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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 00:00

A l'heure où le nouveau gouvernement islandais envisage d'entrer dans l'Union Européenne, sort en France le nouveau roman d'Arnaldur Indridason. L'actualité principale n'est peut-être pas celle qu'on croit !
L'auteur islandais, maintes fois récompensé, rencontre, à chacun de ses romans, un public de plus en plus nombreux. Il surfe aussi sur la vague du polar nordique qui déferle depuis quelques années sur les tables des libraires, chaque marée apportant son lot de traductions et de nouveaux auteurs. Un courant froid qui traverse la production littéraire et prend parfois des allures de serpent de mer... Le tsunami Millenium est passé par là, et si le reflux profite à quelques auteurs comme Jo Nesbo, Matti Joenssu ou Indridason, c'est tant mieux.

Elias, un jeune garçon d'origine thaïlandaise, est retrouvé mort devant son immeuble. Poignardé. Qui a pu s'attaquer à cet enfant sans histoires dont tout le monde s'accordait à dire qu'il était adorable ?
La police, les médias pensent immédiatement à un crime raciste. Sunee, la mère de la victime, installée en Islande depuis quelques années, mariée puis divorcée, élève seule ses deux fils. Niran, l'aîné né en Thaïlande, a beaucoup de mal à s'intégrer à son pays d'accueil.

L'enquête de terrain débute. Erlendur et son équipe interrogent les voisins, les camarades d'école, les professeurs... Aucun indice, aucune piste. Comme Erlendur et son équipe, on tâtonne, tirant lentement le fil qui va nous mener jusqu'au bout de l'enquête, où nous attend un dénouement plutôt inattendu et vraiment accablant.


Alors qu'il exhume souvent des squelettes et d'anciens crimes pour construire ses intrigues (La femme en vert, L'homme du lac), Indridason s'attaque ici à un sujet bien actuel : l'immigration est un phénomène nouveau en Islande et, comme partout dans le monde, provoque des réactions contrastées parmi les habitants. 
Quand ce n'est pas la haine pure et simple, on sent les réticences, l'inquiétude, l'indifférence, mais aussi la compassion et la compréhension. La peur surtout. La peur du métissage. La peur irrationnelle de l'étranger. La peur des islandais de voir leur culture et leur histoire mixées dans un "fourre-tout multiculturaliste".

Indridason rend compte de ces changements et de ces questionnements avec beaucoup de nuance.  En laissant la parole à ses personnages, il multiplie les points de vue, tournant autour de son sujet pour mieux l'éclairer et en dégager toutes les facettes.

C'est l'hiver à Reykjavík. La nuit, le froid, la neige recouvrent tout. Le vent du Nord pousse les gens chez eux, où ils se calfeutrent en attendant les jours meilleurs ; l'auteur donne l'image d'une société repliée sur elle-même, peuplée d'islandais fiers de leurs traditions mais méfiants vis-à-vis de l'étranger, et le craignant d'autant plus qu'étant peu nombreux, ils seraient plus perméables au changement.


A la manière d'une ligne de basse, sourde et lancinante, une seconde intrigue vient se superposer à la première, la disparition d'une femme, qui fait écho à celle du propre frère d'Erlendur, quand ils étaient enfants. Léger bémol : l'auteur ne nous apprend rien de plus sur cette histoire, et ménage surtout les "nouveaux" lecteurs qui n'auraient pas lu ses précédents romans.
Hormis cette tentation du "si vous avez manqué le début" un peu redondante, Hiver arctique est un bon roman, où l'on retrouve avec plaisir un Erlendur toujours aussi taciturne et maladroit dans son rapport aux autres, mais dont les relations avec sa fille semblent - enfin - s'améliorer.

   
Conseil(s) d'accompagnement : essayez de mettre la main sur le n°4 de la revue XXI (l'article n'est pas disponible en ligne), il contient un article sur le polar nordique. Patrick Raynal est parti en reportage à la rencontre de  ces écrivains, avec quelques questions à leur poser (pourquoi leurs livres rencontrent-ils un tel succès ? Pourquoi écrire du roman noir ?...). Il en revient avec quelques éléments de réponses, et surtout des réflexions intéressantes sur ce phénomène (de mode ?).


