Dans la série je comble mes (nombreuses)
lacunes littéraires, je viens de découvrir l’auteur(e) espagnole Alicia Giménez-Bartlett. Si son nom ne m’était pas inconnu, je ne m’étais pas encore embarqué dans ses pérégrinations
barcelonaises…
C’est chose faite, après qu’une internaute bienveillante (grazie Annita !) m’ait recommandé cet auteur qui, curieusement,
est relativement méconnue en France (malgré l’attrait du public pour les personnages récurrents), alors qu’elle accumule les récompenses et rencontre un large public en Italie ou en
Allemagne.
Cinq titres sont déjà parus en France, chez Rivages-noir. Les romans de Giménez-Bartlett mettent en scène un couple
d’inspecteurs particulièrement attachant : Petra Delicado, la quarantaine, ancienne avocate, deux mariages derrière elle et encore pas mal d’interrogations existentielles devant, impulsive,
accrocheuse… Et Fermin Garzón, son subordonné et ami, fonctionnaire consciencieux et loyal proche de la retraite, dont la bonhomie et la large bedaine tranchent avec l’intrépidité de Petra.
Ce tandem nous emmène aux quatre coins de Barcelone, traversant les quartiers populaires ou passant les portes cochères des immeubles bourgeois, enquêtant dans les milieux les plus
divers…
Rites de mort est le premier roman de la série Delicado/Garzón (et aussi le premier paru en France, ce qui n’est pas toujours
le cas…).
Alors que Pétra végète au service documentation du commissariat, son supérieur la charge d’enquêter sur une affaire de viol. Une
opportunité à saisir pour qui espère depuis toujours « descendre dans les rues » afin de mener de véritables investigations policières. On lui adjoint un inspecteur expérimenté, tout
juste muté de province : Fermin Garzón. Les premiers contacts sont difficiles… Garzón, d’un naturel placide, oppose à Petra un masque de marbre, même s’il n’en pense pas moins sur les
méthodes pour le moins musclées de sa supérieure (qui le choquent d’autant plus qu’elle est une… femme). De son côté, Petra s’agace profondément des reproches muets que semble lui adresser ce
collègue « monolithique ». Peu sûre d’elle, elle use parfois d’autoritarisme devant un Garzón renfrogné.
Mais les deux protagonistes-antagonistes vont s’apprivoiser peu à peu, puis s’apprécier et poser les bases d’une solide amitié. Une
relation qui constitue la colonne vertébrale du récit.
Cette première enquête les mène sur la piste d’un violeur en série, qui marque ses victimes d’un sceau en forme de fleur. Entre
balbutiements, précipitation et fausses pistes, l’enquête s’enlise. Le violeur récidive, l’affaire fait la « une », la pression monte. Petra, harcelée par les médias (ainsi que par ses
ex-maris), aidée par son fidèle compagnon, va devoir mettre au jour certains secrets de famille particulièrement glauques afin de mettre la main sur le violeur.
Ce roman, aux personnages bien campés, à l’intrigue bien ficelée, tient particulièrement bien la route. Giménez-Bartlett restitue avec nuance la complexité des sentiments et des comportements
humains, à cent lieues d’effets simplistes, de discours caricaturaux (les victimes elle-même succombent à la cupidité, à la bêtise…).
Et puis, Delicado et Garzón font partie de ces personnages qu'on a plaisir à retrouver. D’ailleurs, j’ai Le jour des chiens près de moi…
Rites de mort / Alicia Giménez-Bartlett (Rivages-noir, 2000)