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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 00:00

"S'il y a quelque chose qui ne va pas, c'est que ce sont toujours les plus faibles qui trinquent ; ceux qui sont obligés de laisser les autres leur marcher dessus ; ceux qui n'ont pas encore compris que les ongles servent à rester accroché à la vie, ceux qui ont des griffes encore peu robustes et peu pointues. Comme le petit Claudio."

J'ai déjà eu l'occasion de mentionner Loriano Macchiavelli, et son précédent roman traduit en France, Bologne ville à vendre. On peut rappeler quand même qu'il fait partie des précurseurs du roman noir italien et a influençé nombre d'auteurs, parmi lesquels Massimo Carlotto qui se considère lui-même comme son "fils".


nullDerrière le paravent n'est pas vraiment une nouveauté : inédit en France, il est paru en Italie il y a une trentaine d'années déjà.
Ce qui n'enlève rien à la qualité du texte ni à la pertinence du propos. 
Un petit bonus : cette édition est accompagnée d'une préface de l'auteur, qui remet le roman dans son contexte socio-historique.
Il évoque notamment le Pilastro, ce quartier de la banlieue de Bologne, qui est au coeur même du roman. Un ghetto où semble échouer toute la misère du monde et où il est parfois plus difficile de lutter contre les préjugés que contre la misère (le "kärcher" n'est d'ailleurs d'aucune utilité...).

Des préjugés, le sergent Sarti Antonio en a aussi, qui vient juste d'être affecté aux rondes de nuit dans ce quartier de grande pauvreté et de petits trafics.
Après le meurtre du petit Claudio, qu'il avait pris sous son aile, il s'obstine à retourner tout le quartier, submergé par la colère et le dépit, convaincu que le coupable s'y trouve. Le meurtre a bien eu lieu au Pilastro, non ? La méfiance et la répulsion instinctives qu'éprouve Sarti Antonio à l'égard de ses habitants vont l'aveugler, jusqu'à ce qu'il regarde derrière le paravent, et découvre que les apparences sont parfois trompeuses.


Ca fait plaisir de retrouver Sarti Antonio, notre policier, comme se plait à l'appeler l'auteur. Moins coléreux que bougon, moins ridicule qu'émouvant, moins résolu qu'entêté, Sarti n'est pas un policier ordinaire. Plutôt un Socrate moderne, qui aurait même trouvé sa Pythie, en la personne de Rosas, clochard céleste et philosophe, éternel compagnon de notre policier qui vient chercher chez lui quelques oracles quand l'écheveau de l'enquête se fait trop compliqué. 

Une chose à savoir, pour finir : l'auteur lui-même fait souvent irruption dans le récit, se met en scène, interpelle son personnage, le suit, littéralement, le questionne, prenant parfois le lecteur à témoin. Ces interventions peuvent déconcerter au premier abord. Pour ma part, je m'y suis habitué assez vite - d'autant plus que Macchiavelli se montre affectueux et complice à l'égard de son (anti-)héros - mais vous serez peut-être seulement agacé par ces intrusions intempestives. A vous de voir.


Derrière le paravent / Loriano Macchiavelli (Passato, presente e chissà, trad. de l'italien par Laurent Lombart. Métailié, coll. Noir, 2008)

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Published by jeanjean - dans italie
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