1976. Wilton Cooper, un truand noir débarquant de Miami, est en train de regarder L’Exécuteur
noir, un film culte de la Blaxploitation, quand il entend plusieurs coups de feu dans la baraque du
projectionniste, parfaitement synchronisés avec ceux de la scène finale. Bobby Roy Clagget, un jeune blanc complètement cinglé qui se prend pour un noir et sapé comme un sapin de noël, vient
de descendre son patron, qui « n’arrêtait pas de lui sourire » (!). Le môme plait bien à Wilton et voilà la fine équipe partie pour Washington où ils vont causer pas mal
d'ennuis...
Lors d’une « réunion d’affaires » avec des truands locaux, débarquent un peu par hasard Marcus Clay, un noir, vétéran du Vietnam, et son ami blanc Dimitri
Karras, un petit dealer. L’ambiance ne tarde pas à dégénèrer et Marcus, après avoir un peu astiqué Clagget, a le (mauvais) réflexe d'embarquer un paquet de fric qui ne lui appartient
pas.
Wilton Cooper veut récupérer son fric et se lance à la poursuite de Marcus. Les innocents vont trinquer...
Beaucoup d’action dans ce polar rythmé, sur fond de soul music, de funk, de fusillades et dans les volutes de marijuana.
S'il repose essentiellement sur la confrontation entre les paires antagonistes Cooper-Clagget et Clay-Karras, ce roman a bien d'autres qualités, parmi lesquelles l'omniprésence de la musique
(Pelecanos a l'habitude d'émailler ses récits de références musicales), une galerie de personnages secondaires particulièrement bien croqués et le style, concis, détaillé de Pelecanos, toujours
au service d'une veine réaliste qui fait office d'étude sociale.
James Ellroy et Los Angeles, Gonzalez Ledesma et Barcelone ou Andrea Pinketts et Milan… Certains écrivains dépeignent presque exclusivement leur ville. C’est aussi le cas pour
Georges Pelecanos, dont l’œuvre est toute entière consacrée à sa ville natale, Washington, dont elle est une véritable radiographie (principalement de la communauté noire et des
tensions raciales), des années 20 (Un nommé Peter Karras) jusqu’à nos jours (Drama city).
King Suckerman se poursuit avec Suave comme l’éternité et
Funky guns, dans lesquels on retrouve Marcus Clay et Dimitri Karras. Un triptyque autour de la capitale américaine, du milieu des années 70 jusqu’aux années
90.
King Suckerman / George Pelecanos (Soul Fiction, 1999, rééd. Points Seuil, 2001)
par jeanjean
publié dans :
polar américain
3
recommander
Voir tous les articles
Et Pelecanos est un géant. Ceci dit, King Suckerman est, dans sa saga de Washington DC, celui que j'ai le moins aimé, peut-être aussi parce qu'il m'a fallu un peu de temps pour rentrer dans son rythme, accepter les références musicales permanentes ... Ensuite, tout, absolument tout est indispensable.
Petit scoop, Pelecanos serait annoncé aux Quai du polar à Lyon fin mars.