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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 00:00

"D'origine suisse, le personnage est connu, et reconnu. C'est un médecin ambitieux, brillant, spécialisé dans la recherche sur le système nerveux sympathique et les tissus vivants. (...) C'est un savant, donc.Il n'a rien d'un fou ni d'un agité. J'insiste : c'est un homme raisonnable, intelligent, sensible aussi.J'ai pu apprendre par exemple qu'il était un grand amateur de Richard Strauss, de ses opéras et de ses lieder." (p.21)

Il n'y a pas longtemps, Joseph Bialot écrivait sur le camp de concentration de Neuengamme et la tragédie du Lübeck. Des histoires pas forcéments connues, comme celle que nous raconte à son tour Gérard Streiff, à propos d'une collection pour le moins macabre que se constituait un médecin SS (encore que la juxtaposition de ces deux mots soit incongrue). Il s'appelait August Hirt et officiait à l'institut d'anatomie de Strasbourg pendant l'Occupation quand lui est venue cette idée - comment dire... aberrante ? monstrueuse ? - d'un musée du juif, dont les pièces principales seraient des restes humains. Une façon "scientifique" de sauvegarder des "spécimens" de cette "race" vouée à disparaître par la grâce du IIIème Reich.

Près de Strasbourg, au camp de concentration de Struthof, une centaine de juifs (des Stücken : des "morceaux") seront gazés pour servir les ambitions du nazi et ses thèses eugénistes, puis acheminés vers les caves de l'institut, où leurs corps subiront les pires atrocités avant d'être abandonnés quand les Alliés libèrent la ville, fin 44.
Aux militaires s'offrira une véritable vision d'horreur, les restes d'un carnage sans nom. Le récit s'articule autour du journal de l'un d'eux (un personnage fictif), chargé de rendre un rapport concernant cette affaire, et d'une enquête policière : de nos jours, des scientifiques à la retraite sont sauvagement assassinés. Le capitaine Cesare Borelli tente de trouver les liens qui les unissent. Bien-sûr, passé et présent vont se rejoindre.

On ne va pas chipoter sur l'intrigue qui sert essentiellement de prétexte à nous raconter cet épisode glaçant de notre histoire récente. Sachez tout de même qu'il n'est pas recommandé de réunir dans un village fantôme une bande de néo-nazis et des ex-soixante huitards...


Certes, ce court roman n'a pas la force et l'émotion contenues dans le livre de Bialot, celui-ci ayant été lui-même témoin et victime des événements, mais n'en reste pas moins un bon polar, bien documenté et qui nous met devant une terrible réalité. Voyez ce que l'homme est capable d'infliger à son semblable. La littérature sert aussi à ça, à méditer sur cette question et à se souvenir. Gérard Streiff l'a bien compris, qui revisite bien souvent l'histoire à travers le polar, et qui inaugure de façon salutaire la nouvelle collection L'Ecailler de l'Est (après L'Ecailler du Sud et du Nord).

On connait depuis 2003 l'identité des 86 juifs massacrés. Leurs noms figurent en fin d'ouvrage.

La collection / Gérard Streiff (L'Ecailler de l'Est, 2009)


 

On se retrouve dans une dizaine de jours (c'est-à-dire après mes vacances à St Malo où je vais humer l'air marin et celui du festival Etonnants voyageurs !), je vous parlerai notamment du premier roman d'un jeune auteur inconnu qui ne devrait pas le rester longtemps : ça s'appelle La vieille dame qui ne voulait pas mourir avant de l'avoir refait (!), et c'est publié chez un tout nouvel éditeur de polar qui a eu le nez creux.

Je vous dirai aussi deux mots de la rencontre (d'aujourd'hui) avec Marc Villard, mais sachez déjà que j'ai eu le plaisir de voir Bob Garcia hier soir pour un concert-lectures. Entre deux standarts de jazz (The man i love, Basin street blues...), on écoute des lectures d'extraits de polars, qui récapitulent un peu l'histoire du jazz et du polar, deux univers qui sont proches.
Bob, quand il ne plaisante pas, assure comme un beau diable à la contrebasse (et au banjo), et Flore, sa femme, a une voix magnifique. Bref, on a passé un sacré bon moment en leur compagnie, d'autant plus qu'ils sont tous les deux adorables.
Si certains parmi vous (et je sais qu'il y en a !) travaillent en médiathèque, je vous conseille vivement d'accueillir ce duo très complice - baptisé Harlem nocturne : vos lecteurs auront droit à une chouette "conférence en musique", avec la pédagogie sans le pontifiant. C'est pas beau, ça ?

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Published by jeanjean - dans france
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