Dimanche 25 novembre 2007
Après Ile Noire et L’Ame à l’épaule (chez le même
éditeur, Métailié, qui a la bonne idée de
mettre en ligne les premiers chapitres), voici le troisième volet des « aventures » de Salvo Riccobono, inspecteur anti-mafia à Palerme, amateur de rugby et de littérature, trois
traits que partage justement son géniteur, Piergiorgio Di Cara.
Salvo, menacé par la mafia, est muté en Calabre, au sein d’un commissariat routinier où il
découvre avec surprise qu’aucune enquête en cours ne concerne la ‘Ndrangheta, la mafia locale, et que ses collègues se cantonnent aux affaires mineures – petits trafics, braquages… Une
enquête anodine va pourtant les confronter à la puissante organisation.
Di Cara connait bien son sujet ; il décortique les arcanes de l’enquête policière, la
vie quotidienne et l’atmosphère d’un commissariat, les différences structurelles entre Cosa Nostra et la ‘Ndrangheta… Ses observations, ses descriptions donnent à son récit une
sorte d’hyper-réalisme.
Mais le plus intéressant dans ce roman est sûrement la figure de l’inspecteur. Non, ce n’est pas le super-héros sans peurs et sans reproches, prêt à affronter le danger menton
haut et poitrine offerte. Notre homme est à la dérive, hanté par l’attentat dont il fut victime, trouvant un réconfort passager dans l’alcool ou le sexe éphémère. Il tente de se soustraire à
lui-même. Et sa détermination, son courage, son indignation devant la corruption et la violence n’ont d’égal que sa peur, latente, et sa fragilité.
Vous en connaissez beaucoup des polars, où le « héros » chie de trouille avant
une intervention ?
Pour finir, on aurait aimé un polar un peu plus dense, avec peut-être moins d’envolées
lyriques (le début du roman est un peu verbeux à mon goût), mais Verre froid n’en est pas moins un très bon polar, bien construit et qui dévoile crûment la réalité
mafieuse, impitoyable, hyper-violente, cruelle, débarrassée de ses habituels atours romantiques.
Verre froid / Piergiorgio Di Cara (Métailié noir, 2007)