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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 00:00

Au printemps dernier, Rivages & Casterman ont convolé en noces, avec une idée commune : des rencontres entre écrivains et illustrateurs, pour mettre en cases le riche catalogue des éditions Rivages.
Les premiers rejetons sont arrivés : des quadruplés !, parmi lesquels Lax/Westlake, Baru/Pelot et le plus beau de la fratrie à mon sens, Thompson/Hyman/Matz avec le superbe album Nuit de fureur.

Le p'tit dernier ne devrait pas décevoir les espoirs placés en lui : l'adaptation du roman de Dennis Lehane par Christian De Metter est tout simplement magnifique.

Années 50. Le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule débarquent sur l'ilôt de Shutter Island, au large de Boston, qui abrite un hôpital psychiatrique réservé aux criminels. Venus sur la demande des responsables de cette "prison-hôpital", il doivent enquêter sur la disparition d'une patiente, qui se serait évadée.
Très vite, les deux hommes se heurtent à la réticence et à la mauvaise volonté du personnel et des médecins. Et puis Daniels a une autre "mission" à remplir sur place, un compte personnel à régler...

Shutter island
 est un polar passionnant, parfaitement maîtrisé, et une plongée angoissante dans les eaux troubles et sombres de la folie mentale. 
L'atmosphère est lourde, oppressante. Dès le début du récit, on sent confusément que quelque chose ne tourne pas rond. Des détails bizarres surviennent. Des doutes surgissent. Sensation de malaise, qui va crescendo jusqu'au dénouement, proprement ahurissant.

J'étais vraiment curieux de voir ce qu'allait en faire De Metter, et je ne suis pas déçu. Pas vraiment surpris non plus, ayant eu l'occasion de découvrir cet auteur/illustrateur et de retenir mon souffle, déjà, en lisant Le curé ou Le sang des Valentine. Pour le coup, le choix de De Metter pour adapter Shutter island est vraiment judicieux.

En quelques 120 pages, il parvient à nous livrer l'essence du roman.
Sa façon d'instiller le malaise et de ménager le suspense est remarquable. Alternant les planches aux teintes claires et celles plus foncées, il oscille sans cesse entre la demi-clarté et la presque-obscurité, qui renforce le sentiment d'inquiétude.
Puis, sans nous livrer trop d'indices, il en égare suffisamment pour piquer notre curiosité et notre sang-froid en même temps.
Les personnages sont particulièrement réussis (hormis une trop grande ressemblance physique entre les deux flics, qu'il n'est pas toujours aisé de différencier, au moins au début) ; leurs gestes, leurs attitudes, leurs expressions sont parfaitement rendus, notamment par le travail de De Metter sur les ombres et le clair-obscur, dont il semble si friand.
L'album possède une belle unité de ton - la même teinte brune, cuivre, légèrement sépia, s'étale sur toutes les planches (hormis quelques-une, en couleurs, qui marquent les flash-back) et
les images ont vraiment une texture et un grain incroyables.

Puisse Rivages/Casterman nous faire plein de petits comme celui-là.


Shutter island
entame maintenant une carrière cinématographique : le film, réalisé par Martin Scorcese, doit sortir sur nos écrans courant 2009. A suivre, même si je crains que les images du film ne puissent recouvrir complètement celles de la BD, maintenant.


Shutter Island / Christian De Metter, d'après le roman de Dennis Lehane (Rivages/Casterman/Noir, 2008)

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Published by jeanjean - dans polarabulles
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commentaires

Philippe 19/03/2010 14:30


En ce qui me concerne, je viens de découvrir Shutter Island par le film de Scorsese, magistral !
Maintenant je ne sais comment continuer... par la BD ou le seul texte de LaHane ?


jeanjean 19/03/2010 19:13



Je ne sais pas trop, d'autant plus que je n'ai pas encore vu le film. J'ai lu d'abord le roman, avant de lire la BD. Essaye l'ordre l'inverse ! Film - BD -
roman. Les deux sont à lire de toute façon.  



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