Samedi 9 février 2008
Lansdale m’a été conseillé par son… traducteur. Je l’en remercie encore une fois, surtout après la lecture des Marécages, un vrai petit chef-d’œuvre !
 
Harry Crane est aujourd’hui un vieil homme au seuil de la mort. Il se remémore les événements qui ont marqué son enfance.

« Je suppose que certains avaient de l’argent à l’époque, mais pas nous. C’était la Grande Dépression. Et de toute façon, si on en avait eu, il n’y avait vraiment pas grand-chose à acheter, ces années-là, à part des cochons, des poulets, des légumes et des denrées de base ; et puisqu’on produisait les trois premiers, c’étaient celles-là qui nous intéressaient, et parfois on faisait du troc pour se les procurer ».
 
mar-cages.jpgSi la vie est rude dans ce coin reculé de l’East Texas, Harry, du haut de ses treize ans, est un jeune garçon insouciant, qui partage son temps entre les corvées de la ferme et les jeux, en compagnie de sa jeune sœur Tom.
Par hasard, ils vont découvrir dans la forêt le cadavre d’une femme noire, atrocement mutilée et enroulée dans du fil barbelé. C’est leur père, faisant office de constable (un représentant local de la loi) qui va mener l’enquête, rencontrant les pires difficultés face aux préjugés et à la bêtise de la communauté blanche qui voit en lui un «copain des nègres». Si les meurtres de noires n’émeuvent pas grand-monde, la colère des hommes du Ku Klux Klan va se déchainer lorsqu’on va retrouver le cadavre d’une blanche… Le Klan, à cette époque et dans le sud des Etats-Unis, est encore une puissante organisation ; quelques années plus tôt, en 1925, elle fut à son apogée avec… cinq millions de membres.
Qui assassine ces femmes ? Un « ambulant » ? Un de ceux qui traversent le pays dans des trains de marchandises ? Ou peut-être bien l’Homme-Chèvre, une créature maléfique vivant dans les bois, dont on raconte qu’il vole des animaux et des enfants ?
 

Harry, fasciné par cette affaire, va devoir affronter sa propre peur ainsi que le tueur, dans un final particulièrement angoissant qui n’est pas sans rappeler la Nuit du chasseur.
On pense aussi à Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (Harper Lee) pour l’évocation de l’enfance dans un coin paumé et pauvre du Sud profond, aux photographies de la Grande Dépression prises par Dorothea Lange. A la voix éraillée de Billie Holiday chantant Strange Fruit, dans cette Amérique qui pend et brûle « ses nègres », avant de les photographier pour illustrer des cartes postales…
 
Lansdale réussit le tour de force d’écrire à la fois un roman d’initiation, à travers le personnage d’Harry, confronté à des événements dramatiques qui vont contribuer à faire de lui un homme, et un thriller efficace, dominé par la figure du tueur en série, dont l’auteur joue astucieusement en en faisant une espèce de croquemitaine de conte pour enfants.

L’évocation magistrale d’une époque, marquée par la Grande Dépression, dans cette région inhospitalière du Texas, recouverte de forêts menaçantes, empreinte de superstitions, où dominent les tensions raciales et l’omniprésence du Klan, font des Marécages un magnifique roman.
 
 
Du coup, je me suis précipité sur Du sang dans la sciure, qui vient de paraitre.

sangdanslasciure.jpgMême endroit, même époque. Années 30 dans l’East Texas. Et ça commence très fort : alors qu’un ouragan dévaste sa maison et toutes choses alentour, Sunset, en train de subir une énième dérouillée, abat son mari d’une balle en pleine tête. Pete était le constable et, grâce à l’appui inattendu de sa belle-mère, Sunset va récupérer son insigne.Une bonne femme qui joue au shérif, on ne voit pas ça d’un bon œil à la scierie voisine, où travaillent la plupart des hommes du coin.
Sunset, en butte à l’animosité et au machisme des locaux, est bientôt confrontée à un double meurtre. Accompagnée de deux adjoints, Clyde, un brave type mal dégrossi, et Hillbilly, belle gueule et du charme à revendre, elle tente tant bien que mal de démêler les fils d’une énigme plus compliquée qu’il n’y parait.
Lansdale excelle toujours dans la reconstitution d’une époque, dans la construction d’une intrigue, et nous offre un beau portrait de femme indépendante, libre, dont la force de caractère viendra à bout des obstacles.

