"Tu sais, Chicano, dans ce bled il ne faut compter sur personne."
Aujourd'hui, onze recours ont été déposés auprès du Conseil Constitutionnel gabonais, en vue d'invalider la victoire d'Ali Bongo - fils du défunt président Omar Bongo - aux dernières élections
présidentielles du 30 août. Scrutin litigieux. Soutien discret du gouvernement français au pouvoir en place. Manifestations. Une quinzaine de tués selon un député de l'opposition.
Litanie.
Qui sait, le nouveau chef de l'Etat va peut-être accorder une grâce présidentielle
à un certains nombre de prisonniers.
Comme celle dont profite Chicano, par procuration : portant quasiment le même nom qu'un co-détenu, il est libéré à sa place !
Quatre ans plus tôt, le braquage d'un commerçant libanais avait mal tourné : un mort, deux complices qui se font la malle et lui sur le carreau à payer pour les autres. Alors Chicano ne se
fait pas prier et saisit sa chance pour repartir de zéro et mener une vie honnête, à Libreville.
Mais dans un "pays gangréné par la corruption", on ne peut vraiment compter sur rien ni sur personne, et le pauvre Chicano, pourtant pas plus méchant qu'un autre, va
l'apprendre à ses dépens. En se faisant d'abord rabrouer par la femme qui ne l'a pas attendu, puis en se laissant entraîner par ses anciens "copains" dans un nouveau casse qui devrait leur
rapporter un max : braquer un camp militaire et empocher l'argent sensé payer la garnison.
Ca fait bientôt vingt briques dans la nature, et beaucoup de monde à le renifler, à commencer par les deux flics chargés de l'affaire...
Otsiemi connaît ses classiques et son triptyque braquage-partage-bidonnage est bien servi, avec ce Chicano dans le rôle du mouton qu'on
envoie à l'abattoir.
Le style est nerveux et bourgeonne d'expressions locales bien senties. Otsiemi ne se prive pas non plus d'épingler au passage le "népotisme de l'armée gabonaise", "la brutalité
de chiens mal nourris" des flics et l'injustice du système, quand on arrête les "petits délinquants pendant que les ouattara vident les caisses de l’État sans être
inquiétés."
Malgré cela, je suis un peu resté sur ma faim, déçu que l'auteur n'allonge pas davantage ses 130 pages, en densifiant son intrigue et son propos, d'autant plus qu'il y avait
matière à jeter du pavé dans la mare plutôt que quelques ronds dans l'eau (même croupie).
La vie est un sale boulot / Janis Otsiemi (Jigal, 2009)