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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 00:00

Parmi les nombreux polars nordiques qu'il nous ait donné de lire depuis quelques années, ceux du norvégien Jo Nesbo figurent parmi les plus intéressants et les plus aboutis, notamment en ce qui concerne le style, nerveux, enlevé, et en cela plus proche de celui des anglo-saxons.

S'il délaisse cette fois son personnage favori Harry Hole, on retrouve, intacts, ce sens remarquable du rythme et ce soin apporté à la construction et au déroulement de l'intrigue. Nesbo maîtrise parfaitement les accélérations soudaines et les virages au cordeau. Comme d'habitude, il nous ballade par le bout du nez, et, comme d'habitude, on se laisse prendre au jeu !
Un jeu de dupes, pour le coup, entre deux espèces de chasseurs - quand l'un recrute, l'autre exécute ! - dans un roman qui tient beaucoup du thriller psychologique, si on tient absolument à le classer, ce qui serait dommage.


Roger Brown n'est pas un simple chasseur de têtes : il est le meilleur. Celui qu'on s'arrache pour recruter les patrons des plus grandes entreprises norvégiennes. Respecté, envié, craint, il est le mâle dominant. Le chef de meute, à l'instinct sûr.
Sa méthode de chasse ? Soumettre les candidats à une méthode d'interrogatoire en neuf points, inspirée du FBI. Intimidation, séduction, pression... Tout y passe. Un exercice de psychologie appliquée dont Roger est passé maître.
Au cours de l'entretien, il se débrouille aussi pour savoir si le candidat ne possède pas par hasard quelque oeuvre d'art... dont il pourrait le soulager.
Car si Roger présente bien, il vit quand même bien au-dessus de ses moyens : la galerie d'art qu'il a payé à sa femme Diana pour lui faire oublier, au moins pour un temps, son désir d'enfanter, représente aussi un sacré gouffre financier !

Alors Roger attend le gros coup, celui qui le mettra définitivement à l'abri. Et il survient en la personne de Clas Greve, candidat idéal pour une grosse boîte industrielle de la ville et, surtout, surtout, heureux possesseur d'un Rubens.


A partir de là, bien-sûr, tout se détraque, et la jolie petite vie de ce cher Roger Brown, trahi, trompé, manipulé, va voler en éclats. Clas Greve, loin du parfait pigeon, s'avère être un sociopathe particulièrement redoutable - comme les aime Nesbo -, ancien commando et rompu aux méthodes de traque et de guérilla. Voilà Brown traqué comme une bête. La question est : pourquoi s'acharne t-on tellement sur lui ?

Nesbo reprend le thème classique du chasseur pris à son propre piège et dans un engrenage infernal dont il ignore tous les mécanismes.

Et on se surprend à apprécier peu à peu cet individu pourtant méprisable et antipathique, l'encourageant à surmonter les obstacles qui se dressent devant lui (et il passe par toutes les couleurs, vous verrez !).
Car si Brown n'est au début que le produit manufacturé du monde cynique des grandes entreprises et des chasseurs de têtes, il devient, au fil des épreuves qu'il traverse, plus proche et plus intéressant ; il s'humanise et se rend même sympathique !


C'est l'une des nombreuses qualités de ce chasseurs de têtes. Pas un grand Nesbo, mais un intermède non moins plaisant où alternent habilement moments de tension et d'humour. Un Nesbo plus léger qu'à l'accoutumée (comparé aux "Harry Hole") et teinté d'ironie. Disons un sourire suivi d'un grincement de dents.


Chasseurs de têtes / Jo Nesbo (Hodejegerne, trad. du norvégien par Alex Fouillet. Gallimard, Série Noire, 2009)

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Published by jeanjean - dans scandinavie
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commentaires

Misco 18/05/2011 21:46


On me l'a imposé et je n'ai pas regretté bien que je n'aime pas particulièrement les 'polars'... Du coup, j'ai commencé la série faite auparavant.
J'ai adoré


jeanjean 18/05/2011 22:36



L'exercice "imposé" a donc quelques vertus... ;-) Je n'avais pas forcément pensé à celui-là, quand à la médiathèque je propose des polars à des lecteurs peu férus de
polar, ça me fera une référence en plus en tout cas. @+



Dodger 23/04/2009 19:27

Rendons à César... : "capilotracté" n'est évidemment pas de moi mais de Desproges ;-) Et j'aime bien aussi !

jeanjean 24/04/2009 21:01


Eh oui, comment ne pas aimer Desproges... Y en a qui manquent plus que d'autres.


Dodger 22/04/2009 22:05

Une excellente critique qui rejoint presque mot pour mot mon propre sentiment de lecture. Déjà, l'année dernière, j'avais adoré "Le Bonhomme de neige", avec une orientation me semble-t-il un peu plus thriller que les précédents Nesbo - que j'aime également beaucoup, à l'exception peut-être du "Sauveur", trop long, trop construit, qui m'est un peu tombé des mains. Du coup, j'appréhendais légèrement ce changement de registre, cette infidélité à Harry Hole, mais rien ne m'a déçu dans ce "Chasseur de têtes" impeccablement construit, mené, rythmé, porté par un personnage principal fort et singulier dont Jeanjean a tout dit (donc je n'en rajoute pas :-))
Certes, l'intrigue peut sembler un peu capilotractée, comme dirait l'autre, mais c'est finalement le lot de beaucoup de thrillers, et celui-ci se situe pour moi en haut du panier, sans forcer ni jamais sombrer dans le ridicule ou l'approximation. Chez les nordiques, je continue donc à voter Nesbo, sans la moindre hésitation !

jeanjean 23/04/2009 17:21


S'il y a des indécis, ton commentaire achèvera de les convaincre ! Et je vote aussi Nesbo, devant tous les autres.

...j'aime bien "capilotracté" ;-)


keisha 22/04/2009 09:22

je note, au cas où, car je n'ai pas fini les Harry Hole...

jeanjean 22/04/2009 17:28


Comme je le dis plus haut, c'est plus léger que les Harry Hole, mais ça vaut le détour, sans aucun doute.


Dominique 22/04/2009 07:14

J'ai renoncé à faire un billet car je n'ai pas accroché du tout, j'ai trouvé l'intrigue très emberlificoté même si elle m'a séduite sur le premier tiers du roman
je préfère la noirceur de Harry Hole

jeanjean 22/04/2009 17:27


Pourtant les intrigues des Harry Hole sont elles aussi assez tortueuses, mais je comprends que tu préfères la noirceur de ses autres romans. Dommage malgré tout que tu
aies arrêté au tiers, tu as loupé quelques scènes pas piquer des vers ! @+


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