Nous sommes en Australie, plus précisément au Calpe, un bar-discothèque du bord de mer du bout du monde, situé à quelques heures de
route de Sydney, en Nouvelle-Galles du Sud. Un lieu de passage obligé, où vient se saouler à mort la faune locale, des jeunes désœuvrés pour la plupart et les gars employés à l’abattoir local,
comme John Verdon, un type haineux, dont le job consiste, à l’aide d’un merlin (une sorte de masse), à assommer une centaine de bœufs par jour, juste avant leur dépeçage.
La journée finie, avec son pote Harris, ils filent au pub s’abrutir de whisky frelaté et de mauvaise bière que leur sert Mike, le
patron peu scrupuleux qui rogne sur les doses, trafique ses bouteilles et fait boire tant qu’il peut des clients déjà complètement imbibés – et tant pis si un môme se fout dans le décor en
rentrant chez lui –, pourvu qu’ils allongent la monnaie !
Ce samedi-là n’échappe pas à la règle, mais quelque chose va vraiment mal tourner, d’autant plus que Verdon a passé une sale
journée, et qu’il a vite fait de prendre en grippe un des jeunes du coin, un ado boutonneux et libidineux nommé Peter Watts. Quand ce dernier profite de l’ivresse d’une fille pour abuser d’elle,
le prétexte est tout trouvé pour lui donner une bonne leçon…
Alors, que s’est-il exactement passé ce jour-là pour causer la mort d’un homme ?
C’est ce que tente d’éclaircir la Cour – les interventions du juge, de l’avocat et du procureur émaillent le roman – …et le
lecteur, lequel n’apprend l’identité de la victime et la cause de sa mort qu’à la fin du récit, qui reconstitue peu à peu la trame et les circonstances – tragi-comiques – du drame.
En à peine plus de cent pages parfaitement maitrisées, où l'énumération des faits prime sur l'étude psychologique, Kenneth Cook
dresse un portrait bien sombre de son pays et d’une partie de sa jeunesse vouée à la désespérance et l’autodestruction
Une farce grinçante, où la méchanceté, la cupidité, la bêtise crasse finissent par tourner au ridicule…
Ce court roman - pas vraiment un polar d'ailleurs - est un bon moment de lecture, même s’il ne vous laissera pas un
souvenir impérissable. Mais ils ne sont pas bien nombreux, je pense, les auteurs qui, avec une telle économie de moyens, font surgir un décor, une intrigue, des personnages avec autant de
talent…
Kenneth Cook est mort en 1987. A coup redoublés est son troisième roman publié chez Autrement, après Cinq matins de
trop et Par-dessus bord.
A coups redoublés / Kenneth Cook
(Autrement, 2008)