Samedi 22 décembre 2007
Roger Grenier a écrit de nombreux romans, nouvelles, essais, dont un sur Camus notamment. Son dernier livre paru, Instantanés, retrace en 25 portraits les rencontres qu’il a faites au cours de sa vie, parmi lesquelles Queneau, Romain Gary, Cortazar et … James Hadley Chase (de son vrai nom René Raymond), à propos duquel il raconte :
 
« (…) A vingt ans, il devient responsable d’une chaîne de librairies de location. Il sélectionne. Il lit des milliers de livres. Il observe les clients. Il constate le succès des romans policiers tough. C’est ainsi qu’il finit par se dire : « pourquoi pas moi ? ». Equipé d’une machine, de papier bleu et d’un dictionnaire d’argot, il commença à écrire Pas d’orchidées pour miss Blandish.
Cet homme méthodique n’a rien laissé au hasard. Je lui ai demandé :
chaseportrait.jpg« Pourquoi ce pseudonyme, James Hadley Chase ? 
- J’ai longtemps observé les clients des librairies. Ils regardent les rayons, rangés par ordre alphabétique. Ils passent devant le A, hésitent devant le B et commencent à sortir des livres à C. Il fallait donc que mon nom commençât par C. Jusqu’à G, c’est bon. Après, ils sont fatigués. »
James Hadley est venu compléter Chase.
« C’était la mode des noms en trois morceaux. »
- Mais vous avez signé aussi des livres Raymond Marshall et Ambrose Grant.
- C’était la guerre. Chaque auteur n’avait droit qu’à une attribution de papier limitée. Avec trois noms, je pouvais publier trois fois plus. »
 

…Et Chase fut particulièrement productif, avec environ 90 romans à son actif !
 
Anecdote savoureuse d’une époque où les romanciers français, de leur côté, étaient presque contraints de publier sous pseudo américain, avec la vague du hard-boiled qui déboulait sur les côtes françaises juste après celle des Alliés.
Enfin, prendre un pseudo américain alors qu’on est anglais avec un nom à consonance française, là ça devient franchement cocasse !
 
Les romans de Chase sont toujours très détaillés (le nom d’une rue ou d’un bar dans telle avenue américaine…), ce qui a longtemps fait croire à ses lecteurs qu’il était américain ou, tout du moins, qu’il s’y rendait régulièrement. Hors il n’y a jamais mis les pieds ! Son truc c’était plutôt les annuaires… D’ailleurs :
 
« Parlez-lui de l’Amérique. Sous sa moustache se dessine une moue de dégoût.
- Je n’aime que les vieilles églises, la campagne, les concerts. Je ne vois pas ce que l’Amérique pourrait m’apporter. »
 
 
A noter que plusieurs romans de Chase ont été réédités cette année en Folio Policier, ainsi on peut (re)lire Pas d’orchidée…, Eva, Méfiez-vous, fillettes ! ou La Chair de l’orchidée dans une nouvelle édition. Un p’tit rafraichissement qui pouvait pas faire de mal après presque dix ans de traversée du désert éditorial…

eva1.jpgeva2.jpgchase4.jpgchase1.jpgmefiez-vous.jpgorchid--e-2.jpgorchid--e.jpgchase3-copie-1.jpg







allez, pour le plaisir...chase7.jpgchase9.jpg
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Si vous avez un peu de temps (et ça vaut vraiment le coup, rien que pour le décor...), je vous invite à regarder cet extrait, datant de 1972, où le cinéaste Jean-Pierre Melville (Le Deuxième souffle, L'Armée des ombres...) évoque l’univers de J.H. Chase.

Enfin, vous pouvez aller jeter un oeil sur ce site, par un fan(atique) de l'écrivain.
publié dans : polarenvrac... par jeanjean
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Lundi 17 décembre 2007
Je n’avais jamais ouvert un polar de Donald Goines avant Justice blanche, misère noire et le moins que je puisse dire, c’est que j’ai pris une vraie claque !
 
