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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 08:00
Depuis la parution de No Country for old men et surtout de La route, Cormac McCarthy rencontre (enfin) un grand succès public en France. Ce qui nous vaut peut-être la réédition d'Un enfant de Dieu ; c'est l'occasion en tout cas de (re)découvrir un de ses premiers romans.
Là, je pourrais dire qu'on y trouve en germe ce qui fera les chefs d'oeuvre futurs - le style dépouillé, abrupt ou lancinant, les variations sur la part sombre de notre humanité... - mais Un enfant de Dieu est, déjà, un chef d'oeuvre.

S'inspirant de faits réels, McCarthy narre le destin de Lester Ballard, pauvre hère du Sud profond, devenu un tueur nécrophile. A moins qu'il l'ait toujours été. L'auteur, s'il distille quelques indices biographiques, ne tente aucune explication, mais rentre dans son personnage, explore son paysage mental.

Orphelin, abandonné des hommes et les fuyant lui-même, chassé de sa maison, Lester erre sur son petit territoire isolé des Appalaches comme à l'intérieur de sa propre solitude. En lisière de la ville avoisinante, en marge de ses semblables.
Se délestant peu à peu de son humanité - conscience, empathie... Ne subsistent bientôt que dépravation, dénuement, bestialité. Et l'instinct de survie, doublée d'une forme aïgue de violence primitive, un thème récurrent chez McCarthy.
S'abritant dans une grotte, comme un animal, il y ramène les corps de ses victimes, sur lesquels il peut exercer un pouvoir. Une forme déviante d'accomplissement de soi.

Ancré dans le Sud profond, Un enfant de Dieu, comme d'autres romans de McCarthy, fait beaucoup penser à ceux de Faulkner. Par sa dimension tragique, par cette façon de décrire l'exacerbation des passions. Par sa prose aussi, syncopée, abrupte, riche, musicale ; et qui exerce une forte attraction sur le lecteur.

McCarthy a composé un requiem. Une magnifique et terrible allégorie, d'un lyrisme sombre. Mystique, hallucinée, incantatoire, obsédante. Qui provoque le malaise et la fascination : si cet homme est "un enfant de Dieu, sans doute comme vous et moi", l'image qu'il nous renvoie de nous-mêmes est effrayante.

En tout cas, lire McCarthy est une sacrée expérience.


Un enfant de Dieu / Cormac McCarthy (Child of God, trad. de l'américain par Guillemette Belleteste. Actes Sud, 1992 ; Points Roman noir, 2008)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

RaM-RaM 22/12/2008 19:01

Ah !

Lis-le le "Méridien" il vaut le détour...

C'est couillu.

Mais on y croise aussi une sacrée tendance à la Théologo-Messsiano-Psychose... Bref un mec qui essaie de se dépatouiller d'une très stricte éducation judéo-chrétienne par du ketchup, de la bière et une sacrée bonne mauvaise foi....

Pas du grand bouquin mais du bouquin quand même, qui laisse une trace !
( Maintenant je ferme mon clapet et je lis le reste ! )

Des bises

Alex

jeanjean 22/12/2008 20:42


Re-salut Alex,
tu fais bien d'évoquer le côté théologique de McCarthy, c'est vrai que c'est une constante dans ses romans, et particulièrement dans Un enfant de Dieu. Ketchup Heinz &
"Théologo-Messsiano-Psychose", voilà un hot-dog sauce américaine ! @+


RaM-RaM 22/12/2008 10:37

De lui, j'avais assez aimé son super violent "Blood Meridian" avec sa description réaliste et sanglante d'un western ténébreux et désespéré... Je te le piquerait celui-là avec "No Country..."

jeanjean 22/12/2008 14:50


Je n'ai pas lu Méridien de sang. Mais ténébreux et désespéré sont des adjectifs qui collent bien à l'univers de McCarthy, en effet. Pas de problème, j'te
passerai Un enfant de Dieu...


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