Si Du sang dans la sciure ne possède pas la densité, l’intensité ni le charme des Marécages, il n’en demeure pas moins un très bon polar(-western) qui vous laissera un lancinant goût de poussière et de métal dans la bouche avec, au menu, un échantillon (frelaté) d’humanité et une paire de méchants barjots carrément flippants, le tout servi dans une chaleur étouffante !
 
Les marécages / Joe R. Lansdale (Murder Inc., 2002, rééd. Folio policier, 2006)
Du sang dans la sciure (éd. du Rocher, Thriller, 2008)

A noter aussi la réédition d' Un froid d'enfer en janvier chez Folio policier.
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Jeudi 7 février 2008
Le Prix SNCF du Polar 2007 vient de consacrer : 

undefinedCamino 999 (éd. Après la lune) de Catherine Fradier pour le Prix du polar français. Déjà lauréate du Grand Prix de littérature policière et du Prix Sang d'encre 2006, Catherine Fradier poursuit sur sa lancée... Une belle récompense pour ce polar politico-mystico-financier de bonne facture.
La (navrante) polémique et
l'action judiciaire qu'a intenté l'Opus Dei contre l'éditeur et l'auteur sont encore d'actualité : après avoir été débouté en novembre, l'Opus Dei vient de faire appel le mois dernier. A suivre...


bleucatacombes.jpg
Bleu catacombes (éd. Le Passage) de Gida Piersanti pour le Prix du polar européen.







Vous pouvez toujours assister à la soirée de remise des prix en cliquant
ICI.

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Mercredi 30 janvier 2008
Nous sommes en Australie, plus précisément au Calpe, un bar-discothèque du bord de mer du bout du monde, situé à quelques heures de route de Sydney, en Nouvelle-Galles du Sud. Un lieu de passage obligé, où vient se saouler à mort la faune locale, des jeunes désœuvrés pour la plupart et les gars employés à l’abattoir local, comme John Verdon, un type haineux, dont le job consiste, à l’aide d’un merlin (une sorte de masse), à assommer une centaine de bœufs par jour, juste avant leur dépeçage.
 
A_coups_redoubl--s.jpgLa journée finie, avec son pote Harris, ils filent au pub s’abrutir de whisky frelaté et de mauvaise bière que leur sert Mike, le patron peu scrupuleux qui rogne sur les doses, trafique ses bouteilles et fait boire tant qu’il peut des clients déjà complètement imbibés – et tant pis si un môme se fout dans le décor en rentrant chez lui –, pourvu qu’ils allongent la monnaie !
 
Ce samedi-là n’échappe pas à la règle, mais quelque chose va vraiment mal tourner, d’autant plus que Verdon a passé une sale journée, et qu’il a vite fait de prendre en grippe un des jeunes du coin, un ado boutonneux et libidineux nommé Peter Watts. Quand ce dernier profite de l’ivresse d’une fille pour abuser d’elle, le prétexte est tout trouvé pour lui donner une bonne leçon…
 
Alors, que s’est-il exactement passé ce jour-là pour causer la mort d’un homme ?
 
C’est ce que tente d’éclaircir la Cour – les interventions du juge, de l’avocat et du procureur émaillent le roman – …et le lecteur, lequel n’apprend l’identité de la victime et la cause de sa mort qu’à la fin du récit, qui reconstitue peu à peu la trame et les circonstances – tragi-comiques – du drame.
 