Goines.jpgChester Hines (!) est noir et a un casier. Suite à un banal contrôle de police, il est arrêté pour port d’arme prohibé et envoyé directement en cellule de dépôt, en attendant son procès. Là, il se lie d’amitié avec Willy (ou Kenyatta, personnage qu’on retrouvera dans d’autres romans) et Tony, un jeune blanc pas impressionnable pour deux sous.
C’est leur vie quotidienne dans cet enfer que nous suivons au fil du récit, sous la plume incisive de Goines. 

Dans un style direct, cru et sans fioritures, Goines décrit la surpopulation carcérale, la violence omniprésente (et le plus souvent dirigée contre les « blanchots »), les viols, les conditions d’hygiène déplorables, le manque d’intimité, les vols, l'ennui de ces longues journées seulement rythmées par les repas ou la livraison des clopes et des confiseries… 
Il nous donne à voir un univers - une arène - très codifié, basé sur les principes de l'affrontement et de l'honneur, où règne un climat sans cesse menaçant, où une parole mal placée peut s'avérer funeste, où il faut savoir s'imposer pour sauvegarder sa nourriture, son argent, sa couchette... Car le faible finit vite micheton ou quémande les miettes... On se jauge, se défie, s'intimide, se tabasse... Sous l'oeil trop peu vigilant des matons.


Une peinture au couteau, où l'auteur brosse à grands traits un réquisitoire violent contre le système judiciaire et pénitentiaire américain, l’instrument ultime de la discrimination sociale et raciale – cela va souvent de pair, en particulier aux Etats-Unis dans les années 60-70.
 

 Chester Himes fut le modèle littéraire de Goines. Si Justice Blanche, misère noire ne possède pas l’ampleur ni les qualités littéraires du Hier te fera pleurer (autrement édité sous le titre Qu’on lui jette la première pierre) traitant du même sujet, il y gagne peut-être en percussion et en force.
  DonaldGoines.jpg
À l’instar de Chester Himes, Edward Bunker ou Iceberg Slim, Donald Goines a bien connu la prison, où il découvrit la littérature et commença à écrire.
Né en 1936, il a grandi dans le ghetto de Détroit. Sa dépendance à la drogue le pousse vers la délinquance et il est condamné dès l’âge de 18 ans pour attaque à main armée ; à sa sortie, il se « reconvertit » comme proxénète... Il est abattu avec sa femme en 1974.

Avec une quinzaine de romans, où sont évoqués le crime, la prison, la prostitution, le racisme, Donald Goines a
dressé un véritable inventaire de la vie dans le ghetto durant les années 1960-70.

Les prisons américaines sont occupées à 44% par des noirs quand cette population représente 12% de la population américaine (Statistical abstract of the United States, 2000).
Plus généralement, la population carcérale a augmenté de 300% entre 1981 et 2001. Aujourd'hui (
chiffres 2006), le taux d'incarcération américain est le plus fort au monde, avec 645 détenus pour 100.000 habitants (environ 100 pour 100.000 en France). Ainsi, les Etats-Unis, qui représentent 5% de la population mondiale, concentrent 25% des prisonniers de la planète...


Justice blanche, misère noire / Donald Goines (Gallimard, Série noire, 2001)
publié dans : polar américain par jeanjean
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Samedi 15 décembre 2007

 « POLAR : Les polars sont des romans à thèse. Il n’y a pas plus moral : la saleté du monde, personnifiée par un patron de P.M.E. de province partouzeur, un chef de clinique politicard et un évêque pédophile, est méticuleusement dénoncée par un inspecteur morose et mal rasé qui a pris une cuite la veille. Populaires, très bien traités par la critique, ils se croient subversifs.
Le mot polar est laid. (…) C’est curieux, cette épidémie de romans policiers. Cette vision populiste du monde. Elle a influencé les romanciers normaux (sic), et la littérature a été peu à peu infectée d’esprit policier, cette paresse de l’imagination : combien y a-t-il de narrateurs qui enquêtent sur un personnage, détectives soupçonneux à la posture modeste ? Ça n’arrange pas l’entente du monde avec lui-même, tout ça. »

Dantzig.jpg 
Mazette ! Non, cet extrait n’est pas tiré du journal intime d’un académicien des années 50 mais du Dictionnaire égoïste de la littérature française, édité en 2005, lauréat des Prix Décembre, Prix des lectrices de Elle et Prix de l’Essai de l’Académie française.
 
