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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 14:44

Roger Grenier a écrit de nombreux romans, nouvelles, essais, dont un sur Camus notamment. Son dernier livre paru, Instantanés, retrace en 25 portraits les rencontres qu’il a faites au cours de sa vie, parmi lesquelles Queneau, Romain Gary, Cortazar et … James Hadley Chase (de son vrai nom René Raymond), à propos duquel il raconte :

 
« (…) A vingt ans, il devient responsable d’une chaîne de librairies de location. Il sélectionne. Il lit des milliers de livres. Il observe les clients. Il constate le succès des romans policiers tough. C’est ainsi qu’il finit par se dire : « pourquoi pas moi ? ». Equipé d’une machine, de papier bleu et d’un dictionnaire d’argot, il commença à écrire Pas d’orchidées pour miss Blandish.
Cet homme méthodique n’a rien laissé au hasard. Je lui ai demandé :
chaseportrait.jpg« Pourquoi ce pseudonyme, James Hadley Chase ? 
- J’ai longtemps observé les clients des librairies. Ils regardent les rayons, rangés par ordre alphabétique. Ils passent devant le A, hésitent devant le B et commencent à sortir des livres à C. Il fallait donc que mon nom commençât par C. Jusqu’à G, c’est bon. Après, ils sont fatigués. »
James Hadley est venu compléter Chase.
« C’était la mode des noms en trois morceaux. »
- Mais vous avez signé aussi des livres Raymond Marshall et Ambrose Grant.
- C’était la guerre. Chaque auteur n’avait droit qu’à une attribution de papier limitée. Avec trois noms, je pouvais publier trois fois plus. »
 

…Et Chase fut particulièrement productif, avec environ 90 romans à son actif !
 
Anecdote savoureuse d’une époque où les romanciers français, de leur côté, étaient presque contraints de publier sous pseudo américain, avec la vague du hard-boiled qui déboulait sur les côtes françaises juste après celle des Alliés.
Enfin, prendre un pseudo américain alors qu’on est anglais avec un nom à consonance française, là ça devient franchement cocasse !
 
Les romans de Chase sont toujours très détaillés (le nom d’une rue ou d’un bar dans telle avenue américaine…), ce qui a longtemps fait croire à ses lecteurs qu’il était américain ou, tout du moins, qu’il s’y rendait régulièrement. Hors il n’y a jamais mis les pieds ! Son truc c’était plutôt les annuaires… D’ailleurs :
 
« Parlez-lui de l’Amérique. Sous sa moustache se dessine une moue de dégoût.
- Je n’aime que les vieilles églises, la campagne, les concerts. Je ne vois pas ce que l’Amérique pourrait m’apporter. »
 
 
A noter que plusieurs romans de Chase ont été réédités cette année en Folio Policier, ainsi on peut (re)lire Pas d’orchidée…, Eva, Méfiez-vous, fillettes ! ou La Chair de l’orchidée dans une nouvelle édition. Un p’tit rafraichissement qui pouvait pas faire de mal après presque dix ans de traversée du désert éditorial…


Si vous avez un peu de temps (et ça vaut vraiment le coup, rien que pour le décor...), je vous invite à regarder cet extrait, datant de 1972, où le cinéaste Jean-Pierre Melville (Le Deuxième souffle, L'Armée des ombres...) évoque l’univers de J.H. Chase.

Enfin, vous pouvez aller jeter un oeil sur ce site, par un fan(atique) de l'écrivain.

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Published by jeanjean - dans polarenvrac...
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