En à peine plus de cent pages parfaitement maitrisées, où l'énumération des faits prime sur l'étude psychologique, Kenneth Cook dresse un portrait bien sombre de son pays et d’une partie de sa jeunesse vouée à la désespérance et l’autodestruction
Une farce grinçante, où la méchanceté, la cupidité, la bêtise crasse finissent par tourner au ridicule… 
 
Ce court roman - pas vraiment un polar d'ailleurs -  est un bon moment de lecture, même s’il ne vous laissera pas un souvenir impérissable. Mais ils ne sont pas bien nombreux, je pense, les auteurs qui, avec une telle économie de moyens, font surgir un décor, une intrigue, des personnages avec autant de talent…
 
Kenneth Cook est mort en 1987. A coup redoublés est son troisième roman publié chez Autrement, après Cinq matins de trop et Par-dessus bord.
 
 
A coups redoublés / Kenneth Cook (Autrement, 2008)
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Vendredi 25 janvier 2008
 La réédition de Faites-nous la bise chez Rivages-noir m’a donné l’occasion de découvrir Daniel Woodrell, dont plusieurs romans ont déjà été traduits en France (le dernier en date, Hiver de glace, est paru l’année dernière) et dont on dit beaucoup de bien.
 
Celui-ci se déroule près de Kansas City, dans les Ozarks, un immense plateau s’étendant sur plusieurs Etats du Sud (Missouri, Kansas, Arkansas, Oklahoma), un coin qu’on a coutume d’appeler l’Amérique profonde, où l'auteur a lui-même grandi.
 woodrell.gif
Après un mariage raté (« Au bout du troisième slow d’affilée que ma femme avait dansé dans les bras du poète résident, j’avais compris qu’il était temps d’aller chercher ma valise dans le garage et d’en essuyer les toiles d’araignée.»), Doyle Redmond - le narrateur - rentre « au pays » retrouver les quelques membres de sa famille encore en liberté.
Car les Redmond, illustre famille locale aujourd’hui "déchue", sont réputés pour leurs manquements réguliers à la loi, comme le grand-père Panda qui a autrefois descendu un type en pleine rue, un manque de contrôle passager qui l’a contraint à vendre la quasi-totalité des terres familiales pour "racheter" sa peine.
 
Si Doyle a tenté d’échapper à l’atavisme familial en se fourvoyant quelque temps dans les cercles universitaires et intellectuels californiens, il est maintenant bien décidé à assumer son accent nasillard de redneck et l’inclination naturelle de ses ancêtres à défier la loi. Aussi, quand ses parents le chargent de raisonner son frère Smoke, recherché par la police, afin qu’il se rende, Doyle n’y met pas beaucoup de persuasion et, mieux, il s’embarque avec lui dans la culture (intensive) de cannabis, qui devrait permettre à Smoke de régler ses ennuis judiciaires moyennant finances et à Doyle d’écrire LE roman qui le sortira de l’anonymat littéraire dans lequel il végète.
Avec son frère vivent Big Annie (en référence non à son embonpoint mais à sa généreuse poitrine) et sa fille Niagra, généralement peu vêtue, férue d’ésotérisme et qui rêve de conquérir Hollywood. Entre interrogations existentielles, "atelier jardinage" et équipées champêtres, les quatre compagnons bohèmes vont devoir faire face aux «Dolly», une famille voisine constituée d’abrutis à-demi dégénérés aussi stupides que dangereux...
 
Woodrell nous offre là un polar truculent, teinté d’un humour féroce et pince-sans-rire. La tendresse qu'il porte à ses personnages, de joyeux drilles un brin déjantés, l'humanité qu'il leur confère, les rendent particulièrement attachants. Une belle réussite.
 
 
Faites-nous la bise / Daniel Woodrell (Rivages-noir, 2007)
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Mardi 22 janvier 2008
undefinedLuca Barberis est en fuite. Il vient de tuer un homme. Un coup de sang, une pulsion, le geste irréfléchi d’un homme aux abois. Durant sa cavale, qui l’emmène de Milan à Amsterdam, Luca entame une correspondance avec la juge chargée de l’enquête. Sa confession n’a d’autre but que d’expliquer son geste et de découvrir la vérité, puis de se venger de ceux qui l’ont détruit. Rapidement une curieuse relation nait entre l’assassin et « sa » juge ; au fil de leurs e-mails, nous suivons le parcours de Luca et découvrons peu à peu les dessous de la manipulation.

