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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 00:00

Voilà un moment que je voulais vous parler du mexicain Guillermo Arriaga. La parution de ce recueil de nouvelles m'en donne l'occasion. Surtout connu comme scénariste (21 grammes, Trois enterrements, Babel...), l'écrivain est tout aussi talentueux, et L'escadron guillotine ou Un doux parfum de mort méritent un détour immédiat.


Au sud de Mexico se trouvent les quartiers populaires, longeant la longue avenue du retorno, où vivent et meurent les protagonistes de ce recueil.
On pourrait s'attendre à un portrait social, une description de la vie quotidienne des habitants. Il n'en est rien.

Enfants commettant l'irréparable, hommes obsédés par une femme, un souvenir, un visage, rongés par la culpabilité, l'obsession, se laissant mourir ou hantant les vivants, femmes le plus souvent victimes et prisonnières d'un amour envolé, d'un amour indéfectible, d'un amour coupable.

Ce que dessine plutôt Arriaga, ce sont de multiples portraits de la camarde : en pied, parée, gros plan, fardée, plan large, silhouette menaçante, vue trois-quarts, et surtout, la mort en face.
Une quinzaine de nouvelles et autant de danses macabres, où vie et mort se mêlent et s'étreignent, avec un mélange de langueur, de sensualité et de violence.


Lire Guillermo Arriaga, c'est aussi comprendre ce rapport si singulier qu'ont les mexicains à la mort. Dans un pays qui fête les morts depuis l'époque précolombienne et où règne un christianisme imbibé de croyances et de rites païens, la frontière est floue, mouvante entre la vie et la mort, le monde des vivants et celui des esprits.
Comme en témoigne la nouvelle Rogelio, qui en moins d'une page teintée de "réalisme magique" (encore que je ne voie pas l'intérêt de l'épithète, il s'agit seulement du réalisme sud-américain, point-barre), résume ce trait de caractère et l'œuvre entière d'Arriaga. Elle commence comme cela :
"Rogelio ne se rendait pas compte qu'il était bel et bien mort ou alors il s'obstinait tout bonnement à ne pas l'accepter. Aussi sortait-il souvent de la fosse où il était enterré, et il n'était pas rare de le voir prendre son déjeuner dans quelque restaurant proche du cimetière."


Fantasques ou hyper-réalistes, ces esquisses forment un ensemble plutôt inégal mais donnent une idée assez précise des thèmes et des obsessions de l'écrivain - la culpabilité, la perte, la fatalité, l'obsédante présence de la mort -, qu'on retrouve de manière plus ample dans ses romans.
Et si certaines de ces nouvelles se laissent facilement oublier, d'autres sont tout simplement bouleversantes.


Conseil(s) d'accompagnement
: toutes proportions gardées, ces nouvelles m'ont fait penser aux Contes d'amour de folie et de mort de Horacio Quiroga : ce qu'on fait de mieux en littérature sud-américaine.


Mexico, quartier sud / Guillermo Arriaga (Retorno, 201, 2006, trad. de l'espagnol (Mexique) par Elena Zayas. Phébus, 2009)



Enfin, sachez que le 11 mars sort en salles le premier film d'Arriaga en tant que réalisateur, dont voici la bande-annonce.


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Published by jeanjean - dans amérique latine
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commentaires

cynic63 31/03/2009 13:05

Je vais publier un papier sur "l'escadron guillotine". J'ai trouvé ce roman absolument hilarant...

jeanjean 31/03/2009 16:10


Ah L'escadron guillotine, c'est vrai que c'est un régal ! Délirant, baroque, original... Tu peux enchainer sur Un doux parfum de mort, très différent
mais tout aussi réussi. Par contre, j'ai trouvé Le bison de la nuit décevant après ces deux-là.


cynic63 16/03/2009 21:19

Ah ben, ça c'est cool....L'infos circule....Je vais faire une publication là dessus. Merci pour le lien

jeanjean 17/03/2009 16:33


De rien !


cynic63 16/03/2009 19:28

Puisque ça parle Mexique ici: Hier sur France Inter, émission Cosmopolitaine, il y avait un entretien avec Paco...Emission podcastable pendant 60 jours...Relayez l'infos pour ceux qui l'auraient loupée et intéressés par ce grand ecrivain

jeanjean 16/03/2009 21:06


Merci pour l'info !, je rajoute juste le lien : http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/cosmopolitaine/.

Et pour continuer sur le Mexique, on peut écouter (en excellent français) Enrique Serna, en vidéo, sur le site de la revue Books : http://www.booksmag.fr/audio-video/v/enrique-serna-au-mexique-meme-si-tu-ne-t-interesse-pas-a-la-politique-la-politique-s-i.html.


Travis 09/03/2009 20:56

C'est vrai que je n'en avais pas du tout entendu parler, des amis me l’ont conseillé. Puisque l'on est dans le Mexique et sud Amérique quelqu'un a vu le film "Tropa de Elite" de José Padilha? J’avais entendu de bonne chose dessus à sa sortie.

jeanjean 10/03/2009 15:25


Pour ma part, jamais entendu parler, mais il est vrai que je ne suis pas trop l'actualité cinéma...


cynic63 09/03/2009 20:45

@Travis: Si tu le trouves, je pense que tu ne seras pas déçu.... C'est un très bon film mais qui, malgré une assez bonne presse "spécialisée", n'a pas eu une très grande audience....Dommage....

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