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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 11:11

La quatrième de couverture nous indique que Le résurrectionniste - premier roman publié en France de l'auteur australien James Bradley - s'inscrit dans la lignée des grands textes gothiques tels Frankenstein ou Dr Jekyll et Mr Hyde. On constate une certaine parenté, certes, mais... lointaine. 


Le jeune Gabriel Swift, fraîchement débarqué à Londres - nous sommes en 1826 -, fait son apprentissage chez le Dr Poll, éminent chirurgien. Pour poursuivre ses cours et son étude du corps humain, Poll et ses apprentis ont évidemment besoin de matière première : des cadavres.
Qu'il récupèrent en faisant appel aux résurrectionnistes, des pilleurs de tombes et bandits sans foi ni loi hantant les cimetières à la nuit tombée.
Gabriel, bientôt livré à lui-même et désargenté, va céder à l'influence néfaste de l'un d'entre eux, le sinistre Lacan. Une descente aux enfers jalonnée par des actes insensés.


A travers une langue riche et élégante, Bradley insuffle à ce récit d'épouvante une atmosphère à la fois lourde, lugubre et menaçante. L'ennui, c'est qu'on a l'impression de voir se dérouler l'histoire derrière une vitre. Attentif, mais pas vraiment concerné. Peu touché par les scènes de meurtres ou de profanation qui devraient pourtant nous remplir d'épouvante et de dégoût. Et surtout, peu soucieux du sort de Gabriel, qui sombre peu à peu dans les vapeurs de l'opium, la folie et le meurtre. A aucun moment ou presque, on ne partage son angoisse ni la sensation d'égarement qui l'étreint.

Pourquoi donc ? D'abord parce que l'auteur observe une froide distance vis à vis de son sujet, à tel point que Gabriel, le narrateur, semble même, à certains moments, étranger à sa propre histoire. Dans ces conditions, le lecteur a du mal à montrer quelques signes d'empathie...
Ensuite, Bradley ne nous en livre pas assez sur ses différents personnages, leurs liens et ce qui les anime. Adepte de l'ellipse, il suggère plus qu'il ne montre. C'est tout à son honneur et ça peut donner des textes magnifiques et aériens (il n'y a qu'à lire James Sallis), mais ça requiert un équilibre sans faille et et un talent d'orfèvre, au lieu de quoi tout se délite et s'effiloche. C'est ce qui se passe ici, et on a trop souvent la désagréable impression de n'avoir pas tout saisi. Question de dosage.

Pour finir, j'ai trouvé la seconde partie du roman, qui se situe en Australie, dix ans après les macabres événements londoniens, bien plus réussie et intéressante. Une excellente évocation - et bien plus vivante que les brumes londoniennes - d'une époque et d'un pays où l'empire britannique exilait ses condamnés de droit commun et ses prostituées.


Loin d'égaler ses glorieux prédécesseurs cités plus haut, ce résurrectionniste n'est pas pour autant un polar médiocre, loin de là. Seulement, s'il fait habilement étalage de chair putréfiée et de sentiments corrompus, il lui manque malgré tout ce supplément d'âme qui en aurait fait un vrai bon roman.

 
JM Laherrère est sensiblement du même avis, sur actu-du-noir.


Le résurrectionniste / James Bradley (The Resurrectionnist, trad. de l'anglais (Australie) par Julien & benjamin Guérif. Rivages/Thriller, 2009)

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Published by jeanjean - dans océanie
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commentaires

Guillome 28/02/2013 16:26

pour moi un roman réussi pour son ambiance. Côté histoire et personnages, ça grince un peu. Et pour le dernier quart, je n'avais pas envie de quitter Londres ;)

Jean-Marc Laherrère 28/04/2009 09:29

Sensiblement du même avis, effectivement. J'ai aussi trouvé la partie australienne plus intéressante, même si elle aussi manque d'âme et de chair.

jeanjean 28/04/2009 09:46


Disons pas mal de chair dans la première partie et un peu plus d'âme dans la seconde !


Josiane 27/04/2009 18:06

Alex voulait écrire "XIXème" bien sûr...

AleX 27/04/2009 18:01

Ah ! Bon ! Tant qu'il y de la chair corrompue et du sentiment putréfié ça va alors !!!! :-p

oui, la seconde partie que tu évoques doit en effet être intéressante pour la description de l'australie du XXième.

Josiaâââaane ???? On sort !

jeanjean 28/04/2009 09:45


"chair corrompue et sentiment putréfié", ça sonne pas mal, voire mieux ! Bon, je vais de ce pas déposer les droits ! ;-)


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