Deux ans auparavant, Luca est encore un brillant informaticien, patron de Titan Informatique, société spécialisée dans l’installation de systèmes de sécurité hyper-sophistiqués. Dans un marché en pleine expansion, le fils d’ouvrier savoure sa réussite, en cédant toutefois aux réflexes du nouveau riche : loft, objets d’art, meubles design…
 
Quand Lajanca père & fils lui proposent un contrat juteux, Luca, malgré quelques clauses suspectes, finit par accepter. Huit mois plus tard, le piège se referme : un virus sabote son programme, le contrat est rompu, Luca ruiné.

Blanchiment d’argent, corruption, cynisme, avidité… À mon juge n’est pas seulement un thriller savamment mené : en évoquant l’impunité de sociétés financières occultes profitant du vide juridique et de l’impuissance, de l’inaction du pouvoir politique, le roman est aussi une critique acerbe des désordres et des leurres du capitalisme mondial, de l’exploitation perpétuelle des plus faibles (un texte qui résonne tout particulièrement d’ailleurs, en ces temps de crise boursière, provoquée notamment par une spéculation effrénée qui repose sur l'endettement et les crédits immobiliers exorbitants des ménages américains les plus modestes).
Une réflexion du narrateur, parmi d’autres :
« Je travaillais plus qu’avant, mais pour mon compte, j’étais mon propre patron. A l’époque, j’aurais dit que c’était un moyen d’échapper à l’aliénation du travailleur au sein du système capitaliste, un moyen de se réapproprier le fruit de son travail ; je sais aujourd’hui qu’il s’agissait seulement d’une concession à l’orgueil de notre génération, au mépris dans lequel nous tenions l’emploi stable de nos pères. (…) Les combats que mène la droite aujourd’hui au nom de la flexibilité du travail ont été remportés depuis des années déjà, depuis qu’ils ont rendu leur profit désirable : non plus des employés, mais de jeunes entrepreneurs, avec l’illusion de pouvoir palper du fric. L’employé se met en arrêt-maladie, part en vacances, réclame ses droits ; le jeune entrepreneur travaille même avec de la fièvre, même en août si le commanditaire le lui demande. Oui, à présent il s’appelle le commanditaire, mais c’est toujours le patron d’autrefois. »


Si Perissinotto n’est pas un grand styliste, son roman est bien maitrisé et prend de l’ampleur au fil des pages, où surgissent des personnages secondaires bien fouillés, où l’on croise les fantômes de Brel et de Simenon (Lettre à mon juge), auxquels l’auteur, fervent francophile, rend un hommage appuyé, ce qui ne gâche rien.
Un polar qui confirme une fois de plus la bonne santé du polar transalpin ; Perissinotto  : un nom à retenir aux côtés des Piergiorgio Di Cara, Sandrone Dazieri, Loriano Macchiavelli, Andrea Pinketts, Massimo Carlotto…
 
À mon juge / Alessandro Perissinotto (Gallimard ; coll. Série Noire, 2007)
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Vendredi 18 janvier 2008
undefinedC’est en lisant Badlands que j’ai vu mentionné pour la première fois le nom d’Higgins. Si John Williams, dans son périple américain, fait un détour par Boston pour rencontrer et discuter avec le dénommé George Vincent Higgins, après s’être entretenu avec des « géants » comme James Lee Burke, Tony Hillerman ou James Ellroy, c’est notamment parce qu’il tient Les copains d’Eddie Coyle en haute estime, le premier roman  d’Higgins (après 14 romans refusés tout de même) paru aux Etats-Unis en 1972 et adapté l’année suivante, avec dans les rôles principaux Robert Mitchum et Peter Yates (pas vu, et vous ?).

