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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 00:00

"Le soupçon est un acide. Il ronge tout ce qu'il touche. Il s'attaque à la surface des choses en y laissant une marque indélébile."

Voilà qui résume parfaitement ce roman, où l'auteur, tel un biologiste penché sur son microscope, observe et détaille quelque cellule.
Ici, c'est la cellule familiale que dissèque Thomas Cook, et sa fulgurante désintégration. Le geste est sûr, l'exposé brillant, le propos glaçant.

nullLa petite Amy, 7 ans, vient de disparaitre. La veille au soir, c'est un jeune voisin, Keith, qui était chargé de la garder. Keith ressemble aux adolescents de son âge, renfermé, maladroit et peu sûr de lui. 
Les soupçons de la police et des habitants de cette petite ville se portent bientôt sur lui. Les indices l'accusent, le doute s'insinue, tel un animal rampant et répugnant.
Jusque dans l'esprit de son père, le narrateur de ce drame, incapable de repousser, en son for intérieur, cette terrible éventualité : son propre fils a enlevé et tué une enfant. Qui est-il vraiment ? En tout cas, pas le fils qu'il aurait voulu avoir.
Au fil des jours, tandis que l'enquête se poursuit, que la vindicte populaire gronde, que la défiance se lit sur les visages, Eric Moore voit sa famille imploser et son monde s'effondrer inexorablement. Un petit monde patiemment et laborieusement bâti sur les ruines de sa propre histoire familiale.

A travers ce roman, Thomas Cook explore avec talent les relations humaines, et plus précisément les liens filiaux, leur complexité et leur part de non-dits et de déceptions.
Il maitrise admirablement son sujet, excellant dans l'introspection psychologique comme dans la construction du récit, en choisissant de prendre la voix du père, qui commence son récit longtemps après les faits eux-mêmes, si bien que nous entrevoyons le drame à venir sans vraiment en saisir la portée.

Ce personnage, en plein désarroi et qui nous inspire une immense compassion, nous questionne aussi sur nos propres liens familiaux : de quoi serions-nous capables pour protéger ceux que nous aimons ? Quel poids peut supporter la confiance que nous plaçons en eux ? Et enfin, les connaissons-nous si bien ?


Polar psychologique monté sur les ressorts du thriller, entretenant savamment l'angoisse, Les feuilles mortes risquent de vous coller aux basques un bout de temps.


Si plusieurs de ses romans ont déjà été traduits en France - dont l'excellent Les rues en feu, où il aborde le mouvement pour les droits civiques des Noirs américains dans les années 60 -, Thomas Cook reste relativement méconnu.
Espérons que Les feuilles mortes, cette petite merveille de polar psychologique - qui a eu d'ailleurs un écho assez important dans la presse ainsi que sur de nombreux sites et blog internet -, lui fasse rencontrer un succès amplement mérité.


Les feuilles mortes / Thomas H. Cook (Red Leaves. Gallimard, Série noire, 2008)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Nicolas 21/07/2009 20:08

Waouh
Quelle claque !
Lu en une soirée : merveille de tension psychologique ("L'ombre d'un doute" d'Hitchcock meets "The Pledge" de Sean Penn)

Les autres sont-ils du même niveau parce que là, franchement..., chapeau !

jeanjean 21/07/2009 23:19


oui, pas mal la comparaison cinématographique !, en tout cas un super bouquin c'est vrai. De cet auteur, je n'avais lu que Les rues de feu, excellent mais...
qui n'a rien à voir avec du polar psychologique. c'est un tableau des ségrégations raciales dans l'Amérique blanche et haineuse des années 60, à travers le meurtre d'une petite fille noire.
D'ailleurs, et je m'adresse au cinéphile, ce roman fait penser au film Mississipi Burning, avec Gene Hackman. En tout cas c'est très bon, si tu as l'occasion...


francois 04/05/2009 20:26

Critique fort bien tournée ma foi et recoupant pile-poil ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman qui m'a scotché par sa pureté et sa force... "pantois" oui c'est vraiment le mot, et quelle construction, quelle tension, sans un atome de frime... bonjour chez vous !
François

jeanjean 05/05/2009 14:39


C'est vrai que c'est un roman parfaitement maîtrisé. J'ai lu ici ou là que certains le trouvaient quand même trop court. Mais il aurait peut-être perdu en intensité
avec 100 pages de plus... En tout cas, un sacré bouquin. @+


jeanjean 01/11/2008 19:20

c'est vrai qu'on nage en plein cauchemar, mais en même temps c'est un roman magnifique, tout en finesse.
Tant mieux pour la newsletter, je ne tenais pas à avoir un scandale sur les bras ! ;-)

RaM-RaM 01/11/2008 17:27

Voilà ce qu'on appelle mettre en appétit... ça a l'air intérressant en effet... Par contre, je vais me refaire l'intégrale de Fantômette juste avant d'aller voler celui-là à la toute nouvelle FNAC de Marnes-le-Coquette car ça me paraît dur-dur-dur...

PS : la niouzelleteur a fonctionné cette fois-ci... J'étais à deux doigt de faire un esclandre !!! Attention M.Jean-Jean !

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