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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 10:45


nullA Vollaville, on vit encore à l’heure du Débarquement, et au bar-hôtel du Dog Red, les anciens ressassent de vieilles histoires en tapant le carton, palabrent sur la grande foire des commémorations du Cinquantenaire et la saison touristique qui s’achève ; les gargotes et les boutiques de souvenirs ont baissé leur rideau, les résidences secondaires fermé leurs volets, laissant ce p’tit trou normand retrouver sa langueur et les frimas hivernaux, après la transhumance estivale.

Seul un touriste est resté. Un allemand. Ce qui ne lasse pas d’intriguer le voisinage et laisse place aux commérages. D’autant plus que le « boche » passe ses journées à écumer les plages et les bunkers, cartes en main, comme s’il cherchait quelque chose.
Il n’en faut pas plus pour ranimer les braises encore chaudes de la germanophobie ambiante, et c’est Alfred Fournier le plus virulent. Le plus contrarié aussi par les allées et venues de l‘allemand, dont la présence lui pèse de plus en plus. Car Alfred Fournier n’a pas intérêt à voir remuer de vieux souvenirs de guerre ; la Libération aussi a connu ses excès…

C’est sans compter sur Grangier, un vieil ermite reclus dans un ancien blockhaus, un fondu du Débarquement qui a pas mal d‘histoires à raconter. Quand il se prend en pleine trogne une balle de Garrant M1 - une arme utilisée par les GI lors de la seconde Guerre -, la tension monte encore d‘un cran.
On se doute dès le début que ça va très mal finir, et comme cinquante ans auparavant, c'est encore la jeunesse qui va trinquer.

 

Dans un lieu confiné, mélangez lentement haines tenaces, rancunes séculaires, secrets honteux, puis laissez cuire à l’étouffée une cinquantaine d’années avant de porter à ébullition, afin d’obtenir une pâte épaisse aux relents nauséabonds. Atmosphère lourde et délétère garantie.
Voilà la mixture que nous a concocté Philippe Huet, dans un roman qui fait la part belle à une brochette de personnages particulièrement bien croqués, du résistant de la dernière heure à l’adolescente impulsive, en passant par le gendarme débonnaire.

 
Du bon roman noir comme on l’aime, poisseux comme le brouillard qui recouvre périodiquement Vollaville.
Dans un style sobre, sans artifices, servi par des dialogues de qualité (ah, l’importance et la difficulté de « bons » dialogues !) qui rythment un récit d’une grande fluidité.
Se lit cul-sec.

 


Bunker
/ Philippe Huet (Rivages-Thriller, 2008)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

cathe 07/05/2009 15:51

Tout à fait d'accord avec toi, un excellent polar :-))
(je l'ai lu suite à ton billet...)

jeanjean 07/05/2009 17:56


Content que ça t'ait plu ! Et que mon billet t'ait incité à le lire ! ;-) @+


olivier verstraete radio cite vauban (RCV) lille 06/09/2008 23:32

voici ma chronique de ce bon roman noir comme sait nous les concocter philippe huet

"Les plages normandes ont été le théâtre de combats titanesques lors du débarquement de 44 et les traces sont encore visibles sur le front de mer bas normands avec ses blocs de beton appelés bunkers, blockhaus ou fortins suivant le camp dans lequel on se trouve. Ces lieux de défense, fort de leur histoire regorgent encore d'histoires et de secrets aussi enfouis que des mines mais tout aussi dangereuses lorsqu'elle ressurgissent à la surface, prêtes à vous sauter à la gueule. C'est ce que raconte Philippe Huet dans son nouveau roman, Bunker, aux éditions Rivages.

Alfred Fournier est le tenancier d'un bar à Volaville transformé par sa fille en pub. Avec le 50è anniversaire du débarquement, le toursime nostaligique a pris son envol et il fallait moderniser. Cette affluence de touristes n'est pas du goût de tous à commencer par alfred qui ne voit pas d'un bon oeil la venue de ce jeune allemand depuis quelques jours, tournant autour des bunkers du front de mer et notamment autour de celui habité par Grangier, un ermite farfelu féru du débarquement. Que cache cette visite? Lui qui a toujours eu le contrôle des événements semble perdre toute emprise sur les faits à commencer pae sa petite fille gilda, 17 ans qui rôde avec un jeune marginal lui aussi proche de Grangier.

Philippe Huet reste fidèle à son style et son terrain romanesque de prédilection : la normandie et ses drôles de personnages, l'histoire avec un grand H heurtant les histoires personnelles. Il manie à merveille le récit autour de la folie des hommes pour les faits d'armes des autres, mais aussi par la cupidité de chacun. Il développe aussi le thème de la réussite à travers les yeux d'une adolescente et d'un marginal qui donne éperdument amoureux d'elle. elle l'attend sur un terrain qu'il n'emprunte pas, celui de l'audace, du courage et de l'ambition de faire sa vie autre chose que de dormir dans une baraque de chantier. bunker est un roc de roman noir, une place forte du thriller version normande qui ne demande qu'à vous entraîner dans le pays d'auge et les sombres ouvenirs du D day que certains croyaient à jamais ensevelis sous le sable des plages d'omaha beach."

AleX 18/07/2008 23:00

De mieux en mieux, fin et intelligent comme il faut et surtout, cette putain d'envie de lire le bouquin que tu nous dissèque à chaque chronique. Très bon.
Tu es très bon.
Sans déconnnade aucune. Tu ferais de la merde en barre, j'aurais le respect de t'avouer que c'est de la merde....mais là c'est qualité, qualité, qualité....
Bémol : tes choix musicaux, qui datent de 14-18.

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