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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 00:00

Né en 1917, David Goodis fait des études de journalisme et commence à publier dans les pulps. Son second roman, Cauchemar, paru en 1946, connait un succès retentissant et est adapté dans la foulée sous le titre Les passagers de la nuit (avec Humphrey Bogart & Lauren Bacall). Deux ans comme scénariste à Hollywood puis retour au bercail, à Philadelphie, où il meurt dans l'indifférence générale en 1967.

Si Goodis connut le succès commercial dans son pays (grâce notamment à l'apparition du livre de poche), la reconnaissance littéraire lui vient plutôt de la France. Au début années 50, Marcel Duhamel publie deux de ses textes dans l'éphémère Série blême de Gallimard, parmi lesquels La nuit tombe, aujourd'hui réédité - avec une nouvelle traduction - aux éditions Rivages sous son titre original, Nightfall.
Et comme un bonheur ne vient jamais seul, les éditions Moisson Rouge, de leur côté, rééditent Cassidy's girl - épuisé depuis quelques années - avec, en prime, une préface de James Sallis.


Les romans de Goodis suivent peu ou prou le même schéma et racontent la même histoire, celle d'hommes ordinaires sombrant peu à peu dans la déchéance, entrainés et broyés dans la roue du destin malgré toute leur bonne volonté. Gesticulant dans un sable mouvant et allant inexorablement vers leur destruction.

Dans Cassidy's girl, James Cassidy, ex-pilote d'avion devenu chauffeur de car après un accident qui a coûté la vie à ses passagers, habite un taudis sur les docks et noie son malheur dans le whisky. Entre les virées d'ivrognes et les bagarres avec son épouse Mildred, une garce sensuelle et perfide, il rencontre Doris, une jeune femme fragile et douce accrochée à son verre comme on l'est à sa vie.
Cassidy se met en tête de la sauver et de repartir à zéro. L'espoir renaît un court instant, avant qu'un événement dramatique vienne tout détruire.

Cassidy's girl contient tous les thèmes "goodisiens" : l'alcool, la solitude, la ruine et la quête improbable d'un amour idéal et rédempteur.


Moins désespéré mais tout aussi aigre, Nighfall reprend la trame de l'homme pris dans un engrenage meurtrier et livré à lui-même.
James Vanning, dessinateur publicitaire sans histoires, s'est enfui avec les 300 000 dollars d'un hold-up après avoir été pris en otage et tué un homme en légitime défense. Il se réfugie à New-York où il tente d'échapper aux gangsters et à la police, convaincue de sa culpabilité. Atteint d'amnésie, il ne se rappelle plus ce qu'il a fait de la mallette et revoie de façon obsessionnelle l'image d'un revolver "d'un noir lugubre".

Plus que l'action, c'est l'étude psychologique qui prime. A travers une écriture simple et dépouillée, Goodis nous fait partager l'angoisse de cet homme et son projet chimérique de revenir en arrière, de reprendre le cours normal de son existence. 


Ces variations autour d'un même thème font résonnance avec la propre vie de l'auteur, qui connut l'apogée à 29 ans avant de sombrer dans l'alcoolisme, le désespoir et la solitude. E
rrant dans les bas-fonds de Philadelphie pour y puiser le matériau de ses romans. Ainsi est née la légende d'un écrivain maudit, dont la sombre destinée ressemble à celle de ses personnages.


Toujours est-il que David Goodis fait aujourd'hui figure de classique du roman noir, dans la lignée des Horace McCoy, James Cain ou encore Jim Thompson, dont les romans empreints de pessimisme et à l'issue souvent fatale prennent la dimension de tragédies grecques.



Conseil(s) d'accompagnement : en lisant Goodis, on a toujours cette impression tenace de voir se dérouler de longs plans-séquences en N&B. Pas étonnant qu'il ait inspiré plusieurs réalisateurs, dont François Truffaut (Tirez sur le pianiste !) et Jean-Jacques Beinex (La lune dans le caniveau).
Et puis, il y a quelques années, l'éditeur Philippe Garnier a consacré un livre à Goodis, intitulé David Goodis, la vie en noir et blanc, qui apporte un éclairage intéressant sur un écrivain dont la biographie est un vrai gruyère .


Cassidy's girl (Cassidy's girl, trad. de l'américain par Jean-Paul Gratias. Moisson Rouge, 2009)
Nightfall (Nightfall, trad. de l'américain par Christophe Mercier. Rivages/Noir, 2009 - paru précédemment sous le titre La nuit tombe)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

lOr 07/01/2010 04:45


J'ai découvert Goodis avec Beauté Bleue, conseillé par ma prof de français de l'époque.
Il a longtemps été mon livre préféré.


jeanjean 07/01/2010 09:38



Je n'ai pas lu celui-ci. Je crois que c'est un recueil de nouvelles. En tout cas, une prof de français qui conseille du Goodis à ses élèves, ça fait plaisir !

Pour info, les éditions Rivages éditent ce mois-ci Ceux de la nuit, en poche.



Maître Jacques 15/07/2009 05:07

En grève ? Votre ô combien charmante correctrice devrait plutôt se mettre en plage !!!

Bon, j'arrête là mon usurpation d'identité car, en effet, il faut parfois bel et bien mettre un terme au maître !!!

Maître Jacques 14/07/2009 17:29

Intéressant !
Cependant, le terme "shéma" est absent de la plupart des dictionnaires !

On ressent un certain laisser-aller... Peut-être dû tout simplement à l'approche des vacances

jeanjean 14/07/2009 19:56


Oups ! Voilà, c'est corrigé Maître Capello ! Faut m'excuser, bientôt les vacances et ma correctrice attitrée est en grève, vu qu'elle travaille plus pour
gagner...rien. ;-)


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