Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 00:00
"Pour ceux qui ne connaissent pas Chicago, sachez que la ville est séparée en deux sociétés tribales disctinctes par la rivière (...) : les habitants de la rive sud, le South Side, travaillent dur pour vivre, tandis que ceux de la rive nord, le North Side, paient un café cinq dollars et s'adressent à la bonne pour ouvrir la fenêtre."

L'agent Patti Black, 38 ans, fait partie des premiers. Elle appartient à la brigade d'intervention du 6ème district, un des plus pauvres et violents de la ville. Au cours d'un assaut, deux Noirs appartenant à un gang sont tués. De quoi raviver les tensions raciales, surtout après l'attentat manqué contre le Maire, imputé à la communauté noire pour mettre à sa place son leader, l'activiste Alderman Gibbons.
Lors de l'intervention, on retrouve aussi un cadavre emmuré. C'est celui d'Annabelle Ganz, la femme qui a élevé Patti, à Calumet City, dans la banlieue de Chicago. Les époux Ganz recueillaient de jeunes orphelins et leur faisaient subir des sévices sexuels. Un traumatisme que n'a pas vraiment surmonté Patti, ni la fugue et les années d'errance qui ont suivi.
Pour couronner le tout, le substitut du procureur est enlevé et assassiné ; jeune garçon, il a fait partie des enfants recueillis chez les Ganz.

Menacée par les gangs, soupçonnée de malversations par sa hiérarchie, rattrapée par un passé douloureux, Patti Black subit une pression énorme. La question est : va-t-elle exploser en vol ?

Commençons par les points faibles :
Calumet City souffre de quelques longueurs, notamment quand Charlie Newton s'apesantit sur les états d'âme et les obsessions de son personnage, dans une enquête qui comporte déjà beaucoup de "tiroirs" et de rebondissements.
D'autre part, s'il nous plonge dans son histoire la tête la première, il a tendance à nous maintenir fermement le nez dans le bassinet, si bien qu'on finit parfois par s'essouffler. Je m'explique : ce polar est mené tambour battant mais manque de changements de rythme, et la tension continue qu'il installe finit par perdre un peu de son effet. Un peu comme s'il accélérait sans cesse en omettant de passer les vitesses, ce roman est en sur-régime.

Sans ces quelques défauts, ce coup d'essai aurait pu être un coup de maître. Dommage. Mais il n'en reste pas moins un bon polar, oppressant à souhait et doté d'un bel impact. Porté à la fois par un style lapidaire et sec qui sied parfaitement au contexte, et par la figure centrale de Patti Black, femme flic dure au mal, que l'auteur n'essaie pas à tout prix de nous rendre sympathique, et qui du coup, gagne plutôt en vraisemblance et en épaisseur.

La 4ème de couv. indique que Charlie Newton a beaucoup travaillé avec des policiers avant d'écrire ce livre. Rendues avec beaucoup de réalisme, ses descriptions et observations sur le monde des flics - pression des médias, luttes intestines, "cuisine" politico-judiciaire - et celui des ghettos font froid dans le dos ! J'ose même espérer, sans trop y croire, qu'il ait un peu forcé le trait...

S'il aurait, selon moi, gagné en puissance avec une ou deux ramifications et 50 pages de moins, ce premier roman très noir n'en est pas moins prometteur, et j'attends donc le second de pied ferme.


Calumet City / Charlie Newton (Calumet City, 2008, trad. de l'américain par Philippe Loubat-Delranc. Presses de la Cité, Sang d'encre, 2008)

Partager cet article

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article

commentaires

Travis 18/03/2009 21:27

"La vie est en somme un grand polar"

Halte là les amis, j'ai déposé cette expression. Attention au très petit méchant chancelier. Hahahahah (voix grave)

Après 1984 c'est le meilleurs des mondes et je vous invite tous à zanzibar en tant que citoyens clandestins. :-)

jeanjean 19/03/2009 19:56


Pas mal, pas mal... ;-)


Tonton Alex 14/03/2009 00:42

Exactement mon Jean Jean !
( j'aime ta distante analyse )
Sécurité sécurité et puis.....sécurité !
L' histoire nous apprends qu'on devient Chancelier pour moins que ça ! Mais pourtant on rentre dans le mur avec passion.... Dommage ! Mais on ne change pas les hommes...

La vie est en somme un grand polar.

jeanjean 17/03/2009 16:34


...attend, je note... ;-))


Alex 13/03/2009 19:13

Il faut se documenter auprès de flics pour faire un bon bouquin maintenant ( un bon "POLAR" ) ?

J'ai mes contacts ( de la Goutte d'Or à la petite banlieue rose de St Mandé ) mais les keufs ont souvent le même discours : ils sont seuls face à l'adversité alors qu'ils font partie du plus grand gang qu'ait jamais connu la France depuis l'occupation ( désolé ). Bref : Ils font chier. Ils sont protégés et à l'abri.( bien plus que ne l'est un Professeur des Ecoles de la République face à sa classe de 34 élèves ).

J'ai des amis Flics ( des bons et des très bons ).
Mais quand je vais juste rendre visite à ma seconde mère gitane à Voltaire ( 11ième arr. ) et que je me fait alpager ( vous habitez toujours Moulinsart ? ) en croisant 179 uniformes de juvisy à bastoche, ça me casse les roudoudous.( après 23h y'a plus personne par contre, démerde toi en cas d'agression et persévère dans la boxe française... )

Je suis foncièrement un voyou, un sale manouche. Je préfère donc me documenter auprès des voyous.
Je manque cruellement d'objectivité, je sais.

Mais je hais les uniformes.

jeanjean 13/03/2009 21:24


"Il faut se documenter auprès de flics pour faire un bon bouquin maintenant ( un bon "POLAR" ) ?"Ah non, c'est pas obligatoire mais ça peut aider !
;-)

Et pour le reste... ben j'sais pas trop. Tu pourrais rentrer dans la police, en uniforme tu ne te ferais plus contrôler ! Mouais, le remède est pire que le mal, c'est ce que tu vas me
dire...

Sécurité, insécurité... Y en a qui deviennent Président comme ça...


Rechercher