(maintenant, faîtes diligence et inclinez-vous légèrement afin de saluer Legrantécrivain ainsi récompensé, merci…) Voiiiilà… Vous pouvez reprendre la lecture.
 

L’écrivain
Le poète Le rivegauchien Un certain Charles Dantzig y commente auteurs, œuvres, concepts littéraires (sur près de 1000 pages, dont une demie pour le polar !), avec érudition d’ailleurs et non sans une certaine virtuosité, des qualités rares mais qui ne suffisent pas, hélas, à combler le vide absolu de ses quelques méfaits littéraires, petits romans écrits au seul prétexte de placer ici et là une tournure bien sentie ou autre pirouette stylistique… Un bel exemple de masturbation verbale et de stérilité littéraire.
Car, si ce monsieur a certes de la p(r)ose, il n’écrit qu’avec son seul stylo quand d’autres (polardeux par exemple…) le font avec leurs tripes… 

publié dans : polarenvrac... par jeanjean
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Vendredi 7 décembre 2007

LoidelaCit--.jpgParu pour la première fois en France en 1985, La Loi de la cité était épuisé depuis belle lurette, malgré deux rééditions. Une bonne chose donc que la parution de ce très bon cru d'Elmore Léonard dans la (toujours excellente) collection Rivages-Noir.

Un petit mot sur l'auteur, pour ceux qui ne connaitraient pas ce formidable conteur : Elmore Léonard est né en 1927 à La Nouvelle-Orléans et a commencé sa carrière en écrivant des westerns et comme scénariste. En 1966, la Fox lui achète les droits de Hombre, ce qui lui permet de se consacrer exclusivement à l'écriture ; le marché du western se rétrécissant, Léonard s'oriente alors vers le polar.

Plusieurs de ses romans ont été portés à l'écran, parmi lesquels Valdez est arrivé, 3h10 pour Yuma, Punch Créole (qui donnera Jackie Brown) ou encore Loin des yeux, adapté par Steven Soderbergh sous le titre Hors d'atteinte

The Motor city :

La Loi de la cité, comme beaucoup de ses romans, a pour cadre la ville de Détroit, où il vit aujourd'hui. 
Détroit a connu un boom économique durant la première moitié du XXème siècle grâce au commerce portuaire et à l'industrie automobile (Général Motors, Ford, Chrysler) avant d'amorcer son déclin économique et démographique, pour être aujourd'hui l'une des villes les plus pauvres des Etats-Unis, un quart des habitants vivant sous le seuil de pauvreté, un taux 2 fois plus élevé que la moyenne nationale ; sa population est très majoritairement composée de Noirs, arrivés en ville dès les années 20 pour travailler dans l'industrie. Les tensions raciales n'ont pas tardé à émerger, et Détroit possède le triste privilège d'avoir connu, en 1967, les émeutes les plus sanglantes de l'histoire des Etats-Unis, avec plusieurs dizaines de morts et milliers de blessés. 
Détroit a aussi une grande tradition musicale : berceau des mouvements punk et techno, elle abrite aussi le fameux label Motown, consacré à la Soul music, et a vu débuter Diana Ross, Marvin Gaye ou encore Stevie Wonder.
Autant de caractéristiques que l'on retrouve dans l'oeuvre de Léonard et notamment dans La Loi de la cité, où l'auteur évoque les friches industrielles,  les questions raciales, sur fond de Donna Summer...


