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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 00:00

REMINGTON, Philo : industriel américain resté célèbre pour ses carabines à chargement par la culasse et ses machines à écrire fabriquées, pour la première fois, en série.

Joseph Incardona est un écrivain suisse né en 1969. Professeur de sociologie de l'art, il anime aussi des ateliers d'écriture. Si Remington est son premier polar, il a déjà publié romans, bandes-dessinées et recueils de nouvelles, dont le cocasse Taxidermie, où l'on croise notamment Raymond Carver, Jack Kerouac, James Dean et... Moïse.
Voilà ce qui m'a poussé à ouvrir Remington. Pour tomber sur une citation de Patrick Dewaere placée en exergue du roman ("Des fois, j'ai peut-être l'air de dire n'importe quoi, mais c'est surtout parce que je le dis n'importe comment"). Patrick Dewaere ? Mais si, rappelez-vous, le compère de Depardieu dans Les valseuses, l'écorché vif de Série noire, le doux-dingue de Coup de tête et j'en passe.
Bref, voilà qui m'a définitivement convaincu de poursuivre ma lecture, suivant la règle incontournable - et toute personnelle - selon laquelle un auteur faisant référence à ce merveilleux comédien mérite qu'on lui prête attention.


nullMatteo Greco, la petite trentaine, vivote tant bien que mal. Demi-chômeur, demi-boxeur, demi-vigile, demi-écrivain. Matteo fait encore les choses à moitié, mais il s'accroche et tente de s'en sortir. De s'accomplir. Avec discipline et abnégation. Que ce soit face au sac de boxe ou devant sa remington.
Sa méthode de travail : il compile et retravaille les brèves de faits divers. Un matériau brut à partir duquel façonner un style : du concret, du concis, pas d'adverbes, pas d'adjectifs.
Il fréquente aussi un atelier d'écriture, où il retrouve Elsa, jeune femme ambitieuse et fantasque, dont il tombe follement amoureux. Erreur. Elle lui confie son manuscrit. Il le corrige, le réécrit à sa façon. Avec talent. Double erreur. Elle est folle de rage, le quitte.
Quelques mois plus tard, le roman paraît. Succès immédiat, fulgurant. Meilleurs ventes, plateaux télé, prix littéraire. Matteo se sent floué, trompé. C'est SON livre, SA vie. Jetée aux orties désormais. Il nourrit sa haine, fantasme sa vengeance. Jusqu'au passage à l'acte.
Matteo empoigne de nouveau une remington, mais celle à deux coups cette fois.


Incardona a creusé son personnage et prend le temps de nous le présenter. On passe du temps avec lui, on le regarde vivre, on l'écoute, d'une oreille attentive et bienveillante. Un chouette type, ce Matteo, sympathique, un peu solitaire et naïf. On voudrait tellement qu'il réussisse, que son talent éclate.
Sauf que Remington est d'abord un roman noir. Une histoire douce-amère, vaguement absurde, qui pourrait alimenter la page faits divers. La chronique d'un succès avorté. La litanie des espoirs déçus, des rêves piétinés. Trahison, colère, vengeance : tiercé dans l'ordre. Un classique. Et puis on ne tue que ce qu'on aime. C'est pas moi qui l'ai dit.
Sparring-partner sur le ring, Matteo l'est aussi en amour, et il en prend plein la figure. Elsa est un adversaire coriace. Son entraineur l'avait pourtant prévenu : ne baisse jamais ta garde.

On est facilement embarqué dans ce polar bien écrit, plaisant à lire, d'où jaillissent çà et là quelques images saisissantes ("Je sentais mes muscles fatigués rouler dans mon dos comme des cailloux dans le lit d'une rivière"). Dialogues, situations, personnages : tout est bon. Même le dénouement, attendu et surprenant à la fois.

Et pourtant.
Et pourtant je ne suis pas complètement emballé, sans bien savoir pourquoi. Je ne trouve à ce texte aucun défaut rédhibitoire. Et dire qu'il s'agit d'un roman quelconque me paraît un peu sévère. Alors quoi ?

Eh bien ce qui m'a gêné, c'est cette impression tenace de (trop) grande application. Construction de l'intrigue et des personnages, enchaînement des péripéties et des circonstances, semblent autant de figures imposées, exécutées avec dextérité certes, mais sans grande spontanéité. Ce qui donne un polar un peu trop sage et manquant parfois de rythme.


Remington  / Joseph Incardona (Fayard Noir, 2008)

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Published by jeanjean - dans france
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