro.
Plutôt futé le bonhomme d’ailleurs, même si après s’être bêtement fait pincer pour détention de drogue, il est contraint de jouer les balances auprès de l’inspecteur Crowley, qui ne le lâche pas d’une semelle. C’est Momo qui fournit Stark, et ce que veut Crowley c’est le nom du grossiste. Crowley, Momo, Dummy le porte-flingue… Pris en étau entre les flics et la pègre, Stark va devoir louvoyer, mais il a pour lui son bagout et sa roublardise. Il se pourrait même qu’il tire son épingle du jeu, en plus d’un gros paquet de fric. Pour monter son propre réseau ou pour se mettre au vert, seul ou avec l'énigmatique et sensuelle Dorie…
 
 
Ce court roman est rondement mené, les personnages bien croqués, les ambiances parfaitement restituées. Bunker nous donne à voir, sans compassion particulière ni jugement moral, le petit monde de la rue : petits truands, camés, receleurs, prostituées... bien souvent des personnages égocentriques, peu scrupuleux, avides… Toutes ces âmes brisées, qui le soir venu, au Panama Club, pris de frénésie, s’enivrent et rient aux larmes en tentant d’échapper à la réalité


Stark / Edward Bunker (Rivages-Thriller, 2008)
publié dans : polar américain par jeanjean
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Mercredi 27 février 2008
rites_de_mort.jpgDans la série je comble mes (nombreuses) lacunes littéraires, je viens de découvrir l’auteur(e) espagnole Alicia Giménez-Bartlett. Si son nom ne m’était pas inconnu, je ne m’étais pas encore embarqué dans ses pérégrinations barcelonaises…
 
C’est chose faite, après qu’une internaute bienveillante (grazie Annita !) m’ait recommandé cet auteur qui, curieusement, est relativement méconnue en France (malgré l’attrait du public pour les personnages récurrents), alors qu’elle accumule les récompenses et rencontre un large public en Italie ou en Allemagne.
 
Cinq titres sont déjà parus en France, chez Rivages-noir. Les romans de Giménez-Bartlett mettent en scène un couple d’inspecteurs particulièrement attachant : Petra Delicado, la quarantaine, ancienne avocate, deux mariages derrière elle et encore pas mal d’interrogations existentielles devant, impulsive, accrocheuse… Et Fermin Garzón, son subordonné et ami, fonctionnaire consciencieux et loyal proche de la retraite, dont la bonhomie et la large bedaine tranchent avec l’intrépidité de Petra.  

Ce tandem nous emmène aux quatre coins de Barcelone, traversant les quartiers populaires ou passant les portes cochères des immeubles bourgeois, enquêtant dans les milieux les plus divers…
 

Rites de mort
est le premier roman de la série Delicado/Garzón (et aussi le premier paru en France, ce qui n’est pas toujours le cas…).
 
Alors que Pétra végète au service documentation du commissariat, son supérieur la charge d’enquêter sur une affaire de viol. Une opportunité à saisir pour qui espère depuis toujours « descendre dans les rues » afin de mener de véritables investigations policières. On lui adjoint un inspecteur expérimenté, tout juste muté de province : Fermin Garzón. Les premiers contacts sont difficiles… Garzón, d’un naturel placide,  oppose à Petra un masque de marbre, même s’il n’en pense pas moins sur les méthodes pour le moins musclées de sa supérieure (qui le choquent d’autant plus qu’elle est une… femme). De son côté, Petra s’agace profondément des reproches muets que semble lui adresser ce collègue « monolithique ». Peu sûre d’elle, elle use parfois d’autoritarisme devant un Garzón renfrogné.
Mais les deux protagonistes-antagonistes vont s’apprivoiser peu à peu, puis s’apprécier et poser les bases d’une solide amitié. Une relation qui constitue la colonne vertébrale du récit.
 
Cette première enquête les mène sur la piste d’un violeur en série, qui marque ses victimes d’un sceau en forme de fleur. Entre balbutiements, précipitation et fausses pistes, l’enquête s’enlise. Le violeur récidive, l’affaire fait la « une », la pression monte. Petra, harcelée par les médias (ainsi que par ses ex-maris), aidée par son fidèle compagnon, va devoir mettre au jour certains secrets de famille particulièrement glauques afin de mettre la main sur le violeur.
 

Ce roman, aux personnages bien campés, à l’intrigue bien ficelée, tient particulièrement bien la route. Giménez-Bartlett restitue avec nuance la complexité des sentiments et des comportements humains, à cent lieues d’effets simplistes, de discours caricaturaux (les victimes elle-même succombent à la cupidité, à la bêtise…).