"L'un de nous est de trop dans cette ville, cow-boy..."
, voilà qui pourrait résumer ce roman mené tambour battant et centré sur les deux personnages du flic persévérant et du truand à tendance psychopathe. Et  l'on se doute que le récit va se terminer par un règlement de compte à l'ancienne plutôt que dans une salle de tribunal.
Clément dit "le Sauvage" est une véritable brute, qui vit d'escroqueries et n'hésite pas à tuer, activité qui semble même lui procurer un certain plaisir. Au cours d'une altercation banale, il tue un homme qui s'avère être le Juge Guy, personnage douteux dont la mort n'émeut personne mais dont la fonction oblige à un certain zèle de la part des policiers dans l'élucidation du crime... Ce qui ne tarde pas, puisque le coupable est arrêté quelques heures plus tard, mais relaché par manque de preuves et notamment par l'absence d'arme à feu. Clément n'est pas inconnu des services de police, il a été impliqué dans un triple homicide quelques années plus tôt mais a obtenu un non-lieu en profitant d'une erreur de procédure. Ce qui a le don de frustrer encore plus le lieutenant Cruz, qui se met à envisager des mesures radicales pour stopper Clément. 

Le roman fait la part belle à l'affrontement entre les deux hommes et au personnage du lieutenant Cruz, un dur-à-cuire de la vieille école qui, par son obstination à vouloir punir le crime et son "jusqu'au-boutisme", n'est pas sans rappeler le personnage de Lloyd Hopkins crée par Ellroy (voir la Trilogie Lloyd Hopkins chez Rivages) - en moins impulsif cependant.


Léonard transpose dans la grande ville contemporaine les éléments du western, du shériff et du hors-la-loi, dans un polar particulièrement efficace, entre roman noir et police procedural, avec un art du dialogue consommé, une force d'évocation impressionnante et une écriture très "cinématographique" ; et l'on comprend pourquoi Hollywood se rue sur ses romans, comme tous les amateurs de bon polars...


La loi de la cité / Elmore Léonard (Rivages-noir, 2007)
publié dans : polar américain par jeanjean
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Samedi 1 décembre 2007

Serna.jpgEnrique Serna est né à Mexico en 1959 et a déjà publié en France Amours d'occasion, un recueil de nouvelles explorant les thèmes du désir, de la frustation, de l'accomplissement de soi...
Thèmes omniprésents dans La Peur des bêtes, à travers le prisme cette fois d'une enquête policière.

Evaristo Reyes, ex-journaliste idéaliste et désormais  employé à la police judiciaire de Mexico, est un homme usé, qui a perdu ses rêves de jeunesse en même temps que l'estime de soi. S'il n'a pas de sang sur les mains comme son supérieur, le commissaire Maytorena, archétype du flic violent et corrompu jusqu'à la moëlle, il n'est pas moins complice de ses combines et s'enfonce dans la pourriture et le remord. 

Chargé d'enquêter sur un écrivain contestataire, il est bientôt suspecté de sa mort, étant le dernier à l'avoir vu vivant. Pour débusquer le véritable assassin, Evaristo fréquente les milieux littéraires et intellectuels de la ville, où se nichent aussi bien les rancunes et les jalousies tenaces que les manoeuvres les plus abjectes et les plus sournoises. Quand l'infamie prend le masque de la vertu... 
Au fil de son enquête, il se libère de l'emprise de Maytorena et retrouve peu à peu sa fierté et son honneur.


Si La Peur des bêtes dresse un tableau féroce d'une société mexicaine fataliste et complexée, gangrénée par la corruption qui s'étend peu à peu tel un cancer généralisé, Enrique Serna fait aussi un éloge chaleureux - mais sans naiveté - de sa patrie quand il souligne les difficultés que traverse son peuple et les soubresauts, souvent sanglants, de la démocratie et du progrès.


La peur des bêtes / Enrique Serna (Phébus, Rayon noir, 2006 ; rééd. Points roman noir, 2007)
publié dans : polar latino-américain par jeanjean
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Samedi 1 décembre 2007

Le Seuil inaugure une nouvelle collection poche intitulée Roman noir, pas très original comme titre me direz-vous, mais ça a le mérite d'être clair, d'autant plus que les huit romans déjà publiés - ou en passe de l'être - sont effectivement d'authentiques romans noirs. 
Bon, il s'agit de rééditions, dans le même principe que Points Seuil Policier, mais c'est l'occasion de (re)découvrir certains auteurs comme Clarence Cooper, Gil Scott-Héron (publiés pour la première fois dans la magnifique - et éphémère - collection Soul Fiction, dédiée au pendant littéraire de la "Blaxploitation", cinéma noir américain des années 70 dont les thèmes récurrents étaient - mais c'est réducteur - le sexe, la violence, le guetto...), ou encore Guillermo Arriaga  ou Enrique Serna...(je vous parle bientôt de ces deux-là)

Personnellement, j'aime bien la maquette, épurée, avec ce fondu au noir et ces photos N&B. Pas vous ?


