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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 00:00
Comme auteurs islandais de polars, on peut citer Indridason bien-sûr, Arni Thorarinsson (Le temps de la sorcière) et Jon Hallur Stefansson (Brouillages). Déjà trois. C'est loin d'être négligeable pour un pays qui n'a aucune tradition de polar et qui, surtout, compte à peine 300.000 habitants.
En voilà un quatrième, en la personne de Olafur Haukur Simonarson. Pas vraiment un nouveau venu, une redécouverte plutôt, puisque Le cadavre dans la voiture rouge est une réédition ; paru une première fois en France il y a une dizaine d'années, quand l'appellation "polar nordique" n'était pas encore homologuée.

Un village encaissé à l'extrémité d'un fjörd, vivant de la pêche, des maisons peintes de couleurs vives, quelques commerces, une école... C'est là que débarque, un peu contre son gré, notre narrateur, Jonas Halldorsson. Ex-flic, ex-mari, alcoolique invétéré, Jonas a une facheuse tendance à foutre en l'air tout ce qu'il entreprend. Une des raisons pour lesquelles son cousin l'a envoyé manu militari à l'autre bout du pays pour occuper un poste d'instituteur.
Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, il saisit là l'occasion de se ressourcer un peu. Prendre du recul, écrire, éviter les ennuis, éloigner la boisson...

Bien-sûr, tout va aller de travers. Entre l'accueil glacial des uns et la fausse cordialité des autres, il sent bientôt qu'il n'est pas le bienvenu à "névroseville", où tout le monde semble dissimuler quelque chose, sous un ciel lourd de nuages et de menace diffuse.
Surtout, personne ne semble faire grand cas de son prédécesseur, disparu subitement quelques semaines plus tôt. Et les gens ont la curieuse manie de se saisir du téléphone dès que Jonas a tourné les talons.

Faisant bientôt la connaissance des quelques "notables", il comprend rapidement que ceux-ci règnent littéralement sur la ville, ayant mis la main sur tous ses rouages, de la conserverie de poisson à l'école en passant par la caisse d'épargne locale. Un vrai panier de crabes. Ou un banc de maquereaux, pour le coup, se tenant les uns les autres.


Simonarson maîtrise bien son récit, ménageant le suspense, instillant dans l'air inquiétude et malaise, jusqu'à obtenir une atmosphère de plus en plus viciée.

En situant son récit au sein d'une petite communauté, repliée sur elle-même, sclérosée - et dont même les les plus fortes personnalités ne savent plus s'échapper -, il fait aussi un portrait particulièrement acerbe de la société islandaise, de ses fondements, de son idéal de vie même. "Le travail, la grande nature, de bonnes relations avec les gens, avec le peuple, ce peuple inlassablement laborieux ; pas de métissage, aucun chômeur, pas même d'expatriés. N'était-ce pas précisément la vie dont tout un chacun rêvait ?"  (On sait avec Indridason que la situation a quelque peu changé depuis, et qu'elle n'est pas sans poser de nouveaux problèmes).

Ce qui fait aussi l'intérêt de ce roman, paru en 1986, c'est qu'il se situe au confluent de plusieurs courants : tout en reflétant encore sur la forme les influences anglo-saxonnes du roman d'énigme - whodunit, qui a tué ? - et du polar américain hardboiled (à travers le style "nerveux" de l'écriture notamment), il annonce en même temps le roman noir islandais - et nordique - tel qu'on le connait aujourd'hui, ancré pleinement dans une réalité sociale.

Au final, pas un grand roman, certes, mais une plaisante et intéressante escapade islandaise.


Le cadavre dans la voiture rouge / Olafur Haukur Simonarson (Líkio í rauda bílnum, 1986, trad. de l'islandais par Frédéric Durand. Presses universitaires de Caen, 1997 ; rééd. Points, Roman noir, 2009)

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Published by jeanjean - dans scandinavie
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commentaires

Le vent sombre 08/03/2009 14:28

Non, pas lassé du personnage... Je me reconnais toujours le droit de ne pas aimer le livre d'un auteur dont j'ai pu dire du bien par ailleurs, du moment que je peux justifier mon sentiment.

