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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 15:22

Si les polars d'Yvonne Besson font le bonheur d'un petit groupe d'amateurs, ils n'ont pas encore passé le Cap du Grand Public ni la Ligne de l'Engouement Médiatique. C'est bien dommage.

Yvonne Besson a quatre romans à son actif (publiés entre 1998 et 2004), ayant pour cadre (sauf Doubles dames contre la mort
) une petite ville de la côte normande, qu'on reconnait comme étant Dieppe, où elle vit elle-même depuis des années. 
Tous ses romans mettent en scène la jeune inspectrice Carole Riou, un personnage attachant et réaliste : pas du tout le flic superpuissant ou complètement névrosé qu'on nous sert (trop) souvent mais une personne simple et équilibrée, qu'on imagine volontiers comme voisine de palier !
Si ses romans entretiennent savamment le suspense, ce qui intéresse surtout Yvonne Besson ce sont les ressorts de l'enquête, les motivations du crime, plutôt que l'identité de l'assassin ou la résolution du mystère. 

La nuit des autres
est la seconde enquête de Carole Riou, confrontée cette fois à plusieurs meurtres ayant tous un lien avec Aubin Corbier, l'illustre (et défunt) écrivain local dont une association promeut l'oeuvre. Tous les indices accusent le libraire du coin, qui est aussi le fils de l'écrivain. Un coupable un peu trop idéal pour la jeune enquêtrice. Malgré la pression hiérarchique, elle décide d'explorer d'autres pistes, qui la mènent toutes à de vieilles rancunes et au poids douloureux de secret familiaux.

La nuit des autres est réédité ce mois-ci dans la collection Pocket.Policier. L'occasion de poser quelques questions à Yvonne Besson.



Comment êtes-vous venue à l'écriture, et notamment au polar ?

A la question quand ? Je répondrais : tard. Comment ? Je n’en sais trop rien. J’ai écrit mon premier « roman » policier à sept ans (dix pages !) Ensuite,  la tentation de l’écriture m’a hantée pendant  plus de quarante ans sans être assouvie (paresse ou manque de temps ?) et puis un jour j’ai décidé de prendre une année sabbatique et de me prouver que je pouvais le faire. Ça a marché, j’ai écrit Meurtres à l’antique.

Le polar s’est imposé. Sans doute d’abord parce que j’aime construire des intrigues un peu comme un problème d’algèbre, et puis je ne me sentais pas vraiment capable d’écrire autre chose !

 

Un professeur ("une professeure" ?) de Lettres Classiques accro au polar et qui en écrit elle-même ?! Même si le genre a gagné en respectabilité, l'association est loin d'être évidente, non ?

Plutôt « un professeur », cette féminisation artificielle ne me convient pas vraiment !! D’ailleurs, s’il faut vraiment  féminiser, « professeuse » serait plus judicieux, mais affreux !

Je ne me suis jamais posé cette question !! Je n’aime ni les hiérarchies ni les classifications, en fait. Je lis de tout. Il y a de très bons polars et de très mauvais romans de littérature dite « blanche », non ?

Vos romans - avec cette façon d'étudier un milieu social à travers une enqûete policière - me font penser à ceux de Ruth Rendell ou P.D. James (sans la corvée du thé et des manoirs cossus...). Comparaison flatteuse ou hors de propos ?

Flatteuse, sans doute, mais pas du tout hors de propos. Quand j’ai commencé à écrire, j’avais vraiment dans l’idée de remplir un créneau manquant dans la littérature policière française, le « procédural » à l’anglaise. Avec, bien sûr, la peinture la plus juste possible d’une société provinciale bien hexagonale (j’ai choisi la province, justement, pour me démarquer du « noir » à la française qui est beaucoup plus ancré dans les grandes villes.)

Quels sont vos goûts littéraires ? Et question polar, plutôt
police procédural que roman noir ?

Mes goûts sont très éclectiques : je relis régulièrement les « classiques », beaucoup les romanciers du 19ème, mais aussi Voltaire ou Diderot et les grands romanciers russes. Mes auteurs préférés (je ne dis pas « auteures » !) sont toutefois Jane Austen, les sœurs Brontë et Virginia Woolf. Que des femmes, et que des Anglaises. Faut que je me fasse psychanalyser, non ?? J’adore aussi Louis Guilloux, comme vous devez le savoir ! Le Sang noir est pour moi un des plus grands romans du 20ème siècle. Et Borges. En contemporain, surtout des étrangers (hispanophones, américains, anglais entre autres). Mon auteur vivant fétiche est un Barcelonais, Enrique Vila-Matas, digne descendant de Borges !

Pour le « procédural », je crois que j’ai déjà répondu. Mais je ne crache pas sur le « noir » !

Vos romans décrivent très bien le déroulement d'une enquête policière et les arcanes de l'institution judiciaire. Vous avez des "indics", vous vous documentez beaucoup ?

Je me suis renseignée auprès de gens compétents, oui. Mais peu, finalement. On m’a d’ailleurs signalé des erreurs de procédure. Mais je m’en moque un peu, cela ne me semble pas très important de coller à la réalité.

Votre personnage fétiche, l'inspectrice Carole Riou, est présente dans tous vos romans ; le choix d'un personnage récurrent est-il longuement réfléchi ou s'est-il imposé naturellement ?

C’était indispensable, dans la mesure où je me plaçais dans la tradition anglaise. Donc, on peut dire que ça s’est imposé.

Parlez-nous un peu de Carole Riou…

Elle a grandi à Dinard. Comme moi. Elle fume et aime bien boire un coup et c’est une révoltée qui a le cœur à gauche. Comme moi. La ressemblance s’arrête là ! Elle  est beaucoup plus jeune et beaucoup plus mince que moi !

Comme Carole Riou, vos personnages secondaires sont particulièrement fouillés et crédibles ; vous servez-vous de "modèles" parmi votre entourage, ou sont-ils complètement imaginaires ?

A quelques exceptions près, ils sont imaginaires. Mais je pense qu’on est, malgré soi, imprégné de ce qu’on connaît, non ? D’ailleurs, cela m’a valu quelques inimitiés : des gens qui ont cru se reconnaître alors que je n’avais pas du tout pensé à eux !!!

Vos romans ont pour cadre la ville balnéaire de "Marville", qu'on reconnaît rapidement comme étant Dieppe, où vous vivez et avez enseigné de nombreuses années. Pourquoi ce "pseudo" ?

Tout bêtement parce que le fait que la ville soit Marville et non Dieppe me laissait une grande liberté de création. Je pouvais à ma guise inventer des maisons, transformer des quartiers, imaginer des notables corrompus sans trop de risques !! Dans le troisième [Doubles dames contre la mort], mon éditeur a insisté pour que la ville soit vraiment Dinard, et je me suis sentie parfois un peu ligotée par le réel !

Sortons un peu du polar : vous avez postfacé un roman de l'écrivain Louis Guilloux (
Labyrinthe), parlez-nous un peu de cet auteur un peu oublié aujourd'hui...

J’ai déjà évoqué Le Sang noir. Je pourrais parler indéfiniment de Guilloux. Le fait qu’il soit peu à peu oublié, qu’il n’ait jamais été vraiment reconnu est une des grandes injustices de la littérature. J’espère qu’un jour, il prendra sa place dans le panthéon des grands.

Enfin, je ne peux pas m'empêcher de vous demander si vous avez un cinquième roman en préparation ?

Joker. C’est dur de m’y remettre, mais j’essaie !



Vous pouvez retrouver Yvonne Besson sur son site !

 

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Published by jeanjean - dans entretiens
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