BadCityBlues.jpgPaperboy.jpgLe-Vautour.jpgJoncquet.jpg
publié dans : en marge du polar par jeanjean
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Dimanche 25 novembre 2007

verre-froid.jpgAprès Ile Noire et L’Ame à l’épaule (chez le même éditeur, Métailié, qui a la bonne idée de mettre en ligne les premiers chapitres), voici le troisième volet des « aventures » de  Salvo Riccobono, inspecteur anti-mafia à Palerme, amateur de rugby et de littérature, trois traits que partage justement son géniteur, Piergiorgio Di Cara.

Salvo, menacé par la mafia, est muté en Calabre, au sein d’un commissariat routinier où il découvre avec surprise qu’aucune enquête en cours ne concerne la ‘Ndrangheta, la mafia locale, et que ses collègues se cantonnent aux affaires mineures – petits trafics, braquages… Une enquête anodine va pourtant les confronter à la puissante organisation.
Di Cara connait bien son sujet ; il décortique les arcanes de l’enquête policière, la vie quotidienne et l’atmosphère d’un commissariat, les différences structurelles entre Cosa Nostra et la ‘Ndrangheta… Ses observations, ses descriptions donnent à son récit une sorte d’hyper-réalisme.

Mais le plus intéressant dans ce roman est sûrement la figure de l’inspecteur. Non, ce n’est pas le super-héros sans peurs et sans reproches, prêt à affronter le danger menton haut et poitrine offerte. Notre homme est à la dérive, hanté par l’attentat dont il fut victime, trouvant un réconfort passager dans l’alcool ou le sexe éphémère. Il tente de se soustraire à lui-même. Et sa détermination, son courage, son indignation devant la corruption et la violence n’ont d’égal que sa peur, latente, et sa fragilité.
Vous en connaissez beaucoup des polars, où le « héros » chie de trouille avant une intervention ?
Pour finir, on aurait aimé un polar un peu plus dense, avec peut-être moins d’envolées lyriques (le début du roman est un peu verbeux à mon goût), mais Verre froid n’en est pas moins un très bon polar, bien construit et qui dévoile crûment la réalité mafieuse, impitoyable, hyper-violente, cruelle, débarrassée de ses habituels atours romantiques.   
 
Verre froid / Piergiorgio Di Cara (Métailié noir, 2007)
publié dans : polar italien par jeanjean
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Mardi 20 novembre 2007
badlands3.jpg « Ce livre est né de mon désir d’aller aux Etats-Unis, et mon désir d’aller aux Etats-Unis de ceux-là mêmes qui sont le sujet de ce livre : les auteurs de romans noirs. Ils sont à mes yeux les chroniqueurs les plus pénétrants de l’Amérique d’aujourd’hui, mais demeurent néanmoins soigneusement ignorés ou traités avec condescendance par les arbitres du bon goût en littérature – non seulement dans la patricienne Angleterre, mais également dans leur propre pays ».
Voici les premières phrases de ce formidable bouquin, une relation de voyage par l’anglais John Williams au début des années 90 (non, Badlands n’a rien perdu de son actualité et de son intérêt…).
Ecrit à la première personne, dans un style direct, alerte, imagé, ce livre nous embarque ni une ni deux dans un périple de 300 pages à la rencontre des grands noms du roman noir, de la Floride de Charles Willeford au New York de Nick Tosches en passant par la Californie de James Ellroy ou le Montana de James Crumley.
Décrivant une grande boucle au départ de Miami, John Williams parcourt d’abord le Sud – la Louisiane et le Nouveau-Mexique – avant de rejoindre la côte Est – Los Angeles, San Francisco -, remonte ensuite vers le Montana et Chicago pour finir par New York en faisant une halte à Détroit ainsi qu’à Boston. Au gré des déplacements et des rencontres de l’auteur, nous croiserons notamment Tony Hillerman, James Lee Burke, Elmore Léonard, Eugène Izzi ou Sara Paretsky qui évoquent leur parcours, la façon dont ils appréhendent leur métier, dont ils organisent leurs intrigues et construisent leurs personnages ; ils évoquent leur propre histoire, celle de leur quartier, comme autant de sources d’inspiration… « Ecrire sur ce que l’on connait le mieux » est une maxime qui revient souvent, quand d’autres effectuent un gros travail de recherche (on apprend par exemple qu’Elmore Léonard  a embauché un documentaliste à mi-temps qui collecte pour lui tout un tas d’informations qui sert de matière à ses romans). 