Le cheminement personnel d'Erlendur est une composante importante dans l'œuvre d'Idridason parce qu'il permet d'éviter une trop grande linéarité dans des récits jamais très folichons. Dans [i]Hiver arctique[/i], il fait du surplace et le seul écart narratif est mortifère (l'agonie de Marion)... De même, je ne suis pas impressionné par ce qu'il dit du
racisme (et surtout de comment il le dit)...

Personne ne fait que des chefs-d'œuvres ou alors, cela se saurait...

PS : Merci pour ton ps, je te retourne le compliment.

jeanjean 08/03/2009 21:21



Oui, tout à fait d'accord avec toi sur le fait de ne pas forcément aimer le livre d'un auteur qu'on apprécie habituellement, bien-sûr... (Et là je pense, pour ma
part, au dernier Elmore Leonard).


Sur la question du racisme, j'ai trouvé plutôt habile la manière qu'a Indridason de le faire ressortir à travers plusieurs voix, et à différents degrés. Rien de
révolutionnaire, certes, mais j'ai trouvé cela bien fichu.

Tiens, en passant, à propos de chef d'oeuvre (méconnu), je pense au Seigneur des porcheries de Tristan Egolf (l'as-tu lu ?), parce que vient de sortir - à titre posthume - un roman
inédit en France, qui s'appelle Kornwolf. A suivre...



Le vent sombre 08/03/2009 11:23

Le livre de Símonarson - qui est loin d'être un ouvrage mineur - me semble indispensable pour comprendre ce que veut dire "étranger" en Islande.

Sa réédition est donc plutôt une bonne nouvelle et permet d'apporter un éclairage intéressant sur le dernier (et à mon sens assez faible) roman d'Indridason, Hiver arctique, qui lui aussi - mais vingt ans plus tard et en zone urbaine - traite de l'altérité.

jeanjean 08/03/2009 12:04


Oui, une réédition bienvenue, d'ailleurs je ne sais pas qui s'occupe de la collection Points Roman noir, mais il fait du
bon boulot je trouve.

Déçu par le dernier Indridason ? Peut-être es-tu lassé par le personnage ? Pour ma part, j'ai trouvé intéressant qu'il s'attaque à un sujet bien actuel, l'immigration en Islande. Et plus largement
à l'altérité : je n'avais pas vu ce lien entre les 2 romans, tu fais bien de le faire remarquer.

PS : j'en profite pour te féliciter pour ton site, et bienvenue ici !


alain 20/02/2009 09:48

Moi aussi j'aime beaucoup Indidasson et thorarinsson, je ne connaissais pas cet auteur..

jeanjean 20/02/2009 12:08


De Thorarinson, j'avais commençé le second sans avoir lu Le temps de la sorcière et ça m'était tombé des mains. Ceci entraine peut-être cela...

Je ne connaissais pas non plus Simonarson, jusqu'à ce que je tombe sur ce poche à la librairie. Une réédition bienvenue, je trouve.


dominique 20/02/2009 07:58

Ma dernière danse avec Erlendur et Indridason ne m'ayant pas vraiment convaincue, je vais essayer ce petit nouveau, j'ai une place sur mon carnet de bal..

jeanjean 20/02/2009 11:30



Ce compagnon ne devrait pas te "taper sur les pieds", enfin tu me diras ce que t'en a pensé. Si, un p'tit truc agaçant parfois, c'est la mise en page, les
non-retours à la ligne après un dialogue, mais, pas bien méchant.



Ys 19/02/2009 23:17

Après le surf sur la vague suédoise, on dirait que commence celui sur la vague islandaise... J'aime bien Indridason, et je crois que je vais bientôt essayer Thorarinsson (quels noms ! peuvent pas s'appeller Durand comme tout le monde !)

jeanjean 20/02/2009 09:50


Oui, on a un peu de mal avec les noms parfois, l'impression d'avoir fait tomber un scrabble par terre !


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