Un peu intrigué, je me lance donc dans la lecture des Copains…. Et le ton est donné dès la première phrase : « Jackie Brown, vingt-six ans, le visage impassible, affirma qu’il pourrait fournir des revolvers. »  Le reste du roman est à l’avenant. 


Eddie Coyle, entre petites combines et reventes d’armes, rend quelques services et se débrouille tant bien que mal. 
Eddie Coyle s’est fait pincer au volant d’un camion de marchandises volées et il va bientôt passer en jugement. Alors pour mettre toutes les chances de son côté, il fricote un peu avec le flic du coin, lui refile quelques tuyaux, et c’est qu’il en connait du monde, peut-être même qu’il a sa petite idée sur ces braqueurs de banque qui font tant parler d'eux…
Car Eddie Coyle est très entouré, une vraie galerie de truands, des trafiquants d’armes aux seconds couteaux de la pègre, des besogneux du crime… Mais certains de ces « copains » ne mélangent pas l'amitié et le business.
Eddie Coyle a déjà été "puni" une fois, ça lui a coûté quelques doigts brisés et de mauvais souvenirs, il n’a pas envie que ça se reproduise…
Mais Eddie Coyle n’a pas de veine…
 
Au-delà de l’intrigue, la force et l’originalité du roman résident dans les dialogues, omniprésents, aux fils desquels se mettent en place les personnages, leurs relations et le cours du récit.
Percutants, truffés d’argot, ces échanges restituent avec virtuosité le langage de la rue et des truands, dont les conversations souvent codées sont émaillés d’ellipses, d’images et de non-dits.
 

Après Les copains d’Eddie Coyle, George Higgins a écrit une trentaine de polars (dont 4 sont traduits en France, et toujours disponibles dans la collection Rivages/noir), consacrés « aux individus généralement considérés par le grand public comme appartenant aux catégories les plus malhonnêtes du corps social : les criminels bien-sûr, mais également les avocats, les politiciens et les journalistes. Des gens qu’il connaît bien, puisqu’il a été successivement journaliste et avocat, et de ce fait quotidiennement en contact avec des criminels et des politiciens, voire même avec les deux réunis en une seule personne. » (in Badlands).

George Higgins est mort en 1999, à l’âge de 60 ans.


Les copains d'Eddie Coyle / George Higgins (Rivages-noir, 1991)
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Samedi 12 janvier 2008
Voilà plus de deux ans qu'on n'avait plus de nouvelles du Poulpe, depuis Poulpe fiction, qui devait être sa dernière enquête. Ravi donc de retrouver ce personnage si singulier et attachant, toujours embringué dans des aventures rocambolesques.

Trois nouveaux titres sont parus cet automne (un quatrième est prévu en mars - Dakar bagarre -, de Pierre Cherruau), parmi lesquels cet Appel du barge de la discrète Lalie Walker : on ne sait pas grand-chose d'elle, si ce n'est, comme nous l'indique le "Dilipo" (décidément, quel outil !), qu'il s'agit d'un pseudonyme et qu'elle est psychotérapeute de formation.

undefinedSi Gabriel Lecouvreur nous revient, ce n'est pas en grande forme ! Il sombre lentement dans les affres de la dépression nerveuse et c'est l'esprit confus qu'il traine sa longue carcasse au Pied de Porc à la Sainte-Scolasse, son bistrot-QG parisien du XIème, où les coups de semonce de ses copains ne changent rien à son humeur mélancolique... Quant à à sa romance avec Cheryl, elle commence à prendre sérieusement l'eau... 

Poussé par son insatiable curiosité, c'est dans un ultime sursaut qu'il part pour Lesconil, une bourgade bretonne à quelques encablures de Bénodet, où on a retrouvé, à quelques jours d'intervalle, les cadavres de trois vieux marins échoués sur la plage. Si la plupart des habitants y voient les suicides de petits vieux déséspérés qui ont préféré choisir leur mort plutôt que de finir à l'hospice, ce n'est pas le cas de Corentin, persuadé que son ami Ernest a été assassiné. D'ailleurs, ce dernier semblait préoccupé ces derniers temps, notamment par les aller-retours nocturnes d'un yacht. Trimballant son vague à l'âme le long des côtes bretonnes, Le poulpe va tenter d'éclaircir ce mystère...