Hiver arctique
/ Arnaldur Indridason (Vetrarborgin, trad. de l'islandais par Eric Boury. Métailié, Noir, 2009)

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Published by jeanjean - dans scandinavie
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commentaires

nath la butarde 18/04/2010 14:44


Bon, voilà c’est fait : je viens enfin de lire « Hiver Arctique » (les médiathèques sont parfois un peu lentes dans la transmission des livres réservés …Hum, sans commentaires ...)

Résultat ? Je demeure fan d’Indridason. C’est toujours un vrai plaisir de retrouver ses 3 personnages : tout bonnement excellents, tant ils sont fragilement humains. Les références (certes
elliptiques et fort courtes) au passé douloureux d’Erlendur m’ont également beaucoup plu … De même, on en apprend beaucoup sur les tiraillements internes de cette société islandaise, isolée par son
insularité, et qui tremble d’effroi à la vue de quelques étrangers qui risquent de noyer les « valeurs séculaires islandaises »

Mais je dois avouer que j’ai trouvé « Hiver arctique » un peu longuet (aïe ! vais-je me faire lyncher pour ce crime de lèse-majesté ?) : trop de dialogues entre les enquêteurs et les enfants, ou
les parents. Certes, l’enquête patine longtemps avant que soit découverte la monstrueuse vérité ; mais bon, quand même, certaines pages m’ont paru un peu longues, voire redondantes entre elles


Certes, je ne regrette pas un seul instant de l’avoir lu ; mais, je suis comme toi, « La femme en vert » demeure (de très loin …) mon préféré, son véritable chef d’œuvre !


jeanjean 18/04/2010 22:42



Tu as très bien résumé le bouquin ! J'ai la même impression que toi, à savoir que c'est parfois un peu lent - mais ça participe aussi de l'ambiance, pesante et
lourde - et que La femme en vert est au-dessus du lot.
J'ai toujours Hypothermie qui m'attend, il parait qu'il est bon.
@+



Nath la Butarde 26/10/2009 12:24


Je n'ai pas encore lu celui-ci ...
Mais je me suis tant régalée déjà avec "La femme en vert" et "La cité des jarres" ... J'ai encore sous le coude "L'homme du lac", mais je le garde avec gourmandise (comme on garde quelques
chocolats pour les jours de déprime ....).
Je ne me lasse pas de la lenteur et du flegme (mais est-ce bien le bon terme ?) de Erlendur ...
Quel est le 4ème qui m'a échappé ?

A noter que le magazine LIRE a publié récemment un long article sur le polar (numéro de juin 09, je crois, à confirmer)
Ces nordiques ont décidément un talent fou ...

Je n'ai rien trouvé dans tes placards sur Camilla Läckberg et sur Mankell : c'est normal ou j'ai mal cherché ?


jeanjean 28/10/2009 15:34


Il s'agit de La voix. Et un nouvel opus doit sortir en février, ça s'appelle Hypothermie. Tout un programme !

Oui, j'ai lu le numéro de Lire, je l'avais d'ailleurs pas mal égratigné dans un billet à l'époque...

Mankell et Läckberg ? Non, tu n'as pas mal cherché, mais simplement je n'ai jamais lu Läckberg, et ça fait un moment que je n'ai pas ouvert de Mankell, après en avoir lu quelques-uns. Je m'y
remettrai un jour, certainement, mais il y a tant d'auteurs...
@+


cynic63 13/02/2009 12:39

Indic??? Quand même.voir la critique de Libé
http://www.liberation.fr/livres/0101317115-cafard-du-nord

jeanjean 13/02/2009 13:02



Merci pour le lien.
A propos d'"Indic", tu connais le magazine du même nom ?
Un billet bientôt sur cette chouette revue...



cynic63 13/02/2009 11:16

Confidence pour confidence, c'est par lui que j'ai ces infos....

jeanjean 13/02/2009 11:26


ah, voilà, l'indic est démasqué !


cynic63 13/02/2009 08:08

Je pense qu'en effet, étant donné ce qu'on entend de l'Islande, il va y avoir des choses à dire. D'après ce que je sais, Indridason continue la série et il y en a deux déjà parus mais à traduire. On en prend donc pour quelques temps...On ne va quand même pas se plaindre...
nb: lis quand même le Lewis, quand tu auras un moment, ne serait-ce que pour les 100 dernières pages..@+

jeanjean 13/02/2009 11:00


Pour suivre l'actualité Indridason en France, on peut toujours aller faire un tour sur le site du traducteur, Eric Boury.

Ok, j'essaierai de me dégotter le Swansea terminal. @+


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