La Foire du livre de Francfort, Bologne... ? Où l'on s'apprête à négocier des droits de
traduction pour ces deux auteurs, docteurs es nioupolar ?
Non. Je parle de la foire de... Gramat, "charmante bourgade située dans le Lot, à quelques encablures de la Dordogne" (à dire à voix haute avec un accent
JeanPierrePernaudois)...
Ce jour-là était donc "jour de foire". On se balade, on musarde, se faufilant habilement parmi les étals où s'entassent chapeaux, tissus, surplus militaires (les vêtements, pas les Famas !),
chaussures et... livres. Je jette un coup d'oeil distrait : la marchande avait disposé quelques dizaines de caisses où s'alignaient, plus ou moins classés par genres, quelques centaines de
livres, d'un almanach des Postes au dernier Alexandre Jardin (sûrement déposé là par un critique littéraire en vacances, désireux de ne pas s'encombrer inutilement d'un exemplaire de
presse...).
Je repère rapidement le cageot où est inscrit, à l'aide d'un gros feutre noir, "POLICIERS". Accroupi devant l'éventaire, inventaire rapide du dos des bouquins : beaucoup de Masque, des
SAS, quelques Carré noir dont A.D.G. et son Je suis un roman noir. Carré noir n° 468, quatrième de couv. avec la pub Gitanes et
exemplaire dédicacé SVP, comme suit : "Je suis un roman noir et Jean-François est-il mon prophète (pro-fête) ? Amicalement - ADG". (ouf ! ça aurait pu être Jean-Marie...) Bonne pioche,
alors je continue à creuser.
Et là, belote et re-belote ! Puisque le suivant dans la pile n'est autre que Le petit bleu de la côte ouest, du bon copain Manchette ! A.D.G. - Manchette
: ces deux-là, malgré des positions politiques diamétralement abyssalement opposées (Manchette tendance gauche anar, A.D.G. à
l'extrême-droite, et l'on peut même dire "anar de droite"), ne rechignaient pas à discuter polar et peut-être bien politique... (Manchette en parle-t-il dans son Journal, nouvellement
paru chez Gallimard ? à voir)
Bref, j'ai particulièrement goûté cette chouette coïncidence : A.D.G. et Manchette réunis par une bouquiniste (avertie ?) sur le foirail d'une petite ville de province. Manquait plus
que Fajardie...
Sans compter que les (anti)héros de ces romans pratiquent tous deux "l'art de la fugue", fuite éthylique chez A.D.G., fuite en avant pour Manchette.
Un Manchette bien serré SVP !
Sitôt rentré, je replonge dans
Le petit bleu, lu il y a quelques années déjà, mais le plaisir demeure. L'aventure de l'anti-aventurier Georges Gerfaut, cadre parisien marié et père de famille poursuivi
par des tueurs pour avoir secouru un automobiliste accidenté (!), n'a pas pris une ride, eu égard au talent stylistique de l'auteur, épuré, concis, et ramassé comme un beau diable prêt à sortir
de sa boite.
Tout d'abord, je dois dire que j'étais plutôt réticent à lire un militant
d'extrême-droite et collaborateur de Minute - fût-il mort, enterré et précédé d'une réputation de styliste hors-pair. Littérature et politique sont deux choses différentes, me
direz-vous, et Céline a bien écrit Le Voyage, peut-être le plus grand roman français du XXème siècle. Ok. Que les salauds écrivent des chefs-d'oeuvre, ça ne me dérange pas, mais on ne
parvient jamais à dissocier complètement un livre de la personnalité de son auteur, non ? Bref...