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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 12:59

Si Fredric Brown, aujourd'hui, est surtout connu pour ses récits fantastiques un brin décalés - Martiens go home !, Fantômes et farfafouilles -, il fut d'abord un auteur de romans noirs, parmi lesquels quelques grands moments du genre : La belle et la bête, La nuit du Jabberwock ou encore La fille de nulle part, réédité chez La Découverte (une réédition est aussi prévue en septembre dans la collection Rivages/Noir).


George Weaver, agent immobilier, marié et père de famille, décide de s'installer pour quelques mois, seul,  dans une bicoque perdue au fin fond du Nouveau-Mexique, afin de soigner un état dépressif et un alcoolisme latent.
Cette même maison fut, huit ans plus tôt, le théâtre d'un crime. Jenny Ames, une jeune femme venue pour se marier, a été tuée à coups de couteau par Charles Nelson, un peintre raté. Le corps a été retrouvé deux mois plus tard. Entretemps, Nelson a disparu et plus personne n'a jamais entendu parler de lui. L'enquête a été bouclée, faute de pistes sérieuses.

Sur le conseil d'un ami, Weaver s'intéresse à cette histoire en vue d'écrire un article, mais ce qui n'est au début qu'un passe-temps excitant se transforme en fascination morbide. Il pense sans cesse à Jenny, Jenny, Jenny... dont il se fait une image idéalisée, une icône, par-delà le temps et la mort - si différente de son ivrogne et idiote de femme !
Il divague, s'imagine assis à côté d'elle, huit ans plus tôt, dans ce car emmenant la jeune femme vers Taos et une mort violente. Il aurait pu lui parler, la protéger, la sauver... Les mêmes questions reviennent sans cesse dans son cerveau malade : qui était-elle ? D'où venait-elle ? Quel était son tempérament ?
Weaver poursuit son enquête - où plutôt sa quête - et nourrit sa névrose à grandes lampées de whisky, sombrant peu à peu dans la folie et l'obsession mono-maniaque. Ses rares "accès de lucidité" le rendent d'autant plus pathétique. "Serais-je en train de devenir alcoolique ?" , "suis-je fou ?" se demande-t-il. Il s'aveugle et s'enfonce.


On ne retrouve pas ici le ton habituellement facétieux et léger de Fredric Brown. Quand il a écrit La fille de nulle part, c'est surtout du noir qu'il a extrait de sa palette, à travers le délabrement physique et psychique d'un homme. 
Un roman plus personnel donc, où l'auteur évoque aussi l'alcoolisme : son personnage cotoie tour à tour la paranoïa, la culpabilité, la détresse et l'euphorie... Pages lucides d'un écrivain en proie - au moins en partie - aux mêmes tourments.
Enfin, le maître de la chute qu'est Brown, nous offre un dénouement tout à fait inattendu, saisissant, et qui laisse au lecteur le choix de sa propre interprétation.


Conseil(s) d'accompagnement
: le thème - qui ferait le délice des psychanalystes - de l'homme tombant amoureux d'une morte a déjà été exploré (et de quelle manière) par Robin Cook dans le troublant J'étais Dora Suarez, ou Ellroy avec Le Dahlia noir.


La fille de nulle part / Fredric Brown (trad. de l'américain par Gérard de Chergé. La Découverte, Culte fictions, 2006)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

People 09/02/2009 20:05

Un polar bâclé et fadasse. Le scénario évolue à deux à l'heure, sans aucun rebondissement digne de ce nom. Le tout pour déboucher sur une fin totalement improbable à laquelle personne ne peut croire une seconde.
Les personnages du roman n'ont aucun intérêt particulier. On s'ennuie en lisant ce livre.

jeanjean 09/02/2009 21:15



Ah bon ? Ok, tout le monde ne peut pas être d'accord et tu as parfaitement le droit de trouver ce roman ennuyeux - peut-être préfères-tu F. Brown dans son
registre fantastique ? - mais ce n'est pas la peine de poster ton commentaire... 15 fois ! (tu comprendras que j'ai supprimé les autres...)



Jean-Marc Laherrère 23/05/2008 09:46

Un roman qui supporterait donc la comparaison avec Dora Suarez ? C'est forcément à lire.

Pour moi le thème évoque immanquablement deux films, Laura avec l'ébouissante G. Tierney, et Vertigo de tonton Alfred.

jeanjean 25/05/2008 20:44


oui on retrouve ce rapport étrange d'un personnage avec une morte, même si chez Robin Cook, le héros est encore plus "halluciné" je trouve.


Judith V. 22/05/2008 21:58

Quel bonheur de lire un article sur mon roman fétiche que j'ai eu la grande frustration de ne pouvoir rééditer... Jenny Ames n'est pas morte, n'est-ce pas?
J'ajouterais à J'étais Dora Suarez (et au Dalhia, qui appartient peut-être à un autre registre que celui des "filles de nulle part") le très beau Sylvia, d'Howard Fast.
En tout cas, à mon avis, le plus beau roman de Fredric Brown.

jeanjean 25/05/2008 20:46


Jenny Ames n'est pas morte, n'est-ce pas? Ah Judith, comment pourrais-je vous dire le contraire, à vrai dire je suis sûr que non...


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