Et puis, Delicado et Garzón font partie de ces personnages qu'on a plaisir à retrouver. D’ailleurs, j’ai Le jour des chiens près de moi… 


Rites de mort
/ Alicia Giménez-Bartlett (Rivages-noir, 2000)
publié dans : polar espagnol par jeanjean
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Mercredi 27 février 2008
... sont attribués à :

 La Ménagerie de Joseph Bialot (Prix des lecteurs ; Rivages-noir)

Garden of Love de Marcus Malte (Prix de la critique ; éd. Zulma). Un succès d'estime amplement mérité pour un roman atypique, troublant et magnifiquement écrit. En souhaitant que ce prix (Garden of Love a déjà été  distingué par de nombreux autres prix) contribue à la notoriété de son auteur et lui permette de trouver un plus large public.

la_m-nagerie.jpggarden_of_love.jpg







...et pour les jeunes : 

S.O.S. collège en danger de Sophie Dieuaide (Prix jeunesse CM1/CM2 ; éd. Casterman, Cadet. Mystère)

Portée disparue de Caroline Terrée (Prix jeunesse 5ème/4ème ; éd. Milan Jeunesse, Macadam)

coll-ge-en-danger.jpgportee_disparue.jpg
publié dans : polarenvrac... par jeanjean
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Dimanche 17 février 2008

OmbreChute.jpgUn maniaque qui kidnappe et torture des enfants.
Un flic intuitif, taciturne, hanté par son passé
Une ambiance urbaine crépusculaire…

Voilà quelques ingrédients du roman de Mark Henshaw et John Clanchy, qui avaient déjà mis en scène l’inspecteur Salomon Glass dans Si Dieu dort.

Du « réchauffé », me direz-vous, la vieille recette d’un énième « trileur » calibré, compassé, commun, encore alourdi par des personnages caricaturaux.

Et pourtant…
Alors que le « thriller psychologique » devient un argument marketing bien souvent galvaudé, ce tandem d’auteurs parvient à transcender les poncifs du genre, sans surenchère morbide, pour nous livrer un polar redoutable, à l'atmosphère lourde, hypnotique, exerçant sur le lecteur une véritable emprise .



Amy Gardner, neuf ans, a été enlevée. Ses parents reçoivent bientôt une boite contenant... sa lèvre inférieure. L’inspecteur Glass s’y attendait : en neuf mois, c'est le quatrième cas de ce genre. A chaque fois, le ravisseur mutile sa victime et propose un marché à la mère : sa vie contre celle de son enfant. Deux d'entre elles se sont déjà suicidées.
Bientôt Salomon Glass découvre qu’il fait lui aussi partie du jeu.


Le personnage de l’inspecteur Glass est particulièrement réussi. Il s’agit d’un être mystérieux, au charme ambigu, à l’égard duquel ses collègues éprouvent une fascination mêlée d‘une certaine appréhension. Un homme habitué à la présence des démons et qui dissimule des abîmes de noirceur et de mélancolie. Un flic saturnien… dont l’enquête s’apparente à une quête métaphysique..


Si le suspense, savamment distillé, est au rendez-vous, c’est la (brillante et subtile) trame psychologique qui donne à ce roman sa force et son originalité.
L’art de l’ellipse, le style épuré, jamais démonstratif du récit nous entraînent jusqu’aux tréfonds de la psyché humaine, acculant le lecteur contre ses propres barrières morales, le confrontant à son voyeurisme latent…

Si les deux auteurs sont australiens, l’intrigue se déroule dans une ville américaine, non nommée, un lieu anonyme, poisseux, qui rajoute encore au malaise et à la force d’attraction qu’exerce le roman.


Bref, un véritable tour de force littéraire doublé d’un roman captivant, susceptible de plaire aux amateurs les plus exigeants comme au grand public. Une petite musique inquiétante, entêtante, qui résonne bien après le roman achevé.



P.S : à signaler, en parlant de polars « à quatre mains », la réédition prochaine de deux romans du tandem Sjöwall & Wahlöö (qui a inspiré de nombreux auteurs nordiques) : Roseanna et L’Homme qui partit en fumée (à paraître début avril chez Rivages-Noir). Une bonne nouvelle, puisque la totalité de leurs romans sont aujourd’hui épuisés en France.

 

L’ombre de la chute / Mark Henshaw & John Clanchy (Bourgois, 2008)

publié dans : polar australien par jeanjean
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