Samedi 9 février 2008
Lansdale m’a été
conseillé par son… traducteur. Je l’en remercie encore une fois, surtout après la lecture des Marécages, un vrai petit chef-d’œuvre !
Harry Crane est aujourd’hui un vieil homme au seuil de la mort. Il se remémore les événements qui ont marqué
son enfance.
« Je suppose que certains avaient de l’argent à l’époque, mais pas nous. C’était la Grande Dépression. Et de toute façon, si on en avait eu, il n’y avait vraiment pas grand-chose à acheter, ces années-là, à part des cochons, des poulets, des légumes et des denrées de base ; et puisqu’on produisait les trois premiers, c’étaient celles-là qui nous intéressaient, et parfois on faisait du troc pour se les procurer ».
Si la vie est rude dans ce coin reculé de l’East Texas, Harry, du haut de ses treize ans, est un jeune garçon
insouciant, qui partage son temps entre les corvées de la ferme et les jeux, en compagnie de sa jeune sœur Tom.
Par hasard, ils vont découvrir dans la forêt le cadavre d’une femme noire, atrocement mutilée et enroulée dans
du fil barbelé. C’est leur père, faisant office de constable (un représentant local de la loi) qui va mener l’enquête, rencontrant les pires difficultés face aux préjugés et à la bêtise
de la communauté blanche qui voit en lui un «copain des nègres». Si les meurtres de noires n’émeuvent pas grand-monde, la colère des hommes du Ku Klux Klan va se déchainer lorsqu’on va retrouver
le cadavre d’une blanche… Le Klan, à cette époque et dans le sud des Etats-Unis, est encore une puissante organisation ; quelques années plus tôt, en 1925, elle fut à son apogée avec… cinq
millions de membres.
Qui assassine ces femmes ? Un « ambulant » ? Un de ceux qui traversent le pays dans des
trains de marchandises ? Ou peut-être bien l’Homme-Chèvre, une créature maléfique vivant dans les bois, dont on raconte qu’il vole des animaux et des enfants ?
Harry, fasciné par cette affaire, va devoir affronter sa propre peur ainsi que le tueur, dans un final particulièrement angoissant qui n’est pas sans rappeler la Nuit du chasseur.
On pense aussi à Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (Harper Lee) pour l’évocation de
l’enfance dans un coin paumé et pauvre du Sud profond, aux photographies de la Grande Dépression prises par Dorothea Lange. A la voix éraillée de Billie Holiday chantant Strange
Fruit, dans cette Amérique qui pend et brûle « ses nègres », avant de les photographier pour illustrer des cartes postales…
Lansdale réussit le tour
de force d’écrire à la fois un roman d’initiation, à travers le personnage d’Harry, confronté à des événements dramatiques qui vont contribuer à faire de lui un homme, et un thriller efficace,
dominé par la figure du tueur en série, dont l’auteur joue astucieusement en en faisant une espèce de croquemitaine de conte pour enfants.
L’évocation magistrale d’une époque, marquée par la Grande Dépression, dans cette région inhospitalière du Texas, recouverte de forêts menaçantes, empreinte de superstitions, où dominent les tensions raciales et l’omniprésence du Klan, font des Marécages un magnifique roman.
Du coup, je me suis précipité sur Du sang dans la sciure, qui vient de paraitre.
Même endroit, même
époque. Années 30 dans l’East Texas. Et ça commence très fort : alors qu’un ouragan dévaste sa maison et toutes choses alentour, Sunset, en train de subir une énième dérouillée, abat
son mari d’une balle en pleine tête. Pete était le constable et, grâce à l’appui inattendu de sa belle-mère, Sunset va récupérer son insigne.Une bonne femme qui joue au
shérif, on ne voit pas ça d’un bon œil à la scierie voisine, où travaillent la plupart des hommes du coin.
Sunset, en butte à l’animosité et au machisme des locaux, est bientôt confrontée à un double meurtre.
Accompagnée de deux adjoints, Clyde, un brave type mal dégrossi, et Hillbilly, belle gueule et du charme à revendre, elle tente tant bien que mal de démêler les fils d’une énigme plus compliquée
qu’il n’y parait.
Lansdale excelle toujours dans la reconstitution d’une époque, dans la construction d’une intrigue, et
nous offre un beau portrait de femme indépendante, libre, dont la force de caractère viendra à bout des obstacles.
Si Du sang dans la sciure ne possède pas la densité, l’intensité ni le charme des Marécages, il n’en demeure pas moins un très bon polar(-western) qui vous laissera un lancinant goût de poussière et de métal dans la bouche avec, au menu, un échantillon (frelaté) d’humanité et une paire de méchants barjots carrément flippants, le tout servi dans une chaleur étouffante !
Les marécages / Joe R. Lansdale (Murder Inc., 2002, rééd. Folio policier, 2006)
Du sang dans la sciure (éd. du Rocher, Thriller, 2008)
A noter aussi la réédition d' Un froid d'enfer en janvier chez Folio policier.
Du sang dans la sciure (éd. du Rocher, Thriller, 2008)
A noter aussi la réédition d' Un froid d'enfer en janvier chez Folio policier.
Camino
999 (éd. Après la lune) de Catherine Fradier pour le Prix du polar français. Déjà lauréate du Grand Prix de littérature policière et du Prix Sang d'encre 2006,
Catherine Fradier poursuit sur sa lancée... Une belle récompense pour ce polar politico-mystico-financier de bonne facture.



Si Gabriel Lecouvreur
nous revient, ce n'est pas en grande forme ! Il sombre lentement dans les affres de la dépression nerveuse et c'est l'esprit confus qu'il traine sa longue carcasse au Pied de Porc à la
Sainte-Scolasse, son bistrot-QG parisien du XIème, où les coups de semonce de ses copains ne changent rien à son humeur mélancolique... Quant à à sa romance avec Cheryl, elle commence à
prendre sérieusement l'eau... 
Harlem,
12 juillet 1969. John Lee, un petit dealer noir de 18 ans, est retrouvé assassiné. Comment a-t-il vécu et qui l’a tué ?

Je faisais partie des
malchanceux-imprévoyants-frustrés de la première édition, épuisée au bout de trois semaines. Cette fois pas de problème, le Dilipo était sous le sapin. Les éditions Joseph K. ont semble t-il
anticipé le succès et prévu un tirage conséquent. 