Au cours de son enquête, il va faire la connaissance de Jeanne Debords, une jeune inspectrice, personnage déjà présent dans les précédents romans de Lalie Walker.

Malgré les quelques faiblesses du scénario, cet épisode est un bon cru.  On retrouve le ton léger, l'humour propres à la série et l'on a surtout plaisir à revoir le Poulpe, aux prises avec une bande de pervers aussi bien qu'avec ses propres démons.



L'appel du barge / Lalie Walker (Baleine, 2007)
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Mercredi 9 janvier 2008
undefined1976. Wilton Cooper, un truand noir débarquant de Miami, est en train de regarder L’Exécuteur noir, un film culte de la Blaxploitation, quand il entend plusieurs coups de feu dans la baraque du projectionniste, parfaitement synchronisés avec ceux de la scène finale. Bobby Roy Clagget,  un jeune blanc complètement cinglé qui se prend pour un noir et sapé comme un sapin de noël, vient de descendre son patron, qui « n’arrêtait pas de lui sourire » (!). Le môme plait bien à Wilton et voilà la fine équipe partie pour Washington où ils vont causer pas mal d'ennuis...

Lors d’une « réunion d’affaires » avec des truands locaux, débarquent un peu par hasard Marcus Clay, un noir, vétéran du Vietnam, et son ami blanc Dimitri Karras, un petit dealer. L’ambiance ne tarde pas à dégénèrer et Marcus, après avoir un peu astiqué Clagget, a le (mauvais) réflexe d'embarquer un paquet de fric qui ne lui appartient pas. 
Wilton Cooper veut récupérer son fric et se lance à la poursuite de Marcus. Les innocents vont trinquer...

Beaucoup d’action dans ce polar rythmé, sur fond de soul music, de funk, de fusillades et dans les volutes de marijuana. 
S'il repose essentiellement sur la confrontation entre les paires antagonistes Cooper-Clagget et Clay-Karras, ce roman a bien d'autres qualités, parmi lesquelles l'omniprésence de la musique (Pelecanos a l'habitude d'émailler ses récits de références musicales), une galerie de personnages secondaires particulièrement bien croqués et le style, concis, détaillé de Pelecanos, toujours au service d'une veine réaliste qui fait office d'étude sociale.

James Ellroy et Los Angeles, Gonzalez Ledesma et Barcelone ou Andrea Pinketts et Milan… Certains écrivains dépeignent presque exclusivement leur ville. C’est aussi le cas pour Georges Pelecanos, dont l’œuvre est toute entière consacrée à sa ville natale, Washington, dont elle est une véritable radiographie (principalement de la communauté noire et des tensions raciales), des années 20 (Un nommé Peter Karras) jusqu’à nos jours (Drama city). 

King Suckerman
se poursuit avec Suave comme l’éternité et Funky guns, dans lesquels on retrouve Marcus Clay et Dimitri Karras. Un triptyque autour de la capitale américaine, du milieu des années 70 jusqu’aux années 90.

King Suckerman / George Pelecanos (Soul Fiction, 1999, rééd. Points Seuil, 2001)
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Dimanche 6 janvier 2008
Le Vautour a été écrit à la fin des années 60 par un jeune homme de 19 ans, chose incroyable au vu de la maîtrise dont fait preuve l’auteur tout au long d’un récit admirablement construit. Publié en 1970 chez un petit éditeur, il fut aussitôt oublié, avant que le bouche à oreille et la formidable carrière musicale de Gill Scott-Héron ne l’extirpent de l’oubli.
En France, c’est Samuel Blumenfeld, directeur de la fameuse collection Soul Fiction chez L’Olivier, qui le publie en 1998. Le Vautour est ensuite réédité en poche, d’abord dans la Petite bibliothèque de l’Olivier puis cet automne dans la collection Roman noir chez Points Seuil. 

