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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 22:59
Une claque, ce bouquin.
 
Goines.jpgChester Hines (!) est noir et a un casier. Suite à un banal contrôle de police, il est arrêté pour port d’arme prohibé et envoyé directement en cellule de dépôt, en attendant son procès. Là, il se lie d’amitié avec Willy (ou Kenyatta, personnage qu’on retrouvera dans d’autres romans) et Tony, un jeune blanc pas impressionnable pour deux sous.
C’est leur vie quotidienne dans cet enfer que nous suivons au fil du récit, sous la plume incisive de Goines. 

Dans un style direct, cru et sans fioritures, Goines décrit la surpopulation carcérale, la violence omniprésente (et le plus souvent dirigée contre les « blanchots »), les viols, les conditions d’hygiène déplorables, le manque d’intimité, les vols, l'ennui de ces longues journées seulement rythmées par les repas ou la livraison des clopes et des confiseries… 
Il nous donne à voir un univers - une arène - très codifié, basé sur les principes de l'affrontement et de l'honneur, où règne un climat sans cesse menaçant, où une parole mal placée peut s'avérer funeste, où il faut savoir s'imposer pour sauvegarder sa nourriture, son argent, sa couchette... Car le faible finit vite micheton ou quémande les miettes... On se jauge, se défie, s'intimide, se tabasse... Sous l'oeil trop peu vigilant des matons.


Une peinture au couteau, où l'auteur brosse à grands traits un réquisitoire violent contre le système judiciaire et pénitentiaire américain, l’instrument ultime de la discrimination sociale et raciale – cela va souvent de pair, en particulier aux Etats-Unis dans les années 60-70.
 

Chester Himes fut le modèle littéraire de Goines. Si Justice Blanche, misère noire ne possède pas l’ampleur ni les qualités littéraires du Hier te fera pleurer (autrement édité sous le titre Qu’on lui jette la première pierre) traitant du même sujet, il y gagne peut-être en percussion et en force.
  
À l’instar de Chester Himes, Edward Bunker ou Iceberg Slim, Donald Goines a bien connu la prison, où il découvrit la littérature et commença à écrire.
Né en 1936, il a grandi dans le ghetto de Détroit. Sa dépendance à la drogue le pousse vers la délinquance et il est condamné dès l’âge de 18 ans pour attaque à main armée ; à sa sortie, il se « reconvertit » comme proxénète... Il est abattu avec sa femme en 1974.

Avec une quinzaine de romans, où sont évoqués le crime, la prison, la prostitution, le racisme, Donald Goines a
dressé un véritable inventaire de la vie dans le ghetto durant les années 1960-70.


Les prisons américaines sont occupées à 44% par des noirs quand cette population représente 12% de la population américaine (Statistical abstract of the United States, 2000).
Plus généralement, la population carcérale a augmenté de 300% entre 1981 et 2001. Aujourd'hui (
chiffres 2006), le taux d'incarcération américain est le plus fort au monde, avec 645 détenus pour 100.000 habitants (environ 100 pour 100.000 en France). Ainsi, les Etats-Unis, qui représentent 5% de la population mondiale, concentrent 25% des prisonniers de la planète...



Justice blanche, misère noire / Donald Goines (trad. de l'américain par Alexandre Ferragut. Gallimard, Série noire, 2001)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

vanessa Jean 10/01/2008 11:27

je suis une fan de Goines, tous ses polars sont fabuleux

dj duclock 18/12/2007 20:06

Sûr, quand j'aurais finis les Chester Himes je me lirais les Goines. Je me souviens de ce livre que j'avais lu ado au début de la collection "Terre Humaine" reprise en poche chez chez Point : "Quartiers de la mort" de Bruce Jackson et Diane Christiane... Le livre m'a suivi un bout de temps.

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