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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 22:03

Dawn, 9 ans, voit défiler les hommes dans le lit de sa mère clic elle préfère la compagnie de son père, Jeff Mican, artiste-peintre dont les dessins mettent en scène des enfants dans des postures disons... choquantes ("Mes yeux ils avaient jamais maté un truc pareil. La première fois, j'vais pas te mentir, hein, j'ail dégueulé direct comme une gonzesse.") clic Caroline Powell, relations publiques, prend en charge sa carrière clic c'est Joey Spitfire qui l'a mis sur le coup clic Spitfire, détenu n°250624, est aussi le rédacteur de la revue underground Psychobilly Freakout clic Jeff part en virée avec sa fille clic il est bientôt poursuivi pour pédophilie et enlèvement clic clic
"... alors cliquez ou quittez."

Quelques personnages parmi d'autres dont les vies vont se télescoper dans une Amérique post-11/09 traumatisée.

nullVoilà un roman qui ne devrait pas vous laisser indifférent. Dès les premières pages (que vous trouverez
ici, lues par l'auteur himself, en anglais), vous serez, au choix :
1/ enthousiasmé par cette magnifique invocation pleine de bruit et de fureur.
2/ littéralement écoeuré par cette copieuse diarrhée verbale.

Pour ma part, j'ai d'abord cliqué sur 1/ avant, il est vrai, de m'enliser peu à peu dans ce polar marécageux (de l'âme) qui ne manque pourtant pas d'atouts, en premier lieu desquels le personnage de Dawn, terriblement attendrissant.

Roman choral et incantatoire, qui nous offre quelques portraits croisés de toute beauté, écrit d'une traite, un long jet qui ne manque pas de puissance narrative, certes, mais qui s'éparpille aux quatre vents - pour faire écho au désordre mental des personnages et de l'Amérique toute entière ? C'est le grand reproche que je fais à l'auteur : il tient entre ses mains une lance à incendie qu'il ne parvient pas à maitriser complètement.

Et puis Nathan Singer en fait parfois trop, ses personnages semblent surjouer, jusqu'à rendre certaines scènes improbables ou grotesques. Pour leur donner plus de force ? Ou pour désamorcer, justement, la grenaille d'angoisse et de malaise qu'il vient de nous balancer ? Je m'interroge.
De la même façon, il multiplie les effets de style (répétitions, phrases hachées, mots solitaires coincés entre deux points...) qui s'avèrent parfaitement superflus et cassent le tempo narratif. On écoutait du be-bop, et soudain il nous joue du free.

Pour résumer, j'ai été à la fois conquis, agacé, déçu, voire dubitatif. Difficile donc d'avoir une opinion tranchée sitôt le roman terminé mais, après quelques jours, je dois avouer que le charme qui émane de ces pages s'est lentement évaporé. Mais qui sait ? Leur parfum (musqué) vous collera peut-être à la peau.

Vous trouverez un dossier (interview, vidéos...) consacré à Nathan Singer sur le site de Moisson Rouge.


Prière pour Dawn / Nathan Singer (A prayer for Dawn, trad. de l'américain par Laure Manceau. Moisson rouge, 2008)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

jeanjean 29/08/2008 15:29

Bonjour Hector,
D'abord, merci pour vos compliments, ça me fait plaisir.
Et merci pour votre commentaire, qui apporte un éclairage différent sur ce roman si singulier. Votre analyse est pertinente. C'est vrai, Singer transgresse les codes de narration comme les shémas habituels du roman noir, avec un certain brio même s'il est parfois maladroit. Le truc, c'est que son récit, éclaté, a du mal à retrouver une unité.
En fait, j'ai été un peu déçu car le roman n'est pas complètement abouti, et le premier mot qui nous vient à l'esprit est : "dommage", avec cette impression diffuse d'être passé juste à côté de quelque chose de grand, comme le dit aussi JM Laherrère.
Mais une chose est sûre : j'attend le second de pied ferme ; si N. Singer parvient à canaliser son énergie, à maîtriser son récit, ce sera un grand roman.
Pour finir, à mon tour de vous féliciter pour votre travail : des polars de qualité qui nous emmènent loin des sentiers battus, ça embellit le paysage éditorial, bravo.

