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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 14:26



Ce mois-ci (et comme chaque printemps), le magazine Lire consacre un dossier au polar. Tant mieux !, me direz-vous, d'autant plus que la revue touche quand même un public assez large.
Seulement, et au risque de paraître rabat-joie ou grincheux, je trouve ce dossier à la fois plutôt pauvre, maladroit et représentatif, hélas, du traitement infligé à cette littérature par les médias traditionnels (attention, je ne dis pas qu'internet est la panacée) : au pire, ignorée ou réduite à une quelconque paralittérature ; au mieux, traitée de façon superficielle et souvent réductrice.


Au programme de Lire ce mois-ci, on a donc :
- un article intitulé "polar polaire" et consacré au... polar nordique, évidemment. Rien à dire sur la qualité de l'article - Christine Ferniot donne quelques repères historiques et dresse un panorama des auteurs majeurs (Mankell, Nesbo, Edwardson, Indridason...) -, mais il serait peut-être temps de regarder un peu ailleurs. Ça fait déjà un moment que le succès du polar nordique n'est plus un phénomène nouveau et qu'au lieu de nous pondre une énième enquête sur le genre, on pourrait nous proposer quelque chose sur le polar latino-américain ou asiatique !

Après avoir révisé ses désormais "classiques", on passe au clou du dossier : le " Nouveau Polar Nihiliste" français (avec majuscules s'il vous plait, genre formule estampillée-certifiée-décrétée). On y croise pêle-mêle DOA, Jérôme Leroy, Mathias Bernardi, Thierry Marignac et Antoine Chainas. Ces derniers, donc, tenteraient "de se démarquer du courant social, fortement marqué à gauche, autour (notamment) de Jean-Bernard Pouy, Didier Daeninckx et Patrick Raynal."
On sent arriver la question-tarte-à-la-crème : y a t-il une écriture politique du polar ? Untel serait de droite, parce ses romans sont truffés de barbouzes ? A moins que sa critique implicite du système néo-libéral n'en fasse en réalité un homme de gauche ? Mais qu'est-ce qu'on s'en f... ! Et si on va par là, Céline avait beau être un fieffé salaud, son Voyage au bout de la nuit reste un chef d'oeuvre. Bref, ça me semble un débat un peu stérile.

Et le nihilisme ? Je viens de terminer le dernier roman d'Antoine Chainas, et si l'on peut dire effectivement qu'il y a quelque chose de nihiliste dans ses histoires, je doute qu'on puisse le réduire à cela ni mettre tous les auteurs mentionnés plus haut dans le même sac. Il aurait été plus utile à mon sens de tenter d'expliquer l'originalité et le talent novateur de ces écrivains plutôt que d'inventer (encore !) une pseudo nouvelle école. D'ailleurs, je me demande bien ce qu'ils en pensent de cet article...


Le dossier se poursuit avec "Les 10 meilleurs polars de l'année". Bon, ça sonne bien comme formule, c'est court, clair, net. Juste une précision : il s'agit plutôt d'une sélection 2009 établie à partir des différents genres du polar : on y trouve du roman noir (Stephen Carter, Carlos Salem), du policier (Connelly), du polar historique (Tran-Nhut), de l'espionnage (Philippe Kerr, Otto Steinhauer), du suspense (Ruth Rendell)...
Sinon, quid de Lehane, de Bialot, de... Chainas ? Ok, si on commence à discuter du choix des titres, on en a pour la nuit...

On continue avec Iain Rankin. Lire est parti à sa rencontre dans sa ville d'Edimbourg, en a ramené quelques photos (Rankin devant son ordinateur, Rankin au pub, Rankin devant sa bibliothèque...) et quelques renseignements sur la vie et les goûts du créateur de l'inspecteur Rebus. Rien de transcendant, mais une visite plaisante pour les amateurs de Rankin ou ceux qui aiment à découvrir un peu la personnalité des écrivains.

Viennent enfin, comme c'est l'habitude - tant mieux - dans cette revue, quelques extraits de textes : on peut se faire une idée de la nouvelle traduction de Moisson rouge d'Hammett, du nouveau roman de Mo Hayder et du Dashiell Hammett mon père, réédité chez Rivages.


J'ergote, diront certains. Peut-être avec raison.
Lire s'intéresse tout de même à une nouvelle génération d'auteurs. Oui, c'est vrai.
Voici un dossier qui va amener des lecteurs à découvrir des textes intéressants. Sans nul doute.
Il ne s'agit pas non plus d'une revue spécialisée polar, et elle s'adresse au "grand public". D'accord.

Mais je persiste à penser que ce dossier aurait pu être plus approfondi, riche et nuancé sans pour autant être trop spécialisé, trop pointu. Et qu'il aurait pu, surtout, éviter les slogans creux, les chemins rebattus et les raccourcis faciles...


Allez, on se retrouve bientôt pour parler d'Anaisthêsia, du nihiliste d'Antoine Chainas, qui serait parait-il un "anti-Olivier Besancenot" ! Edifiant, non ?!

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Published by jeanjean - dans monde du polar
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commentaires

Marignac 26/02/2010 22:37


Désolé,pour moi, DD la donneuse est un vulgaire propagandiste qui n'acrit pas de polars mais des romans historiques à thèse dans un stylem édiocre et convenu et JBP, un écrivain exécrable,
incapable d'inventer une histoire qui se tienne, se servant de clichés éculés, dans un style à chier. Raison pour laquelle iltient tant à dévaluer cette sous-culture. C'est mon opinion depuis
longtemps, jen'en fais pas mystère, et n'en parlerais mêmepas,si ces minuscules messieursne s'étaient arrogé le droit de juger tout un chacun à leur aune étroitement boutiquière. Ils ont le droit
d'être nuls. Pas d'imposer la nullité, sous quelque prétexte que ce soit.


jeanjean 26/02/2010 22:59


Au moins ça a le mérite d'être clair ! Et puisqu'il faut se méfier des unanimités, toute opinion à rebrousse-poil est salutaire.


