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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 14:03

Après La mémoire courte, paru en 2006, revoilà Louis-Ferdinand Despreez, auteur sud-africain d'expression française (par ses ancêtres huguenots) et son personnage Francis Zondi, de la police de Pretoria.


Ce qui caractérise en premier lieu "Bronx" (il est surnommé ainsi en raison de son passage au FBI), ce sont ses angoisses existencielles : digressions mentales, réflexions sans fin sur la condition humaine, questionnements sur son pays, cette nouvelle Afrique du Sud post-apartheid...
Pourfendeur acharné du crime, doté d'une forte personnalité, empathique, il tente toujours d'analyser le comportement de ses congénères, même s'il déteste par dessus tout la victimisation et le laisser-aller dans lesquels se complaisent ses frères de couleur.
Vous l'aurez compris, la personnalité de Zondi tient pour beaucoup dans les romans de Despreez, qui dresse à travers son personnage un portrait acide et sans concession de la Nation Arc-en-Ciel, encore profondément inégalitaire.


A travers une affaire de kidnapping d'enfants, Despreez nous montre une société sud-africaine en pleine désintégration, en pleine déliquescence morale, où règne un climat délétère, alourdi par les rancunes et frustations des différentes communautés raciales, héritage empoisonné de l'Apartheid.

Avec colère, parfois avec accablement, Despreez dénonce pêle-mêle l'incompétence et l'aveuglement des dirigeants politiques, les préjugés et le racisme latent (qui n'est pas seulement l'apanage des boers), la naïveté des intellos-gauchistes, la bêtise crasse des touristes...


Noir, terriblement violent, dérangeant (d'autant plus que les victimes sont des enfants), politiquement incorrect, cet excellent polar se veut aussi une étude d'une société malade, d'autant plus instructive et pertinente que Despreez évite toute simplification ou raccourci intellectuel mais s'évertue au contraire à restituer la complexité des difficultés que rencontre son pays, pour tenter d'en saisir le sens et d'en comprendre les mécanismes.
C'est son grand mérite.

Extrait :
"son pays bien-aimé s'était laissé prendre au piège de l'autosatisfaction ; tout simplement parce que les noirs avaient été libérés de l'apartheid sans violence, que la planète entière leur avait délivré un satisfecit et leur avait fait croire que toutes leurs souffrances allaient ainsi être effacées d'un coup de baguette magique par Magic Mandela... (...) Et tout le monde s'était alors endormi sur les lauriers de la démocratie bredouillante en se berçant de cette illusion que tous les Sud-Africains étaient devenus des frères de sang inconditionnellement amoureux de leur nouveau drapeau, comme si aucune rancoeur ou aucun malentendu n'avait subsisté."


Conseil(s) d'accompagnement : les romans de Deon Meyer bien-sûr, ainsi qu'un roman paru l'année dernière, Retour au pays bien-aimé, de Karel Schoeman.


Le noir qui marche à pied / Louis-Ferdinand Despreez (Phébus ; coll. Rayon noir, 2008)

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Published by jeanjean - dans afrique
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commentaires

Geof 26/01/2009 13:18

C'est justement celui là que je lis :o) Despreez et Meyer attendront un peu.

jeanjean 26/01/2009 15:05


Bon choix ! Tu me diras ce que t'en penses, ou j'irai voir sur Pol'Art noir... à bientôt.


Geof 26/01/2009 10:35

un autre Sud-Africain qui m'a l'air intéressant et que je viens juste de commencer : Wessel EBERSOHN.

jeanjean 26/01/2009 11:39



Oui, c'est très bon Ebersohn, et si on a aujourd'hui Deon Meyer ou LF Despreez pour nous parler de l'Afrique du Sud post-Apartheid, lui était en plein dedans et ses
bouquins (qui lui ont aussi posé quelques problèmes avec le pouvoir...) nous en apprennent beaucoup. J'ai beaucoup aimé La nuit divisée.



jeanjean 23/08/2008 16:24

il fait partie des auteurs que je n'ai pas encore lu, va falloir qu'j'm'y mette !

Jean-Marc Laherrère 25/06/2008 09:26

100% d'accord avec ton billet. Et en accompagnement, tu peux rajouter Zulu de Caryl Férey.

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