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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 00:00
Nicolas Michel ? Inconnu au bataillon. Il a pourtant déjà publié plusieurs romans , dont un polar, Naevi, en 2005.
Il est aussi journaliste à Jeune Afrique, une expérience qui lui a certainement été bien utile dans la rédaction de ce second opus des enquêtes d'Etienne Gouirand, commissaire marseillais proche de la retraite mais toujours fringant.

nullNicolas Michel agence patiemment son récit, dans lequel nous rentrons par une porte dérobée, qui ouvre sur Kampala, en Ouganda : une main sur le volant, l'autre près de l'arme, les yeux et les souvenirs dans le rétroviseur, Enock quitte le pays, en proie à la panique et à la confusion, fuyant un danger qui se précise peu à peu.
Voilà une entrée en matière diablement réussie, et qui vous entraîne derechef dans l'histoire.

Puis changement de point de vue : Etienne Gouirand fait son entrée ; l'enquête va le mener de Marseille en Corse et jusqu'en Afrique, afin de résoudre la mort d'un ami d'enfance, Sergio Morrachini, qui vient d'être assassiné de trois balles dans le dos, chez lui à Propriano.
Sergio était journaliste, avait plusieurs dossiers en cours, la plupart ayant trait au nationalisme corse. L'enquête s'oriente naturellement vers les mouvements nationalistes (dont l'auteur nous donne d'ailleurs un bref mais clair historique), tandis que Gouirand est victime d'une tentative de meurtre et qu'un "contact" de Sergio est retrouvé mort, abattu de la même façon.


Si Corsika n'échappe pas à quelques maladresses - notamment un ou deux micro-épisodes de la vie personnelle du commissaire, superflus à mon goùt -, la prose de Nicolas Michel, d'une belle musicalité, tantôt syncopée et âpre, tantôt lyrique et sensuelle, les fait vite oublier.

Le propos aussi. Qui repose sur l'équation : Hauts-de-Seine + édiles corrompues + Ouganda + hommes de main = Françafrique.
Qu'il jongle avec les calculs (financiers), les soustractions (définitives), les associations (de malfaiteurs), l'auteur tombe juste. D'autant plus que l'affaire qu'il décrit et dénonce nous en rappelle d'autres, bien réelles celles-là. L'affaire ELF, pour n'en citer qu'une parmi la longue liste des scandales politico-financiers de la françafrique.

En substance : enjeux politiques prééminents, trafics d'envergure, victimes innombrables, innocentes... Mais les dés sont pipés ; attention terrain miné ! La justice et la loi ne s'aventurent jamais complètement jusque-là.
C'est terrible, brutal, révoltant. Et aussi très bien rendu.


Dans le véritable maquis de la production éditoriale, où abondent collections, écrivains et polars en tous genres, de bons auteurs peuvent avoir du mal à trouver leur public.
En voilà justement un qui sort du rang. Et qui mérite toute notre attention.


Corsika / Nicolas Michel (Buchet Chastel, 2008)

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Published by jeanjean - dans france
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