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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 00:00
"New York City abritait trois cents bandes organisées. Beaucoup d'entre elles n'étaient au départ que des milices visant à protéger leur quartier de la petite délinquance des héroïnomanes, et de la vague de violence qui avait déferlé avec la consommation de poussière d'ange. Les loteries clandestines, les usuriers, les macs et les petits truands recherchaient la protection des bandes et les payaient grassement pour défendre leurs intérêts. (...) Les bandes avaient fini par avoir soif de pouvoir et s'étaient mises à envahir le territoire des autres. Des affrontements sanglants s'en étaient suivis, provoquant la formation de nouvelles bandes pour protéger les quartiers et rester maître chez soi."


Années 70. Le jeune Danny Palmer, récemment débarqué de Jamaïque, vit à Brooklyn avec sa mère. Confronté à la violence extrême des gangs et au racisme des "Yankees", ces jeunes afro-américains qui prennent les antillais pour cibles, il trouve protection auprès de Dave Green, une star du foot respectée de tous. Quand ce dernier est envoyé au Vietnam (qui va complètement le bousiller), Danny se tourne vers les Rastafariens, au sein desquels il va connaître une ascension fulgurante, au gré des guerres de territoires et des luttes pour le trafic de drogues.


Rasta Gang est un roman d'une extrême violence, où l'aspect répétitif des fusillades et des multiples règlements de compte a même un effet désamorçant, un peu comme ces images de guerre à la télévision qu'on voit sans plus les regarder vraiment...

Alourdi par quelques longueurs, ce polar (qui frise les 600 pages) aurait sans doute gagné à être un peu effeuillé, d'autant plus que de nombreux passages, (et notamment les 150 dernières pages du texte) sont un modèle d'écriture resserrée, nerveuse et efficace à souhait.
Comme les protagonistes, Phillip Baker ne s'embarrasse pas, et on assiste, en quasi-continu, à un feu nourri désordonné mais d'une ampleur et d'une puissance considérables : si on a pu se lasser à certains moments des coups de feu, des tueries, du sang qui coule et gicle sans discontinuer, il n'en reste pas moins que ce roman est plein d'une énergie brute qui emporte tout sur son passage et laisse des traces qui s'effaceront peut-être, mais dans un certain temps.

Et puis, comme le dit Thierry Marignac dans sa préface, "le roman de Phillip Baker éclaire la parenté entre les événements de l'histoire post-coloniale en Jamaïque et la dérive sanglante des gangs de trafiquants de Brooklyn, nés de l'immigration massive des années 60-80."
Un éclairage intéressant, c'est vrai, sur des événements méconnus (en tout cas de nous autres européens). Seulement, Baker se concentre sur le monde des gangs et de la rue (ainsi que sur sa propre expérience, certainement) sans situer ces événements dans un contexte plus général, ce qui est un peu frustrant, car n'ayant pas toutes les clés, on aimerait en apprendre davantage. Vous me direz, libres à nous ensuite de chercher d'autres sources et de nous y intéresser.


Conseil(s) d'accompagnement
: un autre roman, justement, évoque la guerre¨des gangs jamaïcains, cette fois à Londres. Il s'agit de Yardie, de Victor Headley, un texte rare et d'une grande force. Edité il y a quelques années dans la collection Soul fiction (ce qui ne trompe pas...), il sera suivi de Yush. Vous pouvez y aller les yeux fermés.


Rasta Gang / Phillip Baker (Blood Posse, 1994, trad. de l'américain par Thierry Marignac. Fleuve Noir, 1997, rééd. Moisson Rouge, 2009)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Hannibal le lecteur 25/03/2009 09:22

Merci pour la référence. Je note.

jeanjean 25/03/2009 13:27


De rien, ça devrait vraiment te plaire, et d'ailleurs tous les bouquins de la collection Soul Fiction sont excellents.


Jean-Marc Laherrère 25/03/2009 09:18

Une fois de plus d'accord à 100 %, sur la puissance du bestiau, mais aussi sur ses longueurs.

jeanjean 25/03/2009 13:26


on devrait faire un jumelage ! ;-)

Après Rasta Gang, j'suis revenu "à la source", en plein dans les nouvelles de Chandler qui ressortent bientôt. Un régal. 


Hannibal le lecteur 24/03/2009 17:43

Complètement d'accord avec toi sur la violence. Pas sur les longueurs par contre (personnellement je ne les ai pas vu).
Les personnages, New York,... tout est criant de réalisme dans ce Rasta Gang, grand roman noir que Moisson rouge a eu le mérite de rééditer.

Ma chronique
http://hanniballelecteur.over-blog.com/article-28035076.html

jeanjean 24/03/2009 18:24


Je vois qu'il t'a fait encore plus d'effet qu'à moi ! Du coup, je te conseille doublement le Yardie de Headley. Et tu fais bien de le souligner, bravo aux
éditions Moisson Rouge qui ont eu du nez.


AleX 24/03/2009 11:44

Tu me le prends pour la montagne ma chouquette ?

jeanjean 24/03/2009 14:44


...si tu veux mon biquet, mais je viendrai pas te bercer si tu fais des cauchemars :-)


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