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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 00:00

"Le positivisme, le désir de tout comprendre, de tout expliquer, telle est la maladie de l'époque. La tour, d'où on voit la ville entière, et l'Exposition, qui prétend montrer tout ce qui existe, ne sont que les signes majuscules d'un monde sans secrets. Et vos détectives encouragent les constructeurs, encouragent les scientifiques. Ils ne savent pas qu'eux aussi vivent parce que le secret existe et que quand le secret disparaîtra eux-mêmes s'éteindront."


En cette année 1889, alors que l'Exposition universelle s'apprête à ouvrir ses portes, les plus grands détectives du monde, accompagnés de leur assistant, se réunissent à Paris.

Le détective argentin Renato Craig, affaibli et miné par sa dernière enquête, envoie l'un de ses élèves assister Arzaky, son homologue parisien, en vue de l'Exposition à laquelle doivent participer le Cercle des Douze, du nom que se sont donnés les fameux enquêteurs.
Sigmundo Salvatrio, bercé depuis son enfance par les récits narrant leurs exploits, est impatient de rencontrer ses héros.
Mais il se rend bientôt compte que le club est le lieu de rancœurs et de rivalités profondes, qui s'accentuent quand Darbon, l'un des détectives, est retrouvé mort au pied de la tour Eiffel, dont la construction vient de s'achever. 


Aux ordres d'Arzaky, Sigmundo participe à l'enquête, qui l'entraine vers des personnages inquiétants et fantasques, adeptes d'occultisme, satanistes et autres illuminés. Sans le savoir, c'est lui qui va précipiter les événements et bouleverser l'ordre établi parmi le Cercle des Douze. Un conclave qui s'est mué en véritable théâtre des passions humaines, le rationalisme dont se réclament les détectives laissant place à l'envie, la jalousie, l'orgueil et l'ambition.

Comble de l'ironie, le Cercle a des relents sectaires, enclavé dans sa propre croyance de la "Méthode", l'art de l'enquête et de la déduction. Un art bientôt obsolète face aux changements du monde, comme le pressent l'un des détectives face à ses coreligionnaires: "Nous nous sommes perdus depuis longtemps déjà. Nous essayons vainement d'appliquer nos méthodes dans un monde de plus en plus chaotique. Nous avons besoin de criminels ordonnés pour que nos théories fonctionnent, mais nous ne trouvons que des douleurs sans fin et des malheurs sans raison."

De la même façon, l'effervescence ésotérique de l'époque diminue tandis que se profilent les temps modernes, incarnés par l'Exposition, ses machines extraordinaires et la fée électricité.
D'ailleurs, l'auteur évoque de belle façon et avec une langue discrètement surannée le Paris de l'époque, et en particulier les préparatifs de l'Exposition universelle, où règne une folle agitation et où se côtoient hommes, bêtes, objets et curiosités de tous horizons.
J'aurais d'ailleurs aimé qu'il s'attarde un peu dans les rues de la capitale et aux abords du Champ-de-Mars, quitte à ajouter quelques dizaines de pages supplémentaires...


Cela doit tenir au plaisir enfantin qu'on éprouve à la lecture de ce très bon roman d'aventures - qui nous offre aussi une énigme à résoudre -, dans une atmosphère qui rappelle les romans de Conan Doyle, de Gaston Leroux ou d'Eugène Sue.

On aurait presque envie de parcourir les pages à la lumière d'une lampe de poche, dans son lit, quand vient l'heure de se coucher...



                                           Affiche pour l'Exposition universelle de Paris, 1889



Conseil(s) d'accompagnement : l'excellent Fromental et l'Androgyne, de Alain Demouzon et Jean-Pierre Croquet, qui se déroule à Paris à la même époque, évoque aussi l'avènement d'une nouvelle société marquée par la révolution industrielle.


Le Cercle des Douze / Pablo de Santis (El enigma de París, trad. de l'espagnol (Argentine) par René Solis. Métailié, 2009)

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Published by jeanjean - dans amérique latine
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commentaires

bene 20/09/2009 17:22

Je n'ai pas trop aimé ce roman. C'est dommage parce que tous les éléments me plaisaient.Mais je ne l'ai pas trouvé assez en profondeur!

jeanjean 20/09/2009 23:16


Alors y a quelque chose qu'a coincé quelque part, ça arrive... J'ai lu ton billet, peut-être que l'auteur aurait pu pousser un peu plus loin ses idées parfois, mais
pour ma part ça ne m'a pas gêné. Tu t'attendais peut-être à autre chose. Partie remise !


Emeraude 12/09/2009 13:47

Il me fait très envie celui là !! je vais vite le lire !

jeanjean 12/09/2009 15:17


Il est assez (trop ?) court, et on passe vraiment un chouette moment, alors bonne lecture !


Clément 12/09/2009 11:40

Je l'ai lu il y a quelques semaines déjà et étant toujours émerveillé devant les Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Rouletabille etc. ce roman m'a très largement comblé! Avec en prime une très belle langue.

Par ailleurs très bonne critique Jeanjean c'est ce que j'aurais voulu écrire... mais la mienne est partie un peu dans tous les sens.

jeanjean 12/09/2009 15:16


J'ai lu ton billet et tu donnes envie de le lire, c'est le principal !
Un auteur à retenir, c'est sûr, mais je ne sais pas si ses autres romans sont dans le même ton...


Jean-Marc Laherrère 12/09/2009 07:01

Je viens de le terminer, et je suis, une fois de plus, entièrement d'accord avec toi.
Amusant de lire coup sur coup deux auteurs argentins aussi différents, et en même temps aussi argentins que Mallo et De Santis.

jeanjean 12/09/2009 15:13


Je lirai bientôt le Mallo, et vu ton billet ça a l'air complètement différent en effet. Quant à Santis, c'est le premier que je lis mais je retournerai certainement
faire un tour dans sa bibliographie.

Tiens, ce serait marrant qu'un jour, on se choisisse quelques titres (on devrait quand même pouvoir en trouver en cherchant bien !) et qu'on se fasse un "d'accord/pas d'accord", ça changerait
! ;-)


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