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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 23:21
Naïri Nahapétian a quitté l'Iran à l'âge de 9 ans, après la Révolution islamique. Journaliste, elle y retourne régulièrement en reportage. Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? est son premier roman et, bien qu'il soit écrit en français, fait figure de (premier ?) polar iranien.

Alors que l'Iran vient de placer en orbite son premier satellite, ce roman tombe à pic dans l'actualité (et comme le passé éclaire le présent...) : aujourd'hui 10 février, des dizaines de milliers d'Iraniens ont manifesté dans les rues de Téhéran pour célébrer le 30ème anniversaire de la Révolution islamique et la prise de pouvoir de l'ayatollah Khomeini. A cette occasion, le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad a prononcé un discours où s'est dit prêt à reprendre le dialogue avec les Etats-Unis... tandis que fleurissaient dans la foule des pancartes prônant "Mort à l'Amérique, mort à Isräel". Un assouplissement qui a peut-être un lien avec les prochaines élections présidentielles, auxquelles devrait se présenter un adversaire de taille, en la personne de l'ancien président - modéré - (et bibliothécaire de formation, tiens...) Mohammad Khatami.

Khatami est encore Président quand débute le récit, quelques semaines avant la victoire surprise d'Ahmadinejad aux élections de 2005.

Narek Djamshid, jeune journaliste franco-iranien retournant dans son pays natal pour écrire un article sur la vie politique iranienne, est mêlé bien malgré lui au meurtre d'un juge influent - et de sinistre réputation -, l'ayatollah Kanuni.
Alors qu'il accompagnait Leila Tabihi, chef de file des féministes islamistes et candidate aux présidentielles (inspirée d'un personnage réel), il est arrêté et jeté en prison. Tout comme sa mère bien longtemps avant lui, et dont il a toujours ignoré le sort.
Tandis que les chaînes d'Etat évoquent la mort du juge en parlant de "crise cardiaque", Leila et son ami Mozaffar, un opposant laïque, tentent de comprendre ce qui s'est passé.

Si vous êtes adepte des romans d'énigme et voulez savoir qui a tué l'ayatollah Kanuni ? et pourquoi, vous allez rester sur votre faim. L'auteure semble parfois se rappeler de la question posée et sème quelques suspects et mobiles par-ci par-là, mais sans vraiment s'intéresser à la résolution du crime ni à la progression de l'enquête.

Peu importe ! L'intérêt n'est pas là, l'intrigue n'étant prétexte qu'à explorer les différents compartiments de la société iranienne, du monde étudiant à la communauté chrétienne en passant par la bourgeoisie et l'homme de la rue. 
L'auteure nous brosse un tableau assez sombre et désenchanté : corruption des chefs politiques et religieux, opacité de l'administration, culture de la paranoïa et obsession du Grand Satan, du complot sioniste et des ennemis de l'intérieur, difficultés de la communauté chrétienne, oppression des femmes, pauvreté...
Et aussi l'immense soif de liberté, notamment des jeunes générations, certains étudiants se destinant même à des métiers "exportables", en Europe ou aux... Etats-Unis.
 
Elle nous montre aussi un pays encore profondément marqué par la répression terrible du pouvoir religieux au début des années 80, exercée contre ses anciens alliés - les libéraux, les marxistes, les nationalistes, les laïques - , ceux-là même qui s'étaient battus contre le Shah et l'impérialisme étranger. Assassinats, torture, emprisonnement, disparitions... Une des périodes les plus noires de l'Iran, et qui reste complètement occultée. 


La 4ème de couverture indique que Naïri Nahapétian, avec ce roman, "souhaite donner de l'Iran une image loin des stéréotypes occidentaux".
Pari réussi. On en apprend énormément sur l'histoire contemporaine et le fonctionnement de ce pays, bien plus complexes que l'image déformée qu'on s'en fait habituellement.
Si on peut reprocher à l'auteure d'avoir écrit un récit un peu trop didactique par moments, à l'intrigue un peu mince, il n'en est pas moins riche, très intéressant et agréable à lire. 

Je me pose une question, tout de même : va-t-elle pouvoir continuer ses aller-retours en Iran, après avoir commis ce texte ?


Conseil(s) d'accompagnement
: on pense bien-sûr à la bande dessinée de Satrapi, Persépolis. Sinon, pour en savoir un peu plus, vous pouvez réécouter sur France-Inter l'émission 2000 ans d'histoire sur la naissance de la République islamique et la chute du Shah d'Iran. Très instructif. (diffusée hier, l'émission est disponible 30 jours)


Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? / Naïri Nahapétian (Liana Levi, 2009)

PS : l'auteure sera présente jeudi 12 février - 18h30 - à la librairie Terminus polar (1 rue Abel Rabaud, Paris 11ème) pour une séance de dédicaces, en compagnie de Gérard Delteil et d'Anne-Laure Thiéblemont, publiés eux aussi chez Liana Levi.

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Published by jeanjean - dans asie
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commentaires

Cathe 11/02/2009 10:30

Je te mets en lien l'avis d'une amie / collègue

http://blogsuperflu.canalblog.com/archives/2009/02/02/12339250.html#trackbacks

jeanjean 11/02/2009 10:44


Tu fais bien ! D'ailleurs j'aurais dû le mettre, j'ai lu son billet - plutôt mitigé - il y a quelques jours.

J'en rajoute un autre (plus enthousiaste celui-là), histoire de faire le tour : http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=182


Un Admirateur Anonyme 10/02/2009 23:56

euuuh.... Tu arrive à dormir des fois sinon Yann ? Je me fais du souci à ton sujet....

jeanjean 11/02/2009 10:16


Ne t'inquiète pas pour ma santé Alex, tout va bien, je t'assure !! ;-)


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