Ca commence dans un poste de police grenoblois : le commissaire Granier écoute patiemment Roland Sapey lui raconter l'histoire de son ami Yossef Blumenthal, un juif rescapé des
camps et jazzman professionnel. Disparu récemment, ce dernier aurait en fait été assassiné à cause d'un instrument de musique : un saxophone "fabriqué" à Buchenwald, sur lequel Yossef apprît à
jouer et qu'il garda toute sa vie, partagé entre la tentation de le léguer à un musée pour sa valeur symbolique et la répulsion qu'il éprouve à l'égard de cet instrument réparé à partir
d'éléments humains...
Blumenthal mort, le sax disparu et deux cadavres plus loin, le commissaire va tenter d'éclaircir cette affaire en s'intéressant notamment aux milices néo-nazies...
A travers le personnage et la vie de Yossef Blumenthal, François Joly nous rappelle au devoir de mémoire mais surtout à la vigilance face à toutes sortes d'extrémismes...
Il nous offre aussi un roman documenté, bien construit, rythmé, et traversé par l'amour du jazz...
AIMEZ-VOUS LE JAZZ ?
Car, hormis ses talents d'écrivain, François Joly est aussi un grand amateur de jazz et ce roman fait la part belle à la musique, ce qui ne gâche rien ! On a plaisir à écouter Joly évoquer,
à travers l'itinéraire de Blumenthal, la folie be-bop des années 50, le boom des boites de jazz et certaines figures légendaires - Earl Hines, Charlie Parker... De plus, il introduit dans
ce roman des personnages réels que l'Histoire a boudés, notamment Valaïda Snow (voir la vidéo), chanteuse et trompettiste noire américaine déportée par les SS ; elle en réchappera, sera rapatriée
aux Etats-Unis mais n'atteindra jamais le succès promis avant-guerre...
Bref, le seul défaut de ce roman est d'être trop court et, pour ma part, je vais m'empresser de lire les autres bouquins de François Joly, surtout s'il y parle de jazz...
Voici Valaïda Snow (1939)