Hector 28/08/2008 20:05

Bonjour, je suis éditeur chez Moisson rouge et je suis avec attention vos chroniques que je trouve à la fois pertinentes et personnelles, car elles ne se limitent pas à l’analyse littéraire d’un texte mais font aussi part du plaisir, de l’agacement, de tous les sentiments qui nous traversent pendant ce moment magique qu’est la lecture.
Je veux vous remercier aussi pour l’attention que vous portez à notre jeune maison d’édition et à ses livres dont vous parlez régulièrement sur votre blog.

Je suis d’accord avec vous, ce livre ne laisse pas indifférent.
Surtout quand il s’agit d’un premier roman, écrit à 26 ans, ce qui est très jeune, particulièrement pour un auteur de roman noir.
Surtout quand il prend le parti d’exploser à la fois les codes de narration, de construction et de style, parfois, c’est vrai, un peu maladroitement.
La ligne narrative est explosée, l’auteur fait sauter tous les points d’attache traditionnels qui doivent soutenir le développement de l’intrigue, la « coninuité narrative » est dissoute par une construction qui ne repose que sur l’alternance des différentes voix, presque aléatoire. Ces jaillissements successifs produisent un rythme rugueux, erratique, imprévisible et parfois même irritant qui donne une lecture assez déconcertante. Singer va trop loin, dès qu’il le peut ; tout est poussé à l’excès, les personnages, les situations, les dialoques ; l’auteur nous fait entendre « le bruit et la fureur », dérange le confort de notre lecture, nous amène à l’écoeurement remuant la raison et l’estomac. Certains passages sont littéralement des borborygmes illisibles (les poèmes de Joe Spitfire).
De même le style est assez expérimental, on sent des tâtonnements, des recherches d’effets pas toujours controlés, des expériences de ponctuation inspirées de la « performance » et du théatre ; l’auteur a trouvé son souffle mais il n’y est pas encore habitué. Il reste percutant et novateur. Il me semble que la forme éclatée de ce texte épouse étonnement le fond chaotique et irrationnel.

Enfin ce livre est déconcertant car il détonne de toute la production de romans noirs américains. Là où d’ordinaire l’atmosphère s’installe progressivement, noire et glaciale, où l’angoisse vient, rampante, où la tragédie, annoncée, s’exécute implacablement, où l’auteur commence par faire naître un espoir pour l’écraser finalement, Singer procède de manière opposée. Le chaos est l’hypothèse de départ, la société interdit la possibilité de liens humains véritables. En même temps que Singer démontre ce postulat et nous décrit une société où les hommes n’arrivent pas à communiquer entre eux ni à se comprendre, Dawn, malgré tout, force la thèse et, s’il elle doit y perdre ses illusions et son enfance, se construit des moments purement humains. Au coeur de cette nébuleuse destructrice et tragique qu’est notre monde, la possibilité d’un lien humain entre deux personnes, rare et tellement improbable, fait s’allumer dans notre ciel noir quelques étincelles furtives.
Singer est un auteur en colère, révolté et dégoûté, mais contrairement à de nombreux auteurs de romans noirs il n’adopte pas le ton du cynique désabusé : il n’est pas blasé.
Peut-être aussi à cause de son âge, il attend encore quelque chose de ce monde.

Pardon pour ce (trop) long commentaire et merci encore pour ces chroniques.

alain 28/08/2008 19:02

Je suis tenté. J'aime bien ce que fait Moisson Rouge.

Jean-Marc Laherrère 28/08/2008 09:16

Salut,

Je le termine. Une fois de plus, je suis totalement d'accord avec toi. il y a là le matériau pour un grand roman, mais l'auteur en fait parfois trop. Défaut de jeunesse ? manque d'un éditeu qui le recadre un poil ? On a la sensation d'être passé juste à côté de quelque chose d'immense.

En ligne ce soir ou demain chez moi.

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