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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 00:00

Dernier tramway pour les Champs-Elysées (qui ne fait pas référence à une célèbre avenue parisienne...) est le 13ème volume de la série consacrée à Dave Robichaux, flic têtu et mélancolique, en butte à ses démons personnels, l'alcool et la violence.

Aux (déjà) amateurs de la série : Dernier tramway... est un bon cru, même s'il me paraît moins bon que Black Cherry Blues ou Dans la brume électrique avec les morts confédérés (bientôt sur les écrans, avec Bertrand Tavernier derrière la caméra, ça promet...) par exemple.
Aux (bienheureux) novices de Robicheaux : commencez plutôt par le début de la série (même si chaque titre peut se lire indépendamment), notamment par les romans cités plus haut, ou Prisonniers du ciel, le tout premier.

nullInutile de s'étendre sur l'intrigue, les romans de Burke valent principalement pour leur atmosphère et leur style. Disons simplement que Robichaux, cette fois, va trouver sur sa route un bluesman noir disparu un demi-siècle plus tôt, un tueur à gages sentimental, quelques truands de bas étage, un héros de la guerre plein d'arrogance et de morgue...

Comme souvent, Robicheaux est bringueballé le long de fausses pistes qui la plupart finissent en cul-de-sac.
Hormis le tonitruant Clete Purcell, l'ange-gardien de Dave, on retrouve dans cet opus les thèmes chers à l'auteur : son attachement mêlé de nostalgie à la Louisiane de sa jeunesse, l'esclavage comme pêché originel du Sud dont les stigmates se font toujours ressentir, un désir viscéral de justice face aux affronts et humiliations infligés aux plus faibles, la violence comme dernier recours.


Blues Bayou
Il pleut sans discontinuer sur les marais comme dans l'âme de Robichaux. Ses vêtements et sa détresse lui collent à la peau. Saisi par le doute et l'angoisse, il se rend un peu trop fréquemment au cimetière, où repose Bootsie, sa seconde femme. Au fil de ses monologues intérieurs, on le sent exténué, dévasté mais toujours résolu. Non, ce n'est pas encore le chant du cygne pour Dave Robicheaux, cette belle figure romantique.

Certains esprits chagrins reprocheront peut-être à Burke des polars un peu redondants, ou l'accuseront de concourir parfois pour le Prix de la meilleure réplique, la mieux sentie, la plus "cinématographique". Ce n'est pas complètement faux, mais le fait est que cet écrivain a des obsessions et les exprime, qui plus est avec un grand talent. Notamment à travers une écriture tantôt sèche, tantôt lyrique (les descriptions du bayou, des lumières, des arbres...), non dénuée de grâce.

Enfin, il se dégage toujours de ses romans cette sorte de tension tragique, cette résolution dans l'adversité, cet humour triste, ce courage vain qui ne l'est jamais tout à fait. Qui ne peut pas l'être tout à fait.


Dernier tramway pour les Champs-Elysées / James Lee Burke (Last car to Elysian Fields, trad. de l'américain par Freddy Michalski. Rivages Thriller, 2008)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

jeanjean 17/10/2008 18:15

C'est vrai, la couverture est sympa. Le titre, par contre, peut prêter à confusion je trouve, mais bon...

Jean-Marc Laherrère 13/10/2008 11:27

Comme souvent, d'accord à 100 % avec cette chronique. ET j'aime beaucoup la couverture.

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