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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 00:00
Raymond Chandler est mort il y a cinquante ans. A cette occasion, les éditions Omnibus publient en un volume les 25 nouvelles de l'auteur, avec de nouvelles traductions. Il faut d'ailleurs saluer le bon travail éditorial réalisé autour de cet ouvrage, agrémenté d'une pertinente préface d'Alain Demouzon et d'un texte de Chandler sur le roman noir, Simple comme le crime, où il s'attaque notamment au roman d'énigme bien propre sur lui et alors très en vogue.
Et si Hammett "a sorti le roman policier du vase vénitien pour le jeter dans la rue", Chandler, pour sa part, a pris soin d'éparpiller les morceaux.


Après avoir exercé de nombreux métiers, Chandler décide de se consacrer pleinement à la littérature. Nous sommes en 1933, il a 45 ans, et sa première nouvelle est publiée dans Black Mask, le fameux magazine "pulp" créé en 1920, tout entier consacré aux littératures populaires - SF, western, polar, aventure... Des pointures comme James Cain ou Horace McCoy y firent leurs armes.

Jusqu'à la parution du Grand sommeil, en 1939, une vingtaine suivront : de petits laboratoires où il affine son style, marqué par une écriture dépouillée de toute considération psychologique et privilégiant l'action et les dialogues. Les personnages ne sont déterminés que par leurs actes et leurs paroles. Ce qu'on appellera le comportementaliste ou behaviorisme.
Chandler possède aussi un sens aigu de la mise en scène, nous informant sur le cadre, la lumière, les vêtements, les attitudes et les gestes les plus infimes des personnages. En cela, ses nouvelles, comme ses romans, sont très cinématographiques.

Chandler reprenait souvent certains passages de ses nouvelles pour les approfondir et les incorporer ensuite dans ses romans. "Ceci moins par paresse, nous dit Alain Demouzon, que par conviction qu'un matériau narratif intéressant n'avait pas été développé au mieux dans la toute relative brièveté de ses stories."

Attention, ça ne signifie pas qu'elles sont d'un intérêt négligeable ou dévolues aux seuls exégètes de l'écrivain. Il ne s'agit pas de pâles copies des chefs d'oeuvre à venir, mais plutôt des esquisses finement ciselées et au trait sûr. De la même manière, s'il est intéressant de les lire à l'orée du Grand sommeil ou d'Adieu ma jolie, ces nouvelles se suffisent d'abord à elles-mêmes.

On y retrouve la faune habituelle : gangsters, femmes fatales et vénéneuses, flics marrons... Acteurs et témoins d'une société en pleine déliquescence, gangrénée par l'avidité et la corruption. Et des détectives privés, surtout. Les Carmady, Reseck, Mallory annoncent le légendaire Philippe Marlowe, figure emblématique du détective privé hard-boiled, immortalisé au cinéma sous les traits d'Humphrey Bogart.


Que dire de plus, sinon d'affreuses banalités ? Que Chandler partage avec Hammett la paternité du roman noir tel qu'on le conçoit encore aujourd'hui ? Qu'il a influençé de près ou de loin la plupart des auteurs qui l'ont suivi ? Que ses textes sont des modèles de rythme et de narration ? Oui, trois fois oui.


Les ennuis, c'est mon problème : l'intégrale des nouvelles / Raymond Chandler (Omnibus, 2009)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

coltrane 26/04/2009 17:52

Si Chandler n'a pas inventé le hard-boiled il lui à coup sûr donné ses lettres de noblesse...je pense que si je devais choisir un auteur de polar et un seul (si je n'avais droit qu'à un seul polar pour un séjour sur une île déserte par exemple...) ce serait, presque sans hésitation, Chandler...parce que c'est un styliste comme d'ailleurs Demouzon dont j'ai beaucoup aimé récemment Section Rouge de L'espoir, une pépite de 1979...

jeanjean 27/04/2009 14:01


J'aime bien Demouzon aussi. Un de ces auteurs touche-à-tout qui font de l'excellente littérature populaire. Son polar historique Fromental et l'Androgyne,
sorti il y a environ 1 an est vraiment bon.

Sinon, dur dur le coup de l'île déserte ! Qu'est-ce que j'emmènerai ? J'en sais vraiment rien. Mais un truc gros et bien dense. Tiens, la Bible peut-être. Une sorte de polar, en fait !


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