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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 00:00

"Il y a deux choses que les allemands ne savent pas faire : les révolutions et les romans policiers." La boutade serait de l'écrivain britannique George Bernard Shaw.
C'était avant Jacob Arjouni et son privé turc, Pieke Bierman ou Bernard Schlink (avec Brouillard sur Mannheim notamment), mais il est vrai que l'Allemagne n'a pas une grande tradition de polar.

Parmi les rares auteurs traduits en France, on trouve Andrea Schenkel, dont Actes Sud publie ici le second roman. Comme dans le précédent, La ferme du crime, elle s'inspire d'un fait divers : dans les années 30 à Munich, plusieurs jeunes femmes furent sauvagement assassinées par un tueur en série. Ce dernier, prénommé Josef Kalteis, fut finalement arrêté et condamné en 1939.


Ne vous inquiétez pas, je ne dévoile rien qu'on sache déjà après avoir lu la 4ème de couverture ou la première page du roman, qui s'ouvre sur une note du procès expliquant que "la sentence sera exécutée sans délai" et qu'"on évitera toute annonce publique" : "le peuple allemand est sain et doit le rester. (...) Il est intolérable que cet élément asocial ait pu sévir pendant des années dans l'Ouest de Munich et qu'il souille cette ville qui est le berceau du mouvement, et qui est si chère au coeur de notre Führer bien-aimé."
Là on se dit que ça démarre bien et que l'auteur va nous parler de ce petit grain de sable dans la machinerie idéologique nazie. Eh bien non. Soit.

Elle s'attache en fait à retracer le parcours sanglant du meurtrier et les dernières heures de ses victimes, en adoptant successivement le point de vue des témoins, des proches des victimes et des victimes elles-mêmes. Et alors qu'on s'attend à une reconstruction linéaire, elle effectue un compte-à-rebours et remonte dans le temps jusqu'à la première victime, Kathie : c'est elle qui occupe le centre le récit, dont la mort signe à la fois le début du carnage et la fin du roman. Une jeune fille simple, un peu naïve et pleine de rêves qui a fui sa campagne pour découvrir la grande ville et la promesse d'une vie trépidante.


Les témoignages, qui se suivent et se ressemblent, sont entrecoupés par des bribes d'interrogatoires de Kalteis, qui se défend assez mollement et semble peu concerné par le sort réservé aux victimes.
Un peu... comme nous, finalement. Est-ce parce qu'on n'a pas eu le temps de bien la connaître ? En tout cas, je suis resté plutôt insensible à l'histoire de Kathie, que l'auteur s'évertue pourtant à rendre attachante

D'autre part, cette mort programmée désamorce en grande partie la tension du récit. Ce qui n'exclut pas automatiquement une montée dans l'angoisse, me direz-vous. C'est vrai, mais en ce qui me concerne, mon intérêt diminuait à mesure que l'histoire progressait.

Enfin, si la construction du récit est vraiment astucieuse, je regrette que l'auteur ne fasse pas revivre un peu mieux le Berlin des années 30. Elle a peut-être jugé que la folie meurtrière de Keltais était dissociable du contexte, mais il y avait là quelque chose à creuser il me semble, tant l'horreur des crimes - associée à l'imminence de la guerre et à la montée en puissance du IIIème Reich - tranche singulièrement avec l'ambiance festive et insouciante de la capitale bavaroise.


En Allemagne, Un tueur à Munich a obtenu en 2007 le Prix Friedrich Glauser, la plus grande récompense accordée à un roman policier. Quand j'ai lu ça, j'avoue avoir pensé, fielleux : "la concurrence ne doit pas être bien féroce". Vous serez peut-être moins sévère que moi.


Un tueur à Munich : Josef Kalteis /
Andrea Maria Schenkel (Kalteis, trad. de l'allemand par Stéphanie Lux. Actes Sud, Actes noirs, 2009)

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Published by jeanjean - dans allemagne
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commentaires

Dominique 05/05/2009 09:12

Je partage ton point de vue, je n'ai pas acheté ce roman car le précédent m'a ennuyé au possible, transformer un polar en compte rendu clinique exige du talent pour ne pas lasser le lecteur, j'ai abandonné avant la fin et j'ai l'impression que celui ci est de la même eau...Loin des écrivains nordiques et autres

jeanjean 05/05/2009 14:41


Bon, moi qui voulais quand même essayer son premier... ça me refroidit un peu ! Mais je vois que je ne suis pas le seul à être timoré par rapport à ce roman ; sur
internet, je n'ai trouvé que de bonnes critiques, et même certaines dithyrambiques. @+


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