Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /2009 20:06
Si la valeur n'attend pas le nombre des années, certains trouvent leur vocation sur le tard. C'est le cas de Joseph Bialot, qui commença à écrire à l'âge de 55 ans, pour ne plus s'arrêter.
Si la trentaine d'ouvrages à son actif (polars et romans historiques), sont pour la plupart teintés d'un humour pince-sans-rire, 186 marches vers les nuages appartient à ses textes plus personnels et plus graves évoquant l'univers concentrationnaire et le nazisme, à l'instar de La nuit du souvenir ou de La station Saint-Martin est fermée au public. Lui-même fut déporté à Auschwitz en 1944, expérience relatée dans le poignant C'est en hiver que les jours rallongent.


Bert Waldeck est un survivant. Ancien policier, emprisonné dès 1934 comme détenu politique, il a survécu aux camps de la mort avant de réchapper au massacre de Lübeck, en 1945, quand l'aviation britannique coula trois navires remplis de déportés.
Engagé par un officier américain, il doit l'aider à retrouver l'officier SS Hans Steiner, un ami d'enfance qu'il a aussi côtoyé durant sa captivité.
Le voilà de retour à Berlin. Sa ville natale n'est plus qu'un amas de ruines où errent comme des zombies de pauvres hères affamés et dépenaillés. Le chaos.

Waldeck a bientôt la certitude d'être manipulé, d'autant plus que Steiner n'est qu'un gagne-petit dans la hiérarchie SS. Pourquoi les services américains le recherchent-ils donc avec autant d'acharnement ? 
Les criminels de guerre nazis n'ont pas tous essuyé les bancs d'un tribunal de Nuremberg, loin de là, et certains ont même été recrutés par les services de renseignement américains pour lutter contre le communisme... Intérêts stratégiques, course aux armements. Compromissions, duperies. Les prémices d'une autre guerre, froide celle-là...


Malgré un dénouement un peu rapide, ce roman est tout simplement admirable. De concision, de sobriété, de finesse. Dans son évocation du Berlin ravagé et de la fin d'un monde. Dans ses subtils aller-retours historiques au gré des souvenirs du personnage. Dans son approche psychologique des survivants. Dans son décryptage de la dialectique et des rouages de l'idéologie nazie.
Dachau, Dora, Mauthausen... La barbarie, l'imagination macabre des geôliers, la négation de l'humain.

Si on a coutume de dire que le vécu et le ressenti des déportés relèvent de l'indicible, Joseph Bialot parvient néanmoins, à travers la vision de Bert Waldeck, à nous faire approcher cette terrible réalité.

Et puis, tant que certains - évêque en tête - vomissent leur bile négationniste, ces récits s'avèrent - encore et toujours - nécessaires.



Berlin, 1945. Au premier plan, il doit s'agir des "nissen" qu'évoque Bialot, bureaux provisoires de l'US Army.

Conseil(s) d'accompagnement
: hormis la vigilance, deux très beaux textes. Seul dans Berlin, roman d'Hans Fallada, évoque la vie des habitants d'un immeuble en 1940, où se côtoient juifs, gestapistes, résistants... Changement de décor 5 ans plus tard, avec Une femme à Berlin, le journal d'une femme écrit entre le 20 avril et le 22 juin 1945, qui nous parle de l'immeuble délabré où elle s'est réfugiée en compagnie de vieillards et d'enfants, de la famine et de la misère.



186 marches vers les nuages / Joseph Bialot (Métailié, Noir, 2009)
Par jeanjean - Publié dans : polar français
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