Au gré des rencontres, des anecdotes (savoureuses ou glauques, c’est selon) et des discussions avec les écrivains, le livre brosse un portrait contrasté de l’Amérique, où la misère côtoie l’opulence, où les questions raciales occupent une place d’importance dans les remous de la société américaine, minée par le racisme, la corruption, la violence… Et le rêve américain en prend un sacré coup...
Si vous connaissez déjà les auteurs mentionnés, vous aurez plaisir à les retrouver dans leur environnement ; s’ils vous sont inconnus, voilà une chouette façon de les découvrir et nul doute qu'après ce livre refermé, vous vous précipiterez sur leurs histoires.

Un mot sur l’auteur : après la rédaction de ce fameux livre, John Williams s’est lui-même lancé (avec brio) dans l’écriture de polars avec une trilogie consacrée à la ville de Cardiff : Cinq pubs, deux bars et une boite de nuit, suivi de Cardiff dead et du Prince de Galles.
Bon voyage !

Badlands / John Williams (Rivages, Ecrits noirs, 1994)
publié dans : en marge du polar par jeanjean
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Dimanche 11 novembre 2007

En cette journée de commémoration, s'il est juste de se souboucher-des-hurlus.jpgvenir du courage et du sacrifice des soldats, il peut être bon aussi de se rappeler la bêtise (et l'incompétence) qui a souvent présidé au massacre de centaines de milliers d'hommes sur les champs de bataille durant la Grande Guerre. Ce qu'on peut faire en lisant Le Boucher des Hurlus de Jean Amila (alias Jean Meckert). 
A peine ce livre refermé, je sais déjà qu'il fait partie des grands textes sur la guerre de 14 et qu'il va longtemps me rester en mémoire, aux côtés des Cendrars, Remarque, Boyden... 

Un uppercut et un brûlot, où la rage, l'insolence et l'humour tendre de l'auteur font merveille.

1919. Le "Môme" Lhozier, huit ans et demi, vit seul avec sa mère dans un petit appartement parisien. Le père est mort à la guerre. Mais pas vraiment en héros, sur le champ de bataille après l'assaut, non là ce serait plutôt le peloton d'exécution pour mutinerie...  Les voisins le savent et leur font bien sentir, surtout à la pauvre femme qui, lasse des quolibets et des coups, finit par être internée en "maison de repos". Le gamin atterrit à l'orphelinat, où il va rapidement s'entourer de trois compères, un peu plus âgés que lui : son "parrain" Deveau qui le prend sous son aile, le gars Beurré, le beau parleur du groupe et le grand Aristide, l'aîné titillé par les hormones...

Le Môme n'a qu'une idée en tête : se venger. Se venger des généraux, ceux-là qui meurent dans leur lit, et en particulier du général Des Gringues, le Boucher des Hurlus, qui a envoyé leurs pères comme des milliers d'autres au casse-pipe dans des assauts suicidaires ou a ordonné leur exécution.
Fuguant de l'orphelinat, les quatre compagnons entament une virée qui va les mener de Paris jusqu'aux champs de bataille - les "régions dévastées" - où s'entassent encore les cadaves enchevêtrés des soldats... Durant leur périple, ils vont rencontrer compassion, générosité, bêtise, suspicion...

Jean Amila s'est largement inspiré de sa propre expérience : son père fut fusillé en 17 à la suite des mutineries, sa mère internée. 