Levautour1.jpgHarlem, 12 juillet 1969. John Lee, un petit dealer noir de 18 ans, est retrouvé assassiné. Comment a-t-il vécu et qui l’a tué ?
Pour élucider les circonstances de sa mort, l'auteur donne la parole à quatre hommes.  Tous ont bien connu la victime et racontent tour à tour ce qu'ils ont  vu et fait dans les mois précédant la mort de John : il y a Spade, le "patron" du quartier, Junior Jones, un chef de bande qui rêve de devenir le nouveau boss de la rue et d’accéder ainsi à la respectabilité, Tommy Hall, un militant du mouvement Bambu qui "rééduque" ses frères noirs en leur inculquant l’histoire de leur peuple, et enfin le dénommé Q.I., l’intello du quartier, qui ne parle qu'en "citations"...

Leurs récits vont peu à peu démêler le fil de l'intrigue et révéler l'identité de l'assassin, en même temps qu'ils évoquent la vie du quartier et de ses habitants, complètement déshérités et livrés à eux-mêmes, frappés de plein fouet par le fléau alors grandissant de la drogue. Quelques intermèdes ponctuent les quatre récits, où l’on suit le sinueux déroulement de l’enquête policière.undefined


Le Vautour
est un magnifique et terrible portrait de la rue new-yorkaise et des quartiers noirs à la fin des années 60. Un témoignage lucide, remarquablement écrit et d'une valeur presque sociologique.



Gill Scott-Héron a aussi publié quelques recueils de poésies mais est surtout connu comme musicien. Avec une vingtaine d'albums à son actif, mâtinés de soul, de rap, de funk, il est aujourd'hui une figure majeure de la scène musicale américaine. 
Pour vous donner un avant-goût...




Vous pouvez aussi aller voir le 
site (en français) qui lui est consacré.

Le vautour / Gill Scott-Héron (Soul Fiction, 1998, rééd. Points roman noir, 2007)
publié dans : polar américain par jeanjean
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Lundi 31 décembre 2007
Beaucoup d'articles ont déjà été consacrés ici et là à la seconde édition du Dictionnaire des littératures policières, publié sous la direction de Claude Mesplède. Pas grand chose à ajouter donc au concert de louanges largement méritées... 

undefinedJe faisais partie des malchanceux-imprévoyants-frustrés de la première édition, épuisée au bout de trois semaines. Cette fois pas de problème, le Dilipo était sous le sapin. Les éditions Joseph K. ont semble t-il anticipé le succès et prévu un tirage conséquent. 
Ca fait plaisir en tout cas de voir dans les librairies ces deux tours parallèles de Dilipo qui s'élèvent du sol jusqu'à la taille... Puisqu'il s'agit bel et bien d'un événement éditorial.
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On ne se lasse pas de feuilleter les deux volumes aux proportions généreuses, butinant au hasard  ou filant directement à l'article recherché... 
Et on y trouve TOUT : les auteurs bien-sûr, des illustres jusqu'aux plus confidentiels, les écoles, les collections, des thèmes associés - le gangster, la boxe, le scoutisme (!) -, les revues & fanzines consacrés au genre, les prix...

Un livre hors-normes, auquel ont contribués quelques 120 collaborateurs, et dont la particularité, comme le rappelle François Guérif dans sa préface, "est son évidente nécessité". Il faut bien dire que les ouvrages de référence sur le polar ne sont pas légion, et sont bien loin d'approcher ce degré d'exhaustivité, de richesse, de pertinence...

Bref, un ouvrage absolument indispensable à tout amateur.


Et pour finir, BONNE ANNEE A TOU(TE)S !


Dictionnaire des littératures policières / sous la dir. de Claude Mesplède (Joseph K., 2007)
publié dans : en marge du polar par jeanjean
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