Marignac 26/02/2010 19:17


Je ne juge pas leur couleur politique, Mais leur façon de l'imposer par une idéologie monopoliste. Différence.
Je suis pour l'indépendance. Ça ne transige pas. Et encoremoins avec cette idée stalinienne, qu'on doit suivre un modèle. Les gens que j'ai cité sont ceux qui font rêgnercette odeur de sacristie
sur le polar, et ils ont bien mérité qu'on se moque d'eux.
Che Jeanjean, d'autre part, je respecte entièrement votre réponse.


jeanjean 26/02/2010 22:20


D'accord avec toi sur le fond, les "modèles" et l'indépendance (j'aime bien l'"odeur de sacristie sur le polar" !), cependant je n'ai pas l'impression, en tout cas en
ce qui concerne M. Villard, qu'il fasse preuve de prosélytisme ou d'idéologie dans ses romans, que je trouve par ailleurs assez nuancés et lucides. Maintenant, il est vrai que je ne fréquente guère
les auteurs et le petit monde du polar...

D'autre part, le fameux polar de gauche en France, aujourd'hui ça ne veut plus dire grand-chose il me semble. Non pas qu'il soit passé à droite ("le nouveau polar nihiliste", ahahah) mais je ne
retrouve pas chez les "jeunes" auteurs les positions et les motivations de leurs aînés, par exemple ceux que tu cites... Perso, ça ne me réjouit ni ne me désole : tant qu'on continue à lire du bon
polar... Voilà l'essentiel.

PS : je me demande si tu ne prends pas de mauvais exemples avec Daeninckx, Pouy et consorts... On peut ne pas aimer ce qu'ils font mais ils savent quand même écrire et raconter une histoire. Tout
ça pour dire que j'en connais des mauvais - et plus anonymes - qui, eux, confondent roman et tract politique...


Marignac 26/02/2010 11:58


même à retardement, je suis très content depouvoir m'exprimer sur cet article, qui sent sa Christine Fourneaux et la mari Marc Groslard à plein nez.
Tous ceux, Peace, ou Manchette, ou tartempion, ADG est tombé là dedans aussi à un moment, tous ceux, dis-je qui veulent imposer (comme ces minables de Lire) une couleur politique à une sous-culture
sont des crapules intéressées. Peu importe que le polar soit de gauche ou de droite, ce qu'il faut c'est qu'il soit bon. Tous ces faiseurs de théories,sont de très mauvaisauteurs, comme en
témoignent les œuvres de DD la Balance et de Pourry. Quand on a rien à dire on sort sa banderolle.


jeanjean 26/02/2010 18:14


Pourry, DD la balance, Marc Groslard... ouh, ça sent le règlement de compte là !, et je me garderai bien de te suivre là-dedans, d'autant plus que la plupart du temps
j'aime bien leurs bouquins, et j'aime bien Marc Villard aussi.

Pour le reste, entièrement d'accord, la couleur politique d'untel, on s'en fout un peu si le livre est bon, ou plutôt : faut arrêter de juger un bouquin sur la sensibilité politique de son auteur
(tu ne ferais pas ça à propos des auteurs cités plus haut ?!) Bref, je préfère la littérature aux tracts politiques.



Laurette 06/07/2009 23:39

En fait Edogawa Ranpo est le "père" du roman policier japonais contemporain, le prix Edogawa récompense le meilleur polar japonais de l'année depuis 1955. Ses romans sont considérés comme tordus (mais c'est ça qu'on aime, hein, ce qui nous ramène au topic d'aujourd'hui!) avec des rapports pervers entre les personnages. Je te conseille La Proie et l'ombre (mal adapté au cinema par Barbet Schroeder), Le Lézard noir ou encore La Chambre rouge. Mais il y a une floppée d'auteurs méconnus en France car pas ou peu traduits (Masako Togawa par exemple dont un seul titre est sorti en rivages/noir en 1990, Le Baiser de feu).

jeanjean 07/07/2009 00:01


Merci pour ces infos ! Je vais me dégoter La Proie et l'ombre dès que possible.


Laurette 06/07/2009 21:28

J'ai le Lire de juin 2008 (déjà spécial polar) dans lequel on trouve, entre autres, une présentation de Mankell en tant que "symbole du polar venu du froid", un topo sur Millenium tome 4 et un extrait du nouveau Mo Hayder (si elle se casse un doigt cet hiver que va-t-il se passer pour le spécial polar 2010?) En revanche je cherche toujours en vain un encart sur le polar japonais (Edogawa je pense à toi). D'ailleurs à quand une rubrique "polar asiatique" dans le penser/classer? ^^

jeanjean 06/07/2009 23:04


D'année en année, toujours la même chose, c'est vrai. Pourquoi s'enquiquiner à à chercher de nouvelles pistes quand on peut suivre, tranquille, celle du polar nordique
?!

Et pour le polar asiatique, je plaide coupable ! c'est vrai que ça fait un moment que je n'en ai pas lus, mais je vais m'y remettre, certainement avec Qiu Xialong (De soie et de sang est paru en
poche dernièrement) et Sarah Dars que que je ne connais pas, et qui vient de publier un roman traduit sous le titre... Des myrtilles dans la yourte !

Edogawa ? Connais pas, mais vais me pencher de près sur lui, merci ! Tu en aurais un à me conseiller en particulier ?


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