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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 13:57

Après quelques semaines en mode veille, c'est reparti ! Mais avant de me pencher sur la (satanée) rentrée littéraire, je vais d'abord vous parler de quelques lectures estivales, à commencer par le roman du dénommé Gerard Donovan.


Si Jim Harrison et Cormac McCarthy décidaient d'écrire un roman à quatre mains, leur progéniture pourrait bien ressembler à ce Julius Winsome, qui m'a fait à la fois penser au personnage de Joseph dans Nord-Michigan et au glaçant et terrifiant enfant de Dieu.


Julius vit seul avec son chien, dans un chalet situé dans le Nord du Maine. L'hiver approche et s'avère particulièrement rugueux, comme toujours dans cette région, la plus septentrionale des Etats-Unis.
Entouré de vastes étendues sauvages et de "trois mille deux cent quatre-vingt-deux livres", légués par son père, Julius s'est fait reclus volontaire, sans pour autant sombrer dans la misanthropie.

Un matin, il entend un coup de feu résonner un peu trop près de chez lui, avant de découvrir, un peu plus tard, son chien agonisant. Abattu à bout portant, probablement par un chasseur.

Face à cet acte de malveillance, Julius, avec la même pondération dont il fait preuve pour choisir une lecture ou réciter ses gammes shakespeariennes, décroche son fusil - une arme rapportée de la Grande Guerre par son grand-père, et ayant appartenu à un tireur d'élite anglais ayant fait de nombreuses victimes - et s'enfonce dans la forêt enneigée, tuer des hommes comme on va couper du bois.


Comment un homme cultivé, sensible, affable, à qui on a inculqué le goût de la connaissance plutôt que celui des armes, se transforme-t-il en tueur psychotique ? Par esprit de vengeance ? Sous le coup d'une déception amoureuse ? Suite aux effets d'un isolement prolongé ?
Non. L'auteur ne nous offre pas de réponse et balaye d'un revers les explications rationnelles et rassurantes. Alors, "Peut-être que les évènements n'ont pas de cause, que les choses se passent ainsi uniquement parce que les gens les font."

Peu importe le pourquoi du comment, d'ailleurs, la clé de voûte du roman réside plutôt dans la complexité et la dichotomie du personnage.  
Donovan place son lecteur au plus près de Julius Winsome, et on se surprend à adopter sans ciller ou presque le point de vue et les raisonnements en apparence logiques du meurtrier !, cet homo civilisé qui obéit soudain à un besoin impérieux et se met à tuer ses semblables avec un sang-froid policé et un détachement à toute épreuve.

Sa vengeance et sa violence sont d'autant plus terribles qu'elles sont dénuées de toute rage, de toute colère, de tout emportement. En ce sens, Julius est à l'image de son environnement, cette contrée froide et hostile. Et tel un animal, ni méchant ni bon, mais qui peut s'avérer intrinsèquement dangereux.


Pour un premier essai, Gerard Donovan a mis en plein dans le mille et nous offre un bien beau roman, épuré, âpre et inquiétant.


Julius Winsome / Gerard Donovan (Julius Winsome, trad. de l'américain par Georges-Michel Sarotte. Seuil, 2009)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Dodger 05/09/2009 15:56

Oui, décloisonnons, décloisonnons...
Je m'aperçois d'ailleurs que j'apprécie beaucoup de bouquins qui, soit ignorent certains codes des genres auxquels ils semblent pourtant renvoyer, soit jouent avec eux pour mieux s'enrichir et aller d'autres directions. De salutaires briseurs de frontières, en quelque sorte.
Je suis en train de lire le nouveau Richard Price et je ressens exactement ce genre de chose, d'ailleurs.

jeanjean 05/09/2009 23:35


Complètement d'accord avec toi, et j'ai eu le même sentiment avec Price, l'un des meilleurs polars que j'ai lus cette année. J'en dirai un mot bientôt. @+


Dodger 04/09/2009 08:28

Ah, merci de parler de ce livre ! Ce fut un de mes gros coups de coeur du premier semestre, découvert grâce à une amie avisée et tenace (elle n'a eu de cesse de m'en parler jusqu'à ce que je le lise...)
Je vois que tu l'as classé dans ta rubrique "Un peu de blanche ?", on peut également considérer, me semble-t-il, que ce roman très intense entretient un certain cousinage avec le genre noir. Une sorte de roman noir sur fond blanc, en quelque sorte !

jeanjean 04/09/2009 15:59


Tu as raison, on pourrait facilement le classer en roman noir, et d'ailleurs il pourrait être réédité comme tel dans une collection poche, sans problème.
C'est là la limite des classements, des sous-genres, des frontières... Les genres littéraires n'étant pas de petits tiroirs bien étanches, et tant mieux !

Sacré bon bouquin en tout cas.


kristian braz 03/09/2009 11:27

Pas mal Julius Winsome. J'avoue quand même m'être légèrement emmerdé vers la fin.
L'exil est-il de nouveau une fatalité pour les écrivains irlandais ?

jeanjean 03/09/2009 16:56


"Drôle" que tu poses cette question, je suis en train de lire le dernier Adrian McKinty, un irlandais - du Nord - qui vit désormais aux Etats-unis. Le syndrôme de
l'écrivain irlandais expatrié... ?


Pierre FAVEROLLE 02/09/2009 13:19

Welcome back. Je note ce titre sur ma liste ... déja longue

jeanjean 02/09/2009 17:54



Thanks. Impossible de tout lire... Mais celui-ci est vraiment bon.



Travis 02/09/2009 11:37

ça à l'air très bon. Depuis ma découverte de McCarthy dès que je vois son nom quelque part hop là je m'arrête.

Merci et bonne rentrée.

jeanjean 02/09/2009 12:14


Alors ce Julius Winsome mérite une petite visite, c'est sûr.
bonne rentrée à toi aussi.



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