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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 00:00
Après le marathon Citoyens clandestins (700 pages tout de même, et Grand Prix de Littérature policière en 2007), DOA (pour "Dead On Arrival", tout un programme...) s'essaye au demi-fond avec ce Serpent aux mille coupures, 200 pages qui vous tiennent en haleine tout du long. 


Nous sommes à Moissac, Tarn-et-Garonne. Ses vignes, ses vergers. On dirait le sud, mais ça n'a rien de joli. Pas d'enfants qui se roulent sur la pelouse ici, et à la place du linge sur les terrasses, quelques affreux étendus au bord d'une route, descendus par un mystérieux tueur professionnel alors qu'ils avaient rendez-vous pour affaires.

Un jour ou l'autre il faudra qu'il y ait la guerre, avait prévenu Nino Ferrer. On y est. Dans ce petit coin du sud-ouest vont se croiser - et se télescoper - des trafiquants de drogue sud-américains, des mafieux napolitains, un pandore avisé qui cherche à comprendre, une brochette d'abrutis locaux, un couple (mixte) de vignerons harcelé par des voisins racistes, un "terroriste" réfugié chez eux après avoir abattu trois gangsters et s'être blessé.


Une fois les rôles distribués commence alors un grand jeu du chat et de la souris. Chacun cherche sa proie, tandis qu'un psychopathe appartenant au cartel colombien taillade tout ce qu'il trouve sur son chemin, selon un ancien rituel chinois appelé... le serpent aux mille coupures, qui consiste à dépecer méthodiquement la victime à l'aide d'un grand couteau effilé.
La tension monte irrésistiblement jusqu'au dénouement, une explosion de violence, de vengeance et de scènes d'action mémorables parfaitement rendues. On s'y croirait !


Sur le fond ? La 4ème de couverture nous donne quelques indices et la définition des termes suivants : chasselas, cocaïne, mondialisation. A partir de ces souches, DOA a fait sa petite mise en culture, mis le tout dans une fiole et secoué.
La réaction est immédiate et hautement toxique ! Ce sont deux systèmes de valeurs qui se percutent : d'un côté celui de la globalisation effrénée que symbolise un trafic de drogue à grande échelle, de l'autre un p'tit coin de terroir replié sur lui-même et foncièrement méfiant vis-à-vis de l'étranger et de ce qui est différent.
Ne cherchez pas la morale de l'histoire, mais sachez simplement que le dosage est parfait et l'expérience fort concluante.

Car DOA possède une grande maîtrise du rythme et un sens impeccable de la narration. Tout au plus peut-on lui reprocher quelques effets de manche stylistiques, et cette coïncidence improbable (c'est un euphémisme) au début du texte, mais on passe facilement outre pour apprécier pleinement ce polar nerveux et vif.


Une interview croisée de l'auteur sur Bibliosurf.

Conseil(s) d'accompagnement : pour cette histoire de mercenaire solitaire trahi par ses employeurs, on pense à La position du tireur couché de Manchette ainsi qu'au Chaton : trilogie de Jean-Hugues Oppel. Du très recommandable, donc.


Le serpent aux mille coupures / DOA (Gallimard, Série noire, 2009)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Travis 21/07/2009 08:51

Lisez "Citoyens Clandestins" ensuite lisez "Le serpent" pour ceux qui on lu le "serpent" en premier ce n'est pas grâve et ensuite lisez "La Griffe du Chien" de Don Winslow, ce dernier m'a été conseillé par DOA et c'est marrant de retrouver des petits clins d'œil.

jeanjean 21/07/2009 18:33


Oui, j'ai remarqué qu'il y avait un lien entre les 2 bouquins. Il me reste plus qu'à faire un -gros) détour par Citoyens clandestins.
Quant à La griffe du chien, il est aussi dans un coin de ma tête. Bref on en finit jamais !


Morgane 21/07/2009 02:53

DOA me faisait un peu peur sans que je sache vraiment pourquoi. Je ne m'étais pas encore lancé. Mais bon, si ça se passe dans le Sud-Ouest en plus, demain, je m'y mets. Si en plus, ça fait penser à du Manchette, il faut vraiment que j'essaye. Je pourrais ensuite essayer de le vendre voir si mes clients citadins mais non français sont plus ouverts sur la question.

jeanjean 21/07/2009 18:31


J'ai surtout pensé au livre La position du tireur couché pour le fond de l'histoire, moins pour la prose, moins épurée ici tout de même. En fait, ça m'a aussi
fait penser à certains romans de Fajardie. Plutôt flatteur donc !


Liceal 21/07/2009 00:50

En tout cas, tu parles mieux de DOA que le magazine LIRE et son (prétendu) "spécial polar"..... Je l'ai en tête depuis un moment. Paradoxalement l'article plus qu'inconsistant de Lire m'avait donné envie de le lire...

jeanjean 21/07/2009 18:28


ah, le dossier Lire... ;-)
Voilà en tout cas un roman qui vaut le détour, tu peux y aller.


Aurore 19/07/2009 22:27

Tentée depuis sa parution par ce titre (et une quatrième de couv' pour le moins alléchante), je n'avais jusqu'alors peu lu/entendu de critique. Voilà qui donne envie de se dégourdir dans le sud-ouest et de découvrir (enfin) ce fameux DOA dont (presque) tout le monde parle!!

jeanjean 19/07/2009 22:51


Eh oui, on parle beaucoup de DOA comme un des "nouveaux" auteurs en vue du polar français. Le serpent... ne m'a pas non plus paru exceptionnel, mais il
est vrai que je n'ai pas encore lu Citoyens clandestins, qui a impressionné beaucoup de monde. Encore un bouquin dans ma pile.


Laurette 19/07/2009 12:36

Bien que n'ayant pas lu Citoyens clandestins j'ai été très attirée par ce titre et n'en ai pas regretté une goutte (et le clin d'oeil au premier opus à la fin du Serpent fait que je vais tenter de trouver le temps de lire le premier). J'ai donc fait un joli "coup de coeur" sur ma table, mais malgré cela je ne l'ai pas beaucoup vendu. C'est que, voyez-vous, je vis dans une région française des plus viticoles qui soit, et à la présentation du livre comme d'une critique, entre autres, du bon vieux racisme pastoral, je pense que ça a fait grincer des dents. Car les sujets traités par DOA sont encrés dans le réel, bien loin des NCIS et autres super-polices de l'extrême: il met le doigt là où ça fait mal et c'est ça qui est bien!

jeanjean 19/07/2009 22:47


Le doigt là où ça fait mal, c'est tout à fait ça. Et pour ce qui est du bon vieux racisme pastoral comme tu dis, il existe bel et bien. Pas toujours celui que décrit
DOA, heureusement !, mais un racisme quand même, ordinaire, facile, comme un réflexe.

Bon, tu en auras quand même vendu quelques-uns j'imagine, une raison suffisante pour s'ouvrir une bonne bouteille, non ?! Oui, tous les prétextes sont bons... ;-) Cahors, Bordelais, Rhône ?


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