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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 00:00
En bon gaulois, breton qui plus est, je pratique volontiers le sport national un tantinet puéril qui consiste à se moquer des anglais, nos meilleurs ennemis. Je me réjouis quand leur Quinze de la Rose se fait piétiner et tourne en dérision leur dévotion pour la Reine, alors que la nôtre a perdu la tête depuis un bon moment...
Mais il y a au moins un anglais que j'aime !, et il s'appelle John Harvey. Dire qu'il excelle dans le roman de procédure policière serait réducteur. Il est simplement l'un des plus remarquables auteurs de polars de ces dernières années.


Après les cycles consacrés à l'inspecteur-mélomane Resnick et à l'inspecteur-ermite Elder, voici de nouveaux personnages, flics eux aussi : Will Grayson et Helen Walker, de la brigade criminelle de Cambridge, enquêtent sur l'assassinat d'un jeune universitaire homosexuel. 

La sauvagerie du meurtre - Stephen Bryan a été battu à mort - les oriente plutôt vers un crime homophobe, et les soupçons se portent immédiatement sur l'ex-petit ami de la victime. Piste peu probante au vu des premiers interrogatoires et de l'absence d'indices. A moins que la victime ait dragué la mauvaise personne...
Mais dans ce cas, comment expliquer le vol de son ordinateur ? Stephen était en train d'écrire la biographie de Stella Leonard, une star de cinéma des années 50 décédée dans un accident de voiture. Or, la famille de l'actrice voyait d'un très mauvais oeil ses recherches. Au point de le tuer ? C'est la question que se pose les inspecteurs ainsi que Lesley, la soeur journaliste de Stephen.


Nous retrouvons dans ce roman la marque de fabrique de Harvey : une intrigue cousu main et un récit qui entremêle plusieurs fils narratifs, et dont la progression est, comme toujours, un modèle de maîtrise et de souplesse.

Bien entendu, l'auteur ne se contente pas de monter une belle mécanique policière. Il sonde aussi la société britannique et la façon dont elle se désagrège par endroits. En filigrane et en finesse, au détour d'un paragraphe ou même d'une phrase, il dénonce l'information-spectacle, la rapacité des promoteurs immobiliers, la corruption devenue monnaie courante, les dégâts sociaux post-thatchériens dans les anciennes régions minières. Et que penser de la paranoïa post-attentat qui saisit les gens quand, dans un train, un pakistanais laisse son sac sur le siège pour aller aux toilettes... ? 

On retrouve aussi dans Traquer les ombres cet équilibre subtil entre l'intrigue policière proprement dite et la vie privée des personnages, qui permet à l'auteur d'évoquer, toujours avec empathie et une grande acuité, les faiblesses et les motivations humaines, à travers la vie d'un couple, un sentiment amoureux, l'angoisse de la solitude la quarantaine approchant...


Harvey façonne ses romans comme le jardinier un gazon anglais : c'est propre, soigné, méticuleux. Des esprits chagrins pourraient lui reprocher de ne pas se renouveler, mais quelle importance pourvu qu'il écrive aussi bien !

Et à chaque fois, je suis épaté par la finesse de son propos, la fluidité de la narration, l'élégance simple de sa prose. Voilà du John Harvey pur jus, du "classique" sans le convenu.


Traquer les ombres / John Harvey (Gone to ground, trad. de l'anglais par Mathilde Martin. Rivages/Thriller, 2009)

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Published by jeanjean - dans grande-bretagne
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commentaires

hdv 31/01/2012 18:57

un vrai roman noir, remarquablement construit avec une écriture incisive, dont on ne ressort pas tout à fait indemne.

cynic63 12/06/2009 07:55

Je viens de le commencer. J'ai donc fait chauffer la carte bleue finalement...Ca débute bien, en effet, et c'est prometteur

jeanjean 12/06/2009 16:12


Content que ça te plaise ! J'irai voir ton billet. @+


cynic63 22/05/2009 09:51

Recommandé par Jean-Marc et toi...Bon, je vais me laisser tenter. Doucement les gars, ma liste grossit et mon compte en banque se vide. Juste avant les vacances, c'est pas cool....

jeanjean 22/05/2009 22:23


Tu peux y aller les yeux fermés ! Et désolé pour ton porte-monnaie ;-) Mais tu peux toujours le soulager en y glissant une carte de bibliothèque ! @+


Carlito 19/05/2009 11:53

Froggy sucks !

jeanjean 19/05/2009 12:07



Alex, sacré farceur ;-)



Jean-Marc Laherrère 18/05/2009 09:48

Je suis dans la dernière ligne droite. Et je suis entièrement d'accord avec ton papier. John Harvey, quel que soit son personnage, est un grand monsieur.

jeanjean 18/05/2009 16:12


J'irai lire ton billet !


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