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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 23:00

Ted Lewis, né à Manchester en 1940, est mort d'alcoolisme 36 ans plus tard. Entretemps, il a écrit huit romans (cinq traduits en France... A quand les autres ?!), résolument noirs et âpres, huit pavés dans la mare alors stagnante du polar britannique, qui ont fait fait quelques ricochets, jusqu'à Robin Cook par exemple (non, pas celui qui commet des "thrillers médicaux"), qui signe d'ailleurs la préface de Sévices. Lewis lui faisait penser à David Goodis, c'est vrai que les deux univers se rapprochent. Glauque et désespéré. 

 

Comme dans plusieurs de ses romans, Ted Lewis nous plonge avec Sévices au coeur de la pègre, en racontant, à la première personne, la chute et la dégénesrence de Georges Fowler, un maniaque et truand de haut vol, qui fait dans le porno trash. 

Le crime paie et notre homme est à la tête d'une grande entreprise, qui emploie beaucoup d'employés, des récolteurs de fonds, un bras droit qui s'occupe des basses besognes, un flic ripou, un avocat : une belle organisation pyramidale qui doit le protéger des pressions extérieures - justice ou adversaires -, lui et sa femme Jane. Et quand l'un de ses "employés" est soupçonné d'avoir mouchardé ou de l'avoir volé, il est torturé à mort, comme on prendrait un déjeuner d'affaires.
 
Mais quand commence le récit, Fowler est un homme fini. Un fantôme qui erre à longueur de journée dans les rues de la petite ville balnéaire qui lui sert de refuge, se remémorant le passé proche et les circonstances qui l'ont amené là.
La solitude, la perte de Jane, l'alcool qui vient au secours de plus en plus souvent : Fowler va sérieusement perdre les pédales. Jusqu'à se désintégrer, dans un final hyperviolent, absolument hallucinant.

La narration à double temps - en une succession rapide de courts chapitres alternent passé et présent -, la force et la vérité des dialogues, où percent, avec un naturel déconcertant, les sentiments et la personnalité des personnages : on est agrippé dès le début du récit, et pour de bon.


Appréciable aussi chez Ted Lewis, le fait qu'il ne nous tire pas sur la manche en permanence pour nous montrer un truc qu'on aurait pas vu, qu'il n'éprouve pas le besoin d'expliquer à longueur de page "qui est qui" et pourquoi, comme le font tant d'autres auteurs (à se demander parfois s'ils ne prennent pas le lecteur pour un abruti fini incapable de saisir l'implicite).
Non, Il laisse au lecteur le soin de déduire, de reconstituer peu à peu la nature des événements, l'identité des personnages et leurs relations, et de remplir les creux au besoin. Un peu comme une paroi abrupte qu'on aura d'autant plus de plaisir à escalader qu'elle offre peu de prises.

Sévices est souvent considéré comme le plus abouti des romans de Ted Lewis. Ne les ayant pas tous lus, je ne saurais dire, mais ce qui est sûr, c'est que c'est un grand roman noir et un texte singulier.

Pour en savoir un peu plus sur les autres romans de Ted Lewis, allez lire le bon billet de JM Laherrère sur Actu-du-noir.


Sévices / Ted Lewis (Grevious Bodily Harm, trad. de l'anglais par Jean Esch. Rivages/Noir, 1993)

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Published by jeanjean - dans grande-bretagne
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commentaires

Vincent 29/01/2009 18:40

Ted Lewis est un de mes favoris, une influence pour des auteurs majeurs comme Derek Raymond et David Peace. "Sévices" est dur et mélancolique, "Le Retour de Jack" comporte une tension dramatique croissante et "Plender" est une belle histoire de vengeance.

jeanjean 29/01/2009 21:14


Oui, Derek Raymond signe d'ailleurs la préface de Sévices, en forme de... reconnaissance de dette.
J'ai lu Le retour de Jack, ça fait un moment, mais jamais Plender. ça viendra !


coltrane 11/01/2009 11:49

Je ne connais pas encore Ted Lewis mais ça m'a l'air très différent...en fait il y a un très bon "dossier" sur Arnott sur actu-du-noir...JML en parle mieux que je ne le ferais...en tout ca je découvre sur vos blogues consacrés au polar des auteurs que je ne connaissais pas et que j'ai rudement envie de lire...j'ai aussi fais un petit Top 10 polar (100 c'est trop pour moi) sur mon blogue...

jeanjean 11/01/2009 21:47


j'ai lu le billet de JM sur actu-du-noir, ça m'a l'air très bon Arnott. Et content de te faire découvrir d'"autres auteurs"!
je vais aller voir ton top 10. @+


coltrane 10/01/2009 19:43

Rien sur Jake Arnott dans la section polar britannique ?

jeanjean 10/01/2009 22:43


eh non ! j'ai entendu beaucoup de bien de cet auteur - notamment à propos de Crime song -, mais n'ai pas encore eu l'occasion de le lire...
Son univers rappelle celui de Ted Lewis ?


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