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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 00:00

Helen, une schizophrène victime d'hallucinations et condamnée pour un double infanticide ; sa psychiatre, le Dr Forrest, dont la santé mentale laisse apparaître quelques lignes de faille ; Ike, ex-flic reconverti comme gardien de prison ; et enfin Angie, jeune starlette hollywoodienne frivole.
Ces quatre personnages vont tisser des liens plus ou moins solides et dessiner un paysage pour le moins accidenté des relations humaines.


Un récit à plusieurs voix qui nous plonge de suite dans l'univers carcéral : privations, commerce sexuel avec les gardiens, homosexualité, astuces diverses et variées pour améliorer le quotidien...
Darla, Keesha, Wanda, Shirley, LizAnn, Aida... Meurtrières, dépressives, psychotiques, droguées, prostituées... Derrière les crimes, parfois atroces, se dissimulent des traumatismes graves et, souvent, l'empreinte d'un homme. La plupart ont été abandonnées, violées, maltraitées, et perpétuent une violence qui leur a été infligée très tôt.

Le Dr Forrest les écoute. Séances de groupes, entretiens individuels. Et leur témoigne une profonde sympathie. Question confusion mentale, elle n'est d'ailleurs pas en reste. C'est l'un des principaux ressorts du récit : l'empathie excessive du docteur pour ses patientes et qui altère son jugement, un processus d'identification assez malsain dont on pressent dès le début le danger.

Sur le mode intimiste et avec compassion, Susanna Moore brosse le portrait de femmes à tendance dépressive, à l'enfance traumatisante, à la sexualité entravée, et en extirpe peu à peu les angoisses, les phobies, les secrets, les espérances.


Malgré ses nombreuses qualités, Adieu, ma grande m'a laissé un léger sentiment d'inachevé. Peut-être à cause de l'intrigue, plutôt maigre, du manque de tension dramatique (la crispation ne se mue jamais en appréhension ni inquiétude).
En fait, ce roman possède plusieurs ressorts narratifs - le rôle d'Ike (un personnage assez peu fouillé, ce qui crée un léger déséquilibre par rapport aux autres voix), l'attitude ambigue du Dr Forrest, les tendances suicidaires d'Helen - mais pas de véritable fil conducteur.

Pas la force escomptée, donc,  mais beaucoup de finesse : Adieu, ma grande reste un beau roman, à l'atmosphère troublante. Il décrit non seulement un univers largement méconnu mais nous livre surtout une réflexion tout en nuances sur la violence intrinsèque des rapports humains, le poids du vécu et des déterminismes.


Adieu, ma grande / Susanna Moore (The Big Girls, trad. de l'américain par Laëtitia Devaux. L'Olivier, 2009)

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commentaires

dominique 29/06/2009 20:04

Ton billet m'interesse car j'ai lu ce livre il y a 3 mois environ en pensant faire un billet mais la lecture ne m'a pas convaincue et j'ai renoncé

jeanjean 30/06/2009 23:44


Est-ce aussi ce manque de fil conducteur qui t'a gêné, ou une espèce de faux rythme ?

Avec un peu de recul - quelques jours -, ce roman me laisse tout de même une bonne impression.


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