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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 00:00
"Je vais lancer une réflexion pour voir si on ne pourrait pas rendre obligatoire l'hébergement des personnes sans-abri quand la température devient trop froide en France, lorsqu'on sera en dessous de moins 6 degrés". Christine Boutin
L'exclusion, ce n'est pas une question d'hiver : elle est là pour longtemps, elle est structurelle”. Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social
Si on en croit Météo France, la température à Paris, au cours des 30 dernières années, est tombée en moyenne... 2 nuits par an en dessous de -6 degrés.

Cécile bosse au Samu social. 21h-5h du matin. La maraude dans les rues parisiennes, par équipe de trois. Repérer et secourir les sans-abris, ceux "de passage" et les autres, sur le bitume depuis si longtemps qu'on ne peut pas faire grand-chose, sinon leur donner un peu de réconfort, un sandwich, un café ou un toit pour la nuit, s'ils acceptent.
Cécile est aussi là pour trouver son père. Dix ans auparavant, on lui a dit qu'il était mort, elle vient d'apprendre qu'il a passé tout ce temps dans la rue, où on le surnomme Bird. Un oiseau de nuit, mais celui-là a les ailes collées au goudron. Musicien de jazz déchu, la spirale et la rue.
Bird emprunte un sax à l'occasion et souffle quelques notes, Coltrane ou Dexter Gordon, pour ramasser un peu de monnaie.

Un soir, alors qu'il va retrouver un couple d'amis en bordure du périh', il arrive en pleine bagarre. Une bande de jeunes friqués en voiture 4X4 est en train de se défouler à coups de batte de base-ball. La femme reste sur le carreau. Dans la bousculade, l'un des jeunes a laissé tomber son portable, avec lequel il a filmé la scène. Bird le récupère.
Problème : c'est le fils d'un député et les élections sont pour bientôt. Ce genre de film ferait mauvais genre auprès des électeurs, alors on fait appel à un gros bras, chargé de retrouver le téléphone et de faire en sorte qu'on ne retrouve pas, par contre, le type qui l'a ramassé. Avec un clochard, ça ne devrait pas être trop difficile, non ?

On retrouve dans ce court roman - plutôt une novella d'ailleurs - les thèmes chers à Marc Villard : la filiation (Cécile et son père me font d'ailleurs penser aux personnages de Rouge est ma couleur), l'errance, le Paris nocturne et la faune des exclus, des marginaux, des écorchés, le désespoir et la poisse qui leur colle à la peau. Et en bande-son, le jazz bien-sûr, éternel compagnon de Villard et de ses personnages. Qui s'en plaindrait ? Pas moi en tout cas !

Traînées rouges sur le bitume.
Jazz de nuit.
Des ombres et, parfois, la mort, la mort.

Villard dit bien ce monde parallèle des sans-abris et la détresse qui l'accompagne. Bird, une plongée en apnée. En apnée libre : pas de matériel, ici on ne déploie pas les grandes phrases, on laisse tomber la broderie et les longues descriptions. Simplement le mot juste, l'économie de moyens, le sens du rythme.
Voilà, ça suffit.


Bird / Marc Villard (Joëlle Losfeld, 2008)

On reparle bientôt de Marc Villard, avec Coeur sombre, un de ses grands bouquins.

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

cathe 13/12/2008 10:41

Belle lecture pour moi aussi. C'est vrai que moi aussi je préfère son côté "jazzy-social" plutôt que ses petites nouvelles.

jeanjean 13/12/2008 12:09


...à propos, doit paraitre en avril prochain un recueil de nouvelles jazz & polar (intitulé Jazz me blues) aux éditions Moisson Rouge. Marc Villard
devrait en signer une. A suivre.
Ce qui me fait penser à un autre recueil bien sympathique, paru il y a quelques mois aux Ateliers in8 (avec des nouvelles de M. Villard, d'Emmanuelle Urien...) qui s'appelait Jazz quartet,
4 nouvelles sur le thème du jazz et du blues. 4 petits livres regroupés en coffret, un chouette objet aussi...


Ram-Ram 12/12/2008 16:16

Oui il y a des jours comme ça où je délaisse un peu Wagner et Maurice Chevalier pour m'intérresser aux petits jazzeux mulâtres des bayous...

jeanjean 13/12/2008 11:58


Wagner et les "petits jazzeux mulâtres des bayous" ?! Heureusement que je te connais ! Là, je pourrais rassurer les autres internautes qui passent par là : non,
Ram-Ram ne la joue pas aryen ! Simplement un sens aïgu de la provocation...


RaM-RaM 12/12/2008 12:16

Ah ? Pourtant le titre " Un jour je serais un Latin Lover" me plaît bien...

Bien choisi le titre de Charlie Parker, il s'adapte bien à la chronique ( Et oui : les imbéciles peuvent parfois changer d'avis... ) ;-p

jeanjean 12/12/2008 14:49


Oui les titres sont sympa, on trouve aussi Elles sont folles de mon corps ou J'aurais voulu être un type bien ! Peut-être que ça te plairait, à
voir... Pour ma part, ça m'a vite lassé.
Ah, et puis content que la musique de Charlie Parker te plaise !


alain 10/12/2008 21:19

Oui c'est un très beau texte. Je suis un fan de Villard

jeanjean 11/12/2008 00:16


ça faisait un moment que je n'avais pas lu Villard, et j'ai retrouvé dès les premières lignes cette faculté de planter un décor, de créer une atmosphère en quelques
mots. J'aime moins par contre ses "nouvelles autobiographiques" publiés chez L'Atalante, Le coup du sombrero, Un jour je serai latin lover, etc...


RaM-RaM 09/12/2008 19:48

J'achète.

jeanjean 09/12/2008 21:45


Adjugé !


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