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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 00:00

"Le passé, ce sont des braises sous la cendre" (L'affaire Jules Bathias)

 

Après avoir lu Tranchecaille de Patrick Pécherot, j'ai continué sur ma lancée, me (re)plongeant dans le Paris des années 20-30, magnifiquement évoqué avec Les brouillards de la Butte, Belleville-Barcelone et Boulevard des Branques. Une trilogie dans l'esprit de Léo Malet que je vous incite d'ailleurs à lire dans l'ordre.

S'il rend un hommage (non dissimulé) à Burma - son personnage, surnommé Nestor, en est directement inspiré -, Pécherot ne tombe pas dans le pastiche ou la paraphrase, mais a su trouver sa propre voie (voix ?) pour nous conter, de façon saisissante, cette période si mouvementée de l'Entre-deux-guerres.

 

L'ambiance. Ce qui interpelle d'abord chez Pécherot, c'est cette faculté déconcertante qu'il a de restituer une époque, d'en raviver les couleurs comme sur une photographie jaunie. A tel point qu'on arrête parfois la lecture pour vérifier, sur la 4ème de couverture, qu'il est bien né au début des années 50 et non au début des siècle, tant il semble avoir vécu l'époque qu'il raconte ! 

Le Paris populaire, le monde ouvrier, les luttes syndicales, les grandes espérances et les désillusions, le carré de zinc le matin avant d'aller au turbin... De la Butte-aux-Cailles aux Buttes-Chaumont en passant par Châtelet où résonnaient encore les Halles, on y retrouve le petit peuple et le sirop de la rue.

On y croise aussi André Breton et les surréalistes, la Goulue, la môme Piaf et Jean Moulin, dans des récits qui mêlent avec beaucoup de talent les petites histoires à la Grande, fiction et réalité.

 

Si elles fleurent bon les photos de Willy Ronis, les premiers Gabin et les dialogues d'Audiard, ces pages n'exhalent pas cependant la nostalgie douceâtre du "c'était mieux avant". Aucune impression de "figé" chez Pécherot, dont l'argot et le bagout donnent à ses romans une incroyable vitalité.

Ajoutez à cela des intrigues bien ficelées, des personnages haut en couleurs - Leboeuf le lutteur de foire, Gopian le réfugié arménien qu'a ouvert son bistrot, Corback le croque-mort-prédicateur de pacotille... -, et vous avez là une fameuse triplette de polars.   

 

Les brouillard de la Butte (Grand prix de littérature policière en 2002, peut-être le meilleur de la série) débute en 1926. Huit ans que la guerre est finie, mais elle a laissé des traces et la vie est dure. Monté à Paris, Pipette - qui n'est pas encore surnommé Nestor -, multiplie les p'tits boulots : laveur de bouteilles, grouillot pour un journal à scandales ; le soir, il récite des poèmes à Montmartre ou joue de la cambriole dans les maisons bourgeoises avec trois compères. Les ennuis commencent - et sa vocation de détective - quand en ouvrant un coffre il tombe sur un cadavre.

Dehors, les anars défilent pour protester contre la condamnation de Sacco et Vanzetti, l'Internationne résonne sur les boulevards. Anarchistes, communistes, cégétistes : ça s'agite dans les cerveaux et dans les journaux libertaires, ça réclame la révolution prolétarienne. En attendant le grand soir, ce sont les gendarmes qui chargent...

   

Nous retrouvons Nestor quelques années plus tard, en 1938. Détective à l'agence Bohman, Enquête, recherche et surveillance (Bohman que nous retrouvons d'ailleurs dans Tranchecaille).

Le Front populaire n'est bientôt plus qu'un souvenir, le Temps des cerises va laisser place aux chants guerriers. L'Europe va s'embraser. A Paris, tandis que les fachistes de la Cagoule multiplient les attentats pour un barroud d'honneur, Nestor est chargé de retrouver une fille de bonne famille qui s'est enfuie avec son fiançé. Pas vraiment du même monde le soupirant. Et puis bientôt plus du tout de ce monde. De fil en aiguille, la piste va mener jusqu'en Espagne, où les Républicains jettent leurs dernières forces dans la bataille.

 

La "trilogie" se termine avec Boulevard des Branques. Paris, juin 40. Les bruits de bottes se font entendre sur les Champs-Elysées. C'est la Débâcle sur le Front, et à Paris, l'Exode. Tout un peuple sur les routes qui fuit la capitale. Les prisonniers de droit commun libérés par les allemands quittent leur cellule pour rejoindre la rue Lauriston et la gestapo française, les premières persécutions contre les juifs ne vont pas tarder.

Nestor est resté à Paris, garde-chiourme d'un éminent psychiatre suicidaire, qui finit par parvenir à ses fins... avec un peu d'aide. Un de ses patients lui aurait fourni des informations sur un butin espagnol, détourné au moment de rejoindre les banques russes. La fièvre de l'or est contagieuse et Nes trouve beaucoup de monde sur son chemin, qui passe par les hôpitaux psychiatriques, où les théories eugénistes gagnent du terrain, soutenues par les nazis. 

Le récit s'achève en 1941. Nes, emprisonné au stalag, s'évadera quelque temps plus tard. Là commence 120 rue de la gare, le premier roman de Léo Malet mettant en scène le fameux détective.  

 

Les brouillards de la Butte (Gallimard, Série noire, 2003 ; rééd. Folio Policier, 2006)

Belleville-Barcelone (Gallimard, Série noire, 2003 ; rééd. Folio Policier, 2007)

Boulevard des Branques (Gallimard, Série noire, 2005 ; rééd. Folio Policier, 2008)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Christophe 02/12/2008 13:30

Bonjour,

Juste un petit message pour vous présenter un thriller que j'ai écrit. Il s'appelle Isobel et est dispo sur http://www.thebookedition.com/isobel-de-christophe-jaroszyk-p-10751.html
J'espère que vous l'aimerez !!!
Cordialement
Christophe.

alain 28/11/2008 21:11

J'aime aussi beaucoup Patrick Pécherot. On a l'impression d'entendre Maurice Chevalier dans certains de ses romans; Il aime Paris et le montre bien

jeanjean 28/11/2008 21:30


oui c'est vrai pour M. Chevalier, ça colle bien ! Et il parle très bien du Paris populaire, en effet, celui de Doisneau ou Cendrars ; un Paris qui semble bien
lointain, où les classes populaires, notamment, avaient encore toute leur place. J'ai l'impression qu'elles traversent de plus en plus le périph', ça devient un luxe d'y vivre...


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