La réédition de Faites-nous la bise chez
Rivages-noir m’a donné l’occasion de découvrir Daniel Woodrell, dont plusieurs romans ont déjà été traduits en France (le dernier en date, Hiver de glace, est paru l’année
dernière) et dont on dit beaucoup de bien.
Celui-ci se déroule près de Kansas City, dans les Ozarks, un immense plateau s’étendant sur plusieurs Etats du Sud (Missouri, Kansas, Arkansas,
Oklahoma), un coin qu’on a coutume d’appeler l’Amérique profonde, où l'auteur a lui-même grandi.
Après un mariage raté (« Au bout du troisième slow d’affilée que ma femme avait dansé dans les bras du poète résident, j’avais compris
qu’il était temps d’aller chercher ma valise dans le garage et d’en essuyer les toiles d’araignée.»), Doyle Redmond - le narrateur - rentre « au pays » retrouver les quelques
membres de sa famille encore en liberté.
Car les Redmond, illustre famille locale aujourd’hui "déchue", sont réputés pour leurs manquements réguliers à la loi, comme le grand-père Panda
qui a autrefois descendu un type en pleine rue, un manque de contrôle passager qui l’a contraint à vendre la quasi-totalité des terres familiales pour "racheter" sa
peine.
Si Doyle a tenté d’échapper à l’atavisme familial en se fourvoyant quelque temps dans les cercles universitaires et intellectuels californiens,
il est maintenant bien décidé à assumer son accent nasillard de redneck et l’inclination naturelle de ses ancêtres à défier la loi. Aussi, quand ses parents le chargent de raisonner son frère
Smoke, recherché par la police, afin qu’il se rende, Doyle n’y met pas beaucoup de persuasion et, mieux, il s’embarque avec lui dans la culture (intensive) de cannabis, qui devrait permettre à
Smoke de régler ses ennuis judiciaires moyennant finances et à Doyle d’écrire LE roman qui le sortira de l’anonymat littéraire dans lequel il végète.
Avec son frère vivent Big Annie (en référence non à son embonpoint mais à sa généreuse poitrine) et sa fille Niagra, généralement peu vêtue,
férue d’ésotérisme et qui rêve de conquérir Hollywood. Entre interrogations existentielles, "atelier jardinage" et équipées champêtres, les quatre compagnons bohèmes vont devoir faire face
aux «Dolly», une famille voisine constituée d’abrutis à-demi dégénérés aussi stupides que dangereux...
Woodrell nous offre là un polar truculent, teinté d’un humour féroce et pince-sans-rire. La tendresse qu'il porte à ses personnages, de
joyeux drilles un brin déjantés, l'humanité qu'il leur confère, les rendent particulièrement attachants. Une belle réussite.
Faites-nous la bise / Daniel Woodrell
(Rivages-noir, 2007)
Tu as commencé par le plus optimiste. Les autres sont souvent beaucoup plus sombres et désespérés, tout en gardant la même tendresse pour ses personnages.