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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 00:00
Les éditions Gallmeister poursuivent leur travail de réédition des romans de Trevanian, un auteur dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, encore qu'on en sache très peu sur lui, sinon qu'il vécut un moment au Pays Basque où il mourut probablement en 2005. Après La Sanction, voilà Shibumi - édité une première fois en France en 1981 chez Robert Laffont, épuisé depuis -, présenté ici dans une nouvelle traduction. 

Et, disons-le d'emblée, l'un des meilleurs polars que j'ai lus cette année.

nullEmpruntant au roman d'espionnage comme au roman d'aventures, Shibumi fait partie de ces romans au long cours, dans lesquels on adore se plonger, ralentissant même la lecture en cours de route pour ne pas arriver trop vite à destination.

Cela tient en partie à la personnalité de Nicholaï Alexandrovitch Hel (qui n'est pas sans rappeler Jonathan Hemlock, dans La Sanction), un personnage hors-normes, sorte de Jason Bourne (le héros de Robert Ludlum et de La mémoire dans la peau) en stage chez David Carradine version Kung-Fu !
Né à Shangaï durant la Première Guerre Mondiale, d'une mère russe et d'un père allemand, il a été élevé par un général japonais avant de rejoindre un maître de Go. Intelligent, imprégné du sens de l'honneur et de la dignité, Nicholaï cultive son "Shibumi" : "Shibumi implique l'idée du raffinement le plus subtil sous les apparences les plus banales. (...) Shibumi est compréhension plus que connaissance (...) c'est exister sans l'angoisse de devenir. Et dans la personnalité de l'homme, c'est... comment dire ? L'autorité sans domination ? Quelque chose comme cela."
Une forme d'accomplissement de soi, de recherche de l'excellence, qui n'est pas étrangère au fait que Nicholaï soit devenu un assassin redoutable et l'un des hommes les plus recherchés au monde.
Retiré dans son château au Pays Basque en compagnie de sa charmante maîtresse, il va recevoir la visite d'une jeune femme venue lui demander son aide ; Hannah Stern fait partie du groupe chargé d'éliminer les terroristes palestiniens de Septembre Noir. 
Hel est bientôt traqué par la 
Mother Company ("Big Mother" ?), une organisation internationale regroupant les grandes compagnies pétrolières et producteurs d'énergie, un supra-gouvernement ne reculant devant rien pour défendre ses intérêts.


Si Shibumi est un roman bien charpenté, il est aussi magnifiquement construit et agencé, dans un va-et-vient temporel qui développe l'action présente ou éclaire le passé et l'itinéraire de Nicholaï Hel par de longs flash-back ; un procédé qui donne une certaine dynamique à une machine déjà bien huilée, servie par une prose impeccable, empreinte d'un certain classicisme d'ailleurs.
Et si Trevanian ne nous laisse pas beaucoup de temps de respiration dans la lecture, son roman possède une belle énergie, et même un certain souffle épique ; surtout quand il brosse quelques tableaux historiques et ressuscite la Chine des années 30, la Bataille de Shanghaï, prélude à la guerre sino-japonaise, ou l'occupation du Japon par les Alliés.

On le sentait déjà dans La Sanction, Trevanian ne se prive pas de critiquer sévèrement les Etats-Unis, mais ici sa charge est particulièrement virulente, un bâton de dynamite sous le socle culturel de l'Oncle Sam.
Un exemple parmi d'autres : "Vous sous-estimez la souplesse qui caractérise la conscience de vos concitoyens [les Américains]. Ils ont évolué depuis l'embargo du pétrole. L'attachement à l'honneur des Américains est inversement proportionnel à leurs besoins en chauffage. Le propre de l'Américain est de n'être courageux et désintéressé que par accès. Ce qui explique pourquoi ils se conduisent mieux en temps de guerre qu'en temps de paix. Ils savent faire face au danger, pas à l'inconfort. Ils polluent l'air pour tuer les moustiques. Ils épuisent leurs ressources d'énergie pour faire marcher leurs couteaux électriques. Il ne faut pas oublier que les combattants du Vietnam ne manquèrent jamais de Coca-Cola."
Là, il peut être utile de rappeler que Shibumi a été écrit... en 1979.
Trevanian semble au contraire séduit par la culture et les moeurs japonaises, qu'il décrit ici de manière très intéressante et avec beaucoup d'acuité et de finesse.


Shibumi / Trevanian (Shibumi, trad. de l'américain par Anne Damour. Gallmeister, 2008)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

jeanjean 09/01/2009 14:37

Voilà, j'ai retrouvé la note de l'auteur - et non de l'éditeur, qui explique pourquoi il a fait censurer certains passages :
"Au cours de ce livre, Nicholaï appliquera souvent les méthodes du hoda korosu, mais celles-ci ne seront jamais décrites en détail. Dans un ouvrage plus récent, l'auteur décrivait une dangereuse ascension en montagne. Au cours du tournage d'un film - insipide - tiré du roman, un jeune montagnard trouva la mort. Dans un ouvrage plus ancien, l'auteur expliquait comment voler des tableaux dans un musée hautement surveillé. Peu après la sortie de l'édition italienne du livre, trois tableaux furent volés à Milan, suivant les procédés exacts décrits par l'auteur, et deux d'entre eux furent sévèrement endommagés.
Une simple question de responsabilité civique commande à présent d'éviter les descriptions rigoureuses de méthodes et de faits qui, pour une poignée de lecteurs intéressés, peuvent contribuer au tort causé à - et par - des non-initiés.
Dans un but similaire, l'auteur gardera une certaine discrétion sur des techniques sexuelles qui pourraient être dangereuses - et en tout cas douloureuses - pour le néophyte" [!!!] (Note de l'auteur)

franck 26/12/2008 12:45

Shibumi "censuré" la nouvelle édition du shibumi éditée en socialement correcte, les passages notamment où Nicholaï exécute avec la technique "oda kurusu" a été carrémment supprimé pour des raisons de correction! dépouiller l'auteur trevaniande la sorte est une honte! rien ne vaut la version originale de 1979, en français en 1981, espérons que le film ne sera pas aussi censuré!

jeanjean 28/12/2008 14:56



c'est vrai, Gallmeister a choisi de censurer certains passages relatifs à des techniques d'arts martiaux qui pourraient s'avérer dangereuses... Ils s'en expliquent à
un moment, dans une note en bas de page. Je n'ai pas le livre sous la main, mais dès que je l'aurai, je retranscrirai leur note. C'est vrai que couper le texte d'un auteur est toujours une
pratique discutable. Quant au film, il ne faut guère se faire d'illusions je pense : il ne sera pas explicite sur ce point, ce qui peut aussi se comprendre, d'autant plus que ce n'est pas
l'intérêt principal du récit.
En tout cas, la seule version "intégrale" - en langue française - dont tu parles, celle de 1981, est épuisée depuis un bail. Ceux qui la possèdent peuvent la garder précieusement !



jeanjean 11/10/2008 10:43

C'est vrai qu'ils font du bon boulot, notamment du côté polar. Si Shibumi est, à mon avis, le meilleur qu'ils aient publié jusque là, j'avais aussi bien aimé Dérive sanglante de Tapply.

Michel 10/10/2008 22:39

Cette maison d'édition semble faire un parcours parfait pour les polars ! pour le reste aussi !
Je note celui là, mais j'en ai déjà trois dans ma PAL

jeanjean 09/10/2008 18:52

Le directeur des relations publiques de la FNAC vient de me laisser un message, me demandant de leur fournir ton profil, tes antécédents ainsi qu'une photographie récente... Je fais quoi ?!

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