Comme tous les grands "romans de guerre", il est aussi beaucoup plus que cela. 
A travers le destin de quatre orphelins de guerre, Jean Amila dresse un portrait au vitriol de la société française de l'époque qu'anime, après l'ivresse de la victoire, un nationalisme exacerbé et aveugle. Il s'agit aussi d'un roman initiatique, dans lequel quatre enfants vont se coltiner le monde des adultes, dans toute son absurdité, son horreur et sur les ruines de l'ancien monde...


On pense à L'attrape-coeur pour l'échappée belle des quatre gamins, et aussi au Voyage au bout de la nuit, dont Le Boucher... rappelle le ton et la langue, où l'argot et les images donnent au récit une vigueur incroyable. Jugez plutôt :

"Et à l'heure de la lecture des évangiles, devant la classe réunie à le lueur des becs de gaz, il avait évoqué le jardin de Gétsémané, ou autre blase, avec son malheureux corniaud qui se croyait fils de Dieu et en pissait des larmes de sang...(...) Et le dieu vachard qui s'en cognait, surtout soucieux de son image de marque, exigeant des martyrs, tout comme le général Des Gringues, Boucher des Hurlus qui avait gagné ses étoiles en faisant fusiller ou massacrer des dizaines de milliers de malheureux pauvres cons. Bon dieu de mille merdes, pourquoi s'en aller chercher un exemple si lointain, alors qu'on avait sous le nez la puanteur de millions de martyrs écartelés, laminés en  bouillie d'os et de chairs, et proprement inaptes à toute résurrection-bidon ?"


Sachez enfin qu'un film a été tiré de cette oeuvre, qui s'appelle "Sortez des rangs", sorti en salles en 1996.

affiche-Sortez-des-rangs-1995-1.jpg


Le boucher des Hurlus / Jean Amila (Folio policier, rééd. 2001)
publié dans : polar français par jeanjean
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Jeudi 8 novembre 2007

fans-sans-balance.jpgCa commence dans un poste de police grenoblois : le commissaire Granier écoute patiemment Roland Sapey lui raconter l'histoire de son ami Yossef Blumenthal, un juif rescapé des camps et jazzman professionnel. Disparu récemment, ce dernier aurait en fait été assassiné à cause d'un instrument de musique : un saxophone "fabriqué" à Buchenwald, sur lequel Yossef apprît à jouer et qu'il garda toute sa vie, partagé entre la tentation de le léguer à un musée pour sa valeur symbolique et la répulsion qu'il éprouve à l'égard de cet instrument réparé à partir d'éléments humains... 
Blumenthal mort, le sax disparu et deux cadavres plus loin, le commissaire va tenter d'éclaircir cette affaire en s'intéressant notamment aux milices néo-nazies...

A travers le personnage et la vie de Yossef Blumenthal, François Joly nous rappelle au devoir de mémoire mais surtout à la vigilance face à toutes sortes d'extrémismes...
Il nous offre aussi un roman documenté, bien construit, rythmé, et traversé par l'amour du jazz...


AIMEZ-VOUS LE JAZZ ?
Car, hormis ses talents d'écrivain, François Joly est aussi un grand amateur de jazz et ce roman fait la part belle à la musique, ce qui ne gâche rien ! On a plaisir à écouter Joly évoquer, à travers l'itinéraire de Blumenthal,  la folie be-bop des années 50, le boom des boites de jazz et certaines figures légendaires - Earl Hines, Charlie Parker... De plus, il introduit dans ce roman des personnages réels que l'Histoire a boudés, notamment Valaïda Snow (voir la vidéo), chanteuse et trompettiste noire américaine déportée par les SS ; elle en réchappera, sera rapatriée aux Etats-Unis mais n'atteindra jamais le succès promis avant-guerre... 

Bref, le seul défaut de ce roman est d'être trop court et, pour ma part, je vais m'empresser de lire les autres bouquins de François Joly, surtout s'il y parle de jazz...

Voici  Valaïda Snow (1939)

 

 

Les fans sans balance / François Joly (La Branche, Suite noire, 2006)
publié dans : polar français par jeanjean
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