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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 22:52

Paru pour la première fois en France en 1985, La Loi de la cité était épuisé depuis belle lurette, malgré deux rééditions. Une bonne chose donc que la parution de ce très bon cru d'Elmore Léonard dans la (toujours excellente) collection Rivages-Noir.


LoidelaCit--.jpgUn petit mot sur l'auteur, pour ceux qui ne connaitraient pas ce formidable conteur : Elmore Léonard est né en 1927 à La Nouvelle-Orléans et a commencé sa carrière en écrivant des westerns et comme scénariste. En 1966, la Fox lui achète les droits de Hombre, ce qui lui permet de se consacrer exclusivement à l'écriture ; le marché du western se rétrécissant, Léonard s'oriente alors vers le polar.

Plusieurs de ses romans ont été portés à l'écran, parmi lesquels Valdez est arrivé, 3h10 pour Yuma, Punch Créole (qui donnera Jackie Brown) ou encore Loin des yeux, adapté par Steven Soderbergh sous le titre Hors d'atteinte


The Motor city 
:

La Loi de la cité, comme beaucoup de ses romans, a pour cadre la ville de Détroit, où il vit aujourd'hui. 
Détroit a connu un boom économique durant la première moitié du XXème siècle grâce au commerce portuaire et à l'industrie automobile (Général Motors, Ford, Chrysler) avant d'amorcer son déclin économique et démographique, pour être aujourd'hui l'une des villes les plus pauvres des Etats-Unis, un quart des habitants vivant sous le seuil de pauvreté, un taux 2 fois plus élevé que la moyenne nationale ; sa population est très majoritairement composée de Noirs, arrivés en ville dès les années 20 pour travailler dans l'industrie. Les tensions raciales n'ont pas tardé à émerger, et Détroit possède le triste privilège d'avoir connu, en 1967, les émeutes les plus sanglantes de l'histoire des Etats-Unis, avec plusieurs dizaines de morts et milliers de blessés. 
Détroit a aussi une grande tradition musicale : berceau des mouvements punk et techno, elle abrite aussi le fameux label Motown, consacré à la Soul music, et a vu débuter Diana Ross, Marvin Gaye ou encore Stevie Wonder.
Autant de caractéristiques que l'on retrouve dans l'oeuvre de Léonard et notamment dans La Loi de la cité, où l'auteur évoque les friches industrielles,  les questions raciales, sur fond de Donna Summer...



"L'un de nous est de trop dans cette ville, cow-boy..."
, voilà qui pourrait résumer ce roman mené tambour battant et centré sur les deux personnages du flic persévérant et du truand à tendance psychopathe. Et  l'on se doute que le récit va se terminer par un règlement de compte à l'ancienne plutôt que dans une salle de tribunal.
Clément dit "le Sauvage" est une véritable brute, qui vit d'escroqueries et n'hésite pas à tuer, activité qui semble même lui procurer un certain plaisir. Au cours d'une altercation banale, il tue un homme qui s'avère être le Juge Guy, personnage douteux dont la mort n'émeut personne mais dont la fonction oblige à un certain zèle de la part des policiers dans l'élucidation du crime... Ce qui ne tarde pas, puisque le coupable est arrêté quelques heures plus tard, mais relaché par manque de preuves et notamment par l'absence d'arme à feu. Clément n'est pas inconnu des services de police, il a été impliqué dans un triple homicide quelques années plus tôt mais a obtenu un non-lieu en profitant d'une erreur de procédure. Ce qui a le don de frustrer encore plus le lieutenant Cruz, qui se met à envisager des mesures radicales pour stopper Clément. 

Le roman fait la part belle à l'affrontement entre les deux hommes et au personnage du lieutenant Cruz, un dur-à-cuire de la vieille école qui, par son obstination à vouloir punir le crime et son "jusqu'au-boutisme", n'est pas sans rappeler le personnage de Lloyd Hopkins crée par Ellroy (voir la Trilogie Lloyd Hopkins chez Rivages) - en moins impulsif cependant.


Léonard transpose dans la grande ville contemporaine les éléments du western, du shériff et du hors-la-loi, dans un polar particulièrement efficace, entre roman noir et police procedural, avec un art du dialogue consommé, une force d'évocation impressionnante et une écriture très "cinématographique" ; et l'on comprend pourquoi Hollywood se rue sur ses romans, comme tous les amateurs de bon polars...

 


La loi de la cité / Elmore Léonard (trad. de l'américain par Fabienne Duvigneau. Rivages/Noir, 2007)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Nicolas 10/07/2009 23:55

J'ai bien aimé ce roman, mais après coup, il ne m'en reste que très peu de souvenir. Bref, un polar loin d'être inoubliable pour moi.

jeanjean 11/07/2009 10:47


C'est vrai que ce n'est pas le meilleur Leonard (je pencherai pour Maximum Bob ou un autre), en tout cas je te conseille d'éviter le dernier, Hitler's
Day, très décevant.


dj duclock 09/12/2007 12:45

Bon sang, j'ai "Be Cool" dans ma PAL pour un dossier Polar et rap à venir, mais je crois que je vais glisser quelques Elmore Leonard de plus...

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