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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 10:33

"- ... c'est aux magistrats d'émettre la sentence et à l'Etat de l'exécuter. On n'est pas au Far West, ici, monsieur Contin, et personne ne vous a accroché l'étoile de shérif sur la poitrine.
- Pourtant, c'est nous autres, les victimes, qui sommes appelées à décider du pardon. 
-Vous n'êtes plus une victime. Vous êtes un malade. Faites-vous soigner."


null1989, une ville du nord-est en Italie. Au cours du braquage d'une bijouterie, une femme et sont fils sont tués. Tandis que son complice réussit à s'échapper, Raffaello Beggiato est arrêté puis condamné à perpétuité (le quotidien routinier du milieu carcéral est d'ailleurs très bien décrit par Carlotto, qui a lui aussi "goûté" aux prisons italiennes).
Quinze ans plus tard, atteint d'un cancer, il envoie une lettre à Silvano Contin, père et mari des victimes, pour lui demander son pardon, ce qui lui permettrait d'obtenir sa grâce et de mourir libre, non sans avoir récupéré sa part du butin...
Silvano refuse. Depuis la mort de sa femme et de son fils, il traverse la vie comme une ombre. Son quotidien n'est plus qu'une succession de gestes mécaniques, de souvenirs douloureux, d'images macabres. Il ne désire qu'une chose : retrouver le complice de Raffaello et assouvir sa vengeance. 
La suspension de peine de Raffaello, imminente, va lui en donner l'occasion. 


Désespéré, dérangeant, parfois poignant, L'immense obscurité... est un bijou (sans mauvais jeu de mots) de roman noir. Très noir. D'une noirceur lumineuse même, tant Carlotto parvient à sublimer les souffrances de ces deux personnages, d'où suintent l'absence d'espoir, la haine, le dégoût de soi et d'où s'échappe encore un mince filet d'humanité.


Construit sur la confrontation entre les deux hommes - tour à tour narrateurs -, ce roman brosse d'eux un fin portrait psychologique, sans concessions ni pathos ; une étude remarquable vu la brièveté du récit qui, par ailleurs, frappe par sa densité et sa profondeur.
Dans un style brut, froid et dur comme la table d'autopsie qui hante Silvano, l'auteur maîtrise admirablement son sujet, une variation sur les thèmes de la vengeance et de la rédemption, où les figures du bien et du mal s'entrelacent subtilement.
Car, dans cette radiographie de la douleur, la victime et le bourreau apparaissent parfois en images inversées, ce qui n'est pas sans heurter notre quiétude et nos certitudes morales.

C'est comme si Massimo Carlotto venait de nous taper sur l'épaule avant de nous balancer un oppercut bien senti ! Précis et puissant. Un double crochet va peut-être suivre : Padana city, écrit à quatre mains, paraît prochainement.


L'immense obscurité de la mort / Massimo Carlotto (trad. de l'italien par Laurent Lombard. Métailié, 2006 ; rééd. 2008, Points Roman noir) ; Prix du roman noir étranger, festival de Cognac 2007

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Published by jeanjean - dans italie
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commentaires

cynic63 16/10/2009 10:23


Je viens de voir très en retard, je l'avoue, que tu en avais parlé, tout comme moi d'ailleurs (mais bien après). C'est toujours l'un des livres qui m'a le plus marqué cette année. Tout comme celui
évoqué par JML


jeanjean 16/10/2009 19:17


Oui, Carlotto c'est vraiment le haut du pavé, en tout cas celui-là, Rien, plus rien au monde et quelques autres.
J'avais réalisé une petite interview de lui par mails interposés (après la parution de Padana city, moins inoubliable que les autres, il faut le dire, même si ça reste un bon roman),
si ça te dit. http://moisson-noire.over-blog.com/article-23592362.html


jeanjean 25/08/2008 16:45

JM je vais suivre ton conseil et me dégotter ce bouquin, L'immense obscurité... m'a tellement frappé...

jeanjean 25/08/2008 16:44

salut Alex ! Ok c'est promis, dorénavant je vais indiquer les titres originaux, sinon fais gaffe aux vigiles !!

Jean-Marc Laherrère 24/08/2008 23:23

Pour le même impact, si ce n'est plus, en encore moins de pages, il y a eu, paru en même temps chez Métailié, de Massimo carlotto également, Rien plus rien au monde. Encore plus poignant et secouant, ce qui n'est pas peu dire !

Gongon Aletse 24/08/2008 13:58

Un double crochet à quatre mains, çà doit faire drôlement mal quand même ! ( et vive les commentaires constructifs ! )
En tout cas, pour "l'immense obscurité..." ( d'ailleurs Jean-Jean, met-nous les titres ORIGINAUX s'il te plaiche, je te l'ai déjà demandé... ) c'est décidé demain je me le chourave à la fnac !
Des